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lundi 30 mars 2015

L'homme de la montagne


 
Ayant apprécié Un long week-end, je partais confiante dans ce nouvel opus de Joyce Maynard, sans même avoir lu la 4ème de couverture. L’Homme de la montagne  était un titre qui évoquait bien tout ce qu’il y avait alors dans le roman : un type mystérieux, rôdeurs des hauteurs de San Francisco qui va susciter l’enquête de deux jeunes filles pré-adolescentes.

A chaque page, j’ai cru qu’on allait enfin arriver à l’événement clé du roman, jusqu’à enfin arrivée aux 9/10èmes du livre  où j’ai bien dû admettre qu’il ne se passerait désespérément rien à part les réflexions d’une fillette sur un tueur en série et sa condition de future adolescente. Finalement, tout se résout presque magiquement, sous forme d’épilogue bâclé après nous avoir fait mariner plusieurs centaines de pages.

De plus, le roman pêche par sa traduction très hasardeuse et littérale façon Google Translate, une caractéristique étonnante pour une maison d’édition comme Philippe Rey. On notera le « sans particulière attention » (qui traduit directement de l’anglais la position de l’adjectif avant le nom) ou encore le « un peu trop tard pour démissionner » en parlant d’arrêter la cigarette (traduction directe du « quit smoking »).

 En lisant finalement la 4ème de couverture, je reste pantoise devant le terme « rebondissements ahurissants » car rien de tel dans ce roman, ennuyant de bout en bout.

L'homme de la montagne, de Joyce Maynard chez Philippe Rey.

Une constellation de phénomènes vitaux


 
En lisant le résumé et une critique  sur ce roman dans un magazine, j’avais tout de suite été attirée par ce livre ; aussi fus-je  ravie de le découvrir dans la sélection du Prix ELLE et je ne fus pas déçue.

Anthony Marra explore une histoire récente trop méconnue du grand public : la guerre de Tchétchénie, du point de vue du personnage d’Akhmed principalement, médecin pataud d’un petit village qui va se retrouver, comme tant d’autres Tchétchènes, un peu malgré lui impliqué dans cette guerre dont les enjeux le dépassent.

Anthony Marra opte pour une construction bien particulière de son roman, faite de flashbacks et de voix différentes à chaque chapitre, tantôt Akhmed, tantôt Sonja, la brillante médecin chef de l’Hopital 6 de la « ville », tantôt Khassan, le père du collaborateur russe. Cette construction donne sa patte au roman fascinant, parfois difficile à suivre, comme des souvenirs qui reviendraient par flashs, mais captivant, brutal indéniablement perturbant.


L’histoire démarre avec l’accueil par Akhmed d’Havaa, la fille de son ami Dokka alors que celui-ci a été enlevé par les Russes en pleine nuit, dans une de ces descentes éclairs et terrifiantes dont les soldats russes ont le secret pour museler et effrayer la population tchétchène. Commence alors pour Akhmed une quête obstinée pour mettre Havaa à l’abri, car les Russes n’auront de cesse de retrouver l’enfant : par pure obstination bureaucratique, aucun membre de la famille d’un traitre ne doit survivre. C’est ainsi qu’Akhmed va rencontrer Sonja, la renommée médecin chef de la ville voisine, ruine à ciel ouvert, désespérément démunie  d’instruments et médicaments.

 
Une constellation de phénomènes vitaux ne peut pas laisser indifférent et frappe parfois au cœur en découvrant les absurdités et les horreurs de la guerre tchétchène, mais surprend également par son incroyable témoignage de la résilience et de l’ingéniosité des populations civiles pour survivre dans les ruines, les champs de mines et l’absence de ravitaillement.
« Les soldats russes n’étaient payés que s’ils utilisaient un certain pourcentage de leurs munitions. Quand ils en avaient assez de tirer en l’air, ils enterraient leur surplus de balles puis les déterraient quelques heures plus tard et touchaient ainsi une prime pour avoir découvert une cache rebelle »


Ce qui séduit et déstabilise aussi dans ce roman, c’est l’extraordinaire humour de l’auteur, pourtant rendu difficile dans ce contexte parfois très sombre de ce roman, mais qui n’en transparait pas moins.
« L’Hôpital 6 l’embaucha sans lui demander son CV ni lettres de recommandation. Quand elle présenta ses références de praticienne à Londres, Deshi roula le document en  boule et le jeta sous son bureau en expliquant que le Docteur Poubelle prendrait contact avec tous ses précédents employeurs pour vérifier ses dires. »

Un roman à lire le cœur bien accroché mais dont on sort soufflé.

Une constellation de phénomènes vitaux, d'Anthony Marra chez JC Lattès

jeudi 26 février 2015

Mon année Salinger



J’ouvrais ce récit avec la plus grande circonspection : la vie d’une New Yorkaise dans les années 90 étant un sujet pour le moins rabattu et la touche « Salinger » ne soulevait pas l’enthousiasme qu’elle était sensée générer – n’en ayant lu que l’Attrape-Cœurs et encore sans conviction.

Pourtant dès la 2ème page, j’étais mordue et je lus d’une traite ce récit  de Joanna Krakoff sur son année dans le monde de l’édition, au cœur d’une agence littéraire chargée de représenter entre autres, Salinger.
La plongée dans le monde littéraire et l’équivalent new-yorkais du gratin « germano-pratin » s’avère passionnante : on les découvre sous l’angle de cette agence d’auteurs qui vit comme hors du temps tiraillée ses associés réticents à toute nouvelle technologie (PC, scanners …) et une nouvelle garde friande de contrats à enchères, de publicité, de marketing des auteurs, de mode de rémunération plus audacieux.

Le sel du récit provient surtout d’un triptyque intéressant autour de Joanna, la narratrice : sa boss (dont on ne sait jamais le nom), que Joanna dépeint tour à tour avec admiration, pitié, incompréhension, dédain et avec qui la relation ambivalente rappelle bien les relations professionnelles en général ; et enfin Salinger, « Jerry », l’auteur reclus qui ne communique qu’à travers l’agence. Leurs relations à tous les trois évoluent de façon surprenante au fil du récit, emportées par l’actualité plus ou moins heureuse de chacun des trois personnages.

En parallèle, c’est un retour au New York des années 90’s – plus «Girls » que « Sex and the City », plus Brooklyn que Manhattan,  pour suivre Joanna dans sa vie quotidienne avec Don, son petit ami aspirant écrivain et leurs amis aux perspectives incertaines.

On ne lâche pas le récit, captivé par l’histoire ordinaire du monde littéraire tellement bien racontée par Joanna Krakoff. 

Mon année Salinger, de Joanna Reed Krakoff chez Albin Michel

Le Village




Dans la sélection du Prix ELLE, ce roman policier détonne déjà par son contexte historique, peu connu, peu défriché en littérature – et donc d’emblée passionnant : l’Ukraine de l’après-guerre, des purges staliniennes, des traques absurdes aux koulaks, des déportations massives de « travailleurs » en Sibérie (où c’est bien connu il y aura plus de champs à faire fructifier pour faire vivre les millions de Russes que le grenier de l’Europe qu’est l’Ukraine).

Dans un petit village perdu et bien caché des purges, Vyrit, Luka ancien soldat et chasseur, aperçoit un jour, marchant seul et tirant un traineau bien chargé, un homme presque déjà mort qui lui tombe dans les bras. D’abord étonné et toujours inquiet – en ce temps tourmentés, les inconnus dans les endroits perdus ne sont pas bienvenus,  Luka découvre sur le traineau deux enfants morts et mutilés. L’homme inconnu est déjà presque mort, blessé par balle et ne peut pas parler : les a-t-il tués ? les a-t-il sauvés ? Les villageois eux, ne se posent pas la question et chauffés à blanc par la terreur ambiante ne lui laissent pas le temps de se défendre.
Mais bientôt, la nièce  de Luka disparaît et il s’engage donc à partir à sa recherche avec ses fils. Commence alors une longue poursuite dans les bois pour retrouver l’enfant : s’est-elle perdue ou a-t-elle été enlevée ?  Il faudra toute la force et l’expérience d’ancien soldat de Luka pour mener à bien sa quête entre les dangers du froid, le tueur expérimenté qui rôde, les dangers du froid et les guépéistes qui sont en route vers Vyrit pour déporter les koulaks.

Ce roman tient en haleine mélangeant le policier et le roman d’aventure dans un contexte historique captivant. Dan Smith nous offre une traque inhabituelle qui ravit le lecteur par sa fraicheur et ses surprises de narration, avec le bon point supplémentaire de faire porter l’histoire par des personnages attachants et pleins de bon sens (qualité parfois trop rare dans les romans policiers).
C’est aussi une réflexion intéressante sur l’après-guerre pour le soldat, militaire de carrière.

A lire absolument ! 

Vongozero

 
 
Quel roman d’aventures haletant proposé ce mois-ci par le Prix ELLE ! Dans la digne lignée du Village précédemment encensé ici, tant pour la  localisation russe que pour le bon sens de ses personnages, Vongozero captive et tient le lecteur en haleine malgré l’épaisseur du livre.
Yana Vagner nous concocte ici un récit comme je les aime d’apocalypse réaliste façon Malevil ou La Route. Ici point de catastrophe nucléaire mais une épidémie  galopante d’une sorte de pneumonie fatale qui dévaste Moscou en quelques semaines. Observant cela, Anna et son mari Serguei hésitent sur la conduite à tenir ; il leur faudra l’intervention de Boris, le père d’Anna pour les convaincre de fuir le mouroir où ils résident avant qu’il n’y ait plus que pillards et malades dans les rues. Leur direction : Vongozero, un lac au nord du pays, à la frontière avec la Finlande où Serguei et Boris avaient l’habitude d’aller pêcher.
Dans leur équipée, ils s’adjoignent Micha, le fils d’Anna, Irina et Anton, l’ex-femme et le fils de Serguei, et leurs voisins Dimitri et Marina dont la maison s’est déjà faite vandalisée.
Entre le risque de contamination, les éléments naturels peu cléments de l’hiver russe, le manque de carburant et de nourriture, et enfin les pillards, on suit les pérégrinations d’Anna et les autres à travers la Russie sans jamais s’ennuyer grâce à un rythme excellemment maitrisé et des personnages attachants et au bon sens réjouissant.
A lire si vous avez aimé Malevil ou La Route.
 
Vongozero, de Yana Vagner, éditions Mirobole

dimanche 18 janvier 2015

Constellation


Constellation – un titre en référence non seulement au nom du modèle d’avion Lockheed qui s’écrasera aux Açores le 27 octobre 1949 et dont le destin des passagers nous est ici conté, mais également comme en référence à la nuée de trajectoires et de concours de circonstances qui ont mené tous les protagonistes à leur place respective ce jour-là.

Ce crash d’avion n’aurait pu connaître qu’une moindre postérité s’il n’avait eu pour victimes (au moins) deux grands noms des arts et des sports français : Marcel Cerdan « Le Bombardier », le boxeur mythique qui s’en allait rejoindre urgemment Edith Piaf à New York et Ginette Neveu, la violoniste de génie en partance pour sa tournée américaine.

Adrien Bosc nous fait revivre les événements avant le drame, l’histoire de chacune des victimes, ce qui les a conduits plus ou moins incidemment à se trouver à bord du vol qui allait finir sa course sur le mont Redondo, mais également l’enquête puis les découvertes de la terrible nouvelle par les proches.

Il y a des destins étonnants parmi les 48 passagers et membres d’équipage : des anciens résistants, soldats français, mais aussi des personnes en partance pour une vie nouvelle telle Amélie Ringler à qui sa marraine offrait sa succession aux Etats-Unis, Mme Hennessy allant chercher ses filles pour venir en France définitivement, cinq bergers basques partis tenter leur chance dans les ranchs de l’Ouest Américain.

Certes il y a de la matière à partir des histoires des victimes mais l’addition de bribes de vie voire d’anecdotes peut laisser un peu sur sa faim et cela malgré le style d’Adrien Bosc – toutefois un peu tarabiscoté (oserait-on dire arrogant parfois).
Aussi, on aurait aimé en savoir plus sur la tragédie d’Edith Piaf ou mieux comprendre ce qui a préjugé au choix de zoomer sur  certains protagonistes plutôt que d’autres totalement laissés dans l’ombre. Le travail de recherche est impressionnant mais l’appellation « roman » semble trompeuse pour qualifier ce livre, documentaire plus que fictionnel. 

Constellation, d'Adrien Bosc chez Stock

La Robe d'Hannah



“La robe d’Hannah” fait référence à une des nombreuses histoires que relate Pascale Hugues dans son document – en l’occurrence, celle de Hannah et Suzanne, deux amies inséparables du Berlin d’avant-guerre qui seront séparées pour toujours par la guerre. Cette histoire s’inscrit dans la plus grande Histoire que Pascale Hugues essaye de nous narrer : celle de sa rue. Sans jamais nous dire son nom, elle revient sur les différentes étapes de construction, de démolition et de reconstruction de sa rue à travers les habitants de tout temps de celle-ci dont elle a retrouvé la trace.

Le document de Pascale Hugues constitue donc plutôt une série d’anecdotes pas du tout inintéressantes sur le passé de quelques illustres locataires ou propriétaires de cette rue, Juifs émigrés en 1930, Allemands ordinaires de cette période, David Bowie même pendant une courte période.

On comprend bien la passion et le dévouement de Pascale Hugues à rendre hommage à sa rue. Pourtant il y a quelque chose de singulier dans cette entreprise qui semble un peu démesurée par rapport à l’enjeu : ainsi sillonne-t-elle le monde pour recueillir quelques témoignages (de LA à Jérusalem tout de même), que de dépenses !!!

L’ensemble est intéressant et se lit sans difficultés mais il y a sans doute bien plus à dire sur Berlin à travers le siècle. Et cette rue ne nous en donne qu’un aperçu bien mince qui laisse un peu sur sa faim

La robe d'Hannah, de Pascale Hugues
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