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jeudi 26 février 2015

Mon année Salinger



J’ouvrais ce récit avec la plus grande circonspection : la vie d’une New Yorkaise dans les années 90 étant un sujet pour le moins rabattu et la touche « Salinger » ne soulevait pas l’enthousiasme qu’elle était sensée générer – n’en ayant lu que l’Attrape-Cœurs et encore sans conviction.

Pourtant dès la 2ème page, j’étais mordue et je lus d’une traite ce récit  de Joanna Krakoff sur son année dans le monde de l’édition, au cœur d’une agence littéraire chargée de représenter entre autres, Salinger.
La plongée dans le monde littéraire et l’équivalent new-yorkais du gratin « germano-pratin » s’avère passionnante : on les découvre sous l’angle de cette agence d’auteurs qui vit comme hors du temps tiraillée ses associés réticents à toute nouvelle technologie (PC, scanners …) et une nouvelle garde friande de contrats à enchères, de publicité, de marketing des auteurs, de mode de rémunération plus audacieux.

Le sel du récit provient surtout d’un triptyque intéressant autour de Joanna, la narratrice : sa boss (dont on ne sait jamais le nom), que Joanna dépeint tour à tour avec admiration, pitié, incompréhension, dédain et avec qui la relation ambivalente rappelle bien les relations professionnelles en général ; et enfin Salinger, « Jerry », l’auteur reclus qui ne communique qu’à travers l’agence. Leurs relations à tous les trois évoluent de façon surprenante au fil du récit, emportées par l’actualité plus ou moins heureuse de chacun des trois personnages.

En parallèle, c’est un retour au New York des années 90’s – plus «Girls » que « Sex and the City », plus Brooklyn que Manhattan,  pour suivre Joanna dans sa vie quotidienne avec Don, son petit ami aspirant écrivain et leurs amis aux perspectives incertaines.

On ne lâche pas le récit, captivé par l’histoire ordinaire du monde littéraire tellement bien racontée par Joanna Krakoff. 

Mon année Salinger, de Joanna Reed Krakoff chez Albin Michel

Le Village




Dans la sélection du Prix ELLE, ce roman policier détonne déjà par son contexte historique, peu connu, peu défriché en littérature – et donc d’emblée passionnant : l’Ukraine de l’après-guerre, des purges staliniennes, des traques absurdes aux koulaks, des déportations massives de « travailleurs » en Sibérie (où c’est bien connu il y aura plus de champs à faire fructifier pour faire vivre les millions de Russes que le grenier de l’Europe qu’est l’Ukraine).

Dans un petit village perdu et bien caché des purges, Vyrit, Luka ancien soldat et chasseur, aperçoit un jour, marchant seul et tirant un traineau bien chargé, un homme presque déjà mort qui lui tombe dans les bras. D’abord étonné et toujours inquiet – en ce temps tourmentés, les inconnus dans les endroits perdus ne sont pas bienvenus,  Luka découvre sur le traineau deux enfants morts et mutilés. L’homme inconnu est déjà presque mort, blessé par balle et ne peut pas parler : les a-t-il tués ? les a-t-il sauvés ? Les villageois eux, ne se posent pas la question et chauffés à blanc par la terreur ambiante ne lui laissent pas le temps de se défendre.
Mais bientôt, la nièce  de Luka disparaît et il s’engage donc à partir à sa recherche avec ses fils. Commence alors une longue poursuite dans les bois pour retrouver l’enfant : s’est-elle perdue ou a-t-elle été enlevée ?  Il faudra toute la force et l’expérience d’ancien soldat de Luka pour mener à bien sa quête entre les dangers du froid, le tueur expérimenté qui rôde, les dangers du froid et les guépéistes qui sont en route vers Vyrit pour déporter les koulaks.

Ce roman tient en haleine mélangeant le policier et le roman d’aventure dans un contexte historique captivant. Dan Smith nous offre une traque inhabituelle qui ravit le lecteur par sa fraicheur et ses surprises de narration, avec le bon point supplémentaire de faire porter l’histoire par des personnages attachants et pleins de bon sens (qualité parfois trop rare dans les romans policiers).
C’est aussi une réflexion intéressante sur l’après-guerre pour le soldat, militaire de carrière.

A lire absolument ! 

Vongozero

 
 
Quel roman d’aventures haletant proposé ce mois-ci par le Prix ELLE ! Dans la digne lignée du Village précédemment encensé ici, tant pour la  localisation russe que pour le bon sens de ses personnages, Vongozero captive et tient le lecteur en haleine malgré l’épaisseur du livre.
Yana Vagner nous concocte ici un récit comme je les aime d’apocalypse réaliste façon Malevil ou La Route. Ici point de catastrophe nucléaire mais une épidémie  galopante d’une sorte de pneumonie fatale qui dévaste Moscou en quelques semaines. Observant cela, Anna et son mari Serguei hésitent sur la conduite à tenir ; il leur faudra l’intervention de Boris, le père d’Anna pour les convaincre de fuir le mouroir où ils résident avant qu’il n’y ait plus que pillards et malades dans les rues. Leur direction : Vongozero, un lac au nord du pays, à la frontière avec la Finlande où Serguei et Boris avaient l’habitude d’aller pêcher.
Dans leur équipée, ils s’adjoignent Micha, le fils d’Anna, Irina et Anton, l’ex-femme et le fils de Serguei, et leurs voisins Dimitri et Marina dont la maison s’est déjà faite vandalisée.
Entre le risque de contamination, les éléments naturels peu cléments de l’hiver russe, le manque de carburant et de nourriture, et enfin les pillards, on suit les pérégrinations d’Anna et les autres à travers la Russie sans jamais s’ennuyer grâce à un rythme excellemment maitrisé et des personnages attachants et au bon sens réjouissant.
A lire si vous avez aimé Malevil ou La Route.
 
Vongozero, de Yana Vagner, éditions Mirobole

dimanche 18 janvier 2015

Constellation


Constellation – un titre en référence non seulement au nom du modèle d’avion Lockheed qui s’écrasera aux Açores le 27 octobre 1949 et dont le destin des passagers nous est ici conté, mais également comme en référence à la nuée de trajectoires et de concours de circonstances qui ont mené tous les protagonistes à leur place respective ce jour-là.

Ce crash d’avion n’aurait pu connaître qu’une moindre postérité s’il n’avait eu pour victimes (au moins) deux grands noms des arts et des sports français : Marcel Cerdan « Le Bombardier », le boxeur mythique qui s’en allait rejoindre urgemment Edith Piaf à New York et Ginette Neveu, la violoniste de génie en partance pour sa tournée américaine.

Adrien Bosc nous fait revivre les événements avant le drame, l’histoire de chacune des victimes, ce qui les a conduits plus ou moins incidemment à se trouver à bord du vol qui allait finir sa course sur le mont Redondo, mais également l’enquête puis les découvertes de la terrible nouvelle par les proches.

Il y a des destins étonnants parmi les 48 passagers et membres d’équipage : des anciens résistants, soldats français, mais aussi des personnes en partance pour une vie nouvelle telle Amélie Ringler à qui sa marraine offrait sa succession aux Etats-Unis, Mme Hennessy allant chercher ses filles pour venir en France définitivement, cinq bergers basques partis tenter leur chance dans les ranchs de l’Ouest Américain.

Certes il y a de la matière à partir des histoires des victimes mais l’addition de bribes de vie voire d’anecdotes peut laisser un peu sur sa faim et cela malgré le style d’Adrien Bosc – toutefois un peu tarabiscoté (oserait-on dire arrogant parfois).
Aussi, on aurait aimé en savoir plus sur la tragédie d’Edith Piaf ou mieux comprendre ce qui a préjugé au choix de zoomer sur  certains protagonistes plutôt que d’autres totalement laissés dans l’ombre. Le travail de recherche est impressionnant mais l’appellation « roman » semble trompeuse pour qualifier ce livre, documentaire plus que fictionnel. 

Constellation, d'Adrien Bosc chez Stock

La Robe d'Hannah



“La robe d’Hannah” fait référence à une des nombreuses histoires que relate Pascale Hugues dans son document – en l’occurrence, celle de Hannah et Suzanne, deux amies inséparables du Berlin d’avant-guerre qui seront séparées pour toujours par la guerre. Cette histoire s’inscrit dans la plus grande Histoire que Pascale Hugues essaye de nous narrer : celle de sa rue. Sans jamais nous dire son nom, elle revient sur les différentes étapes de construction, de démolition et de reconstruction de sa rue à travers les habitants de tout temps de celle-ci dont elle a retrouvé la trace.

Le document de Pascale Hugues constitue donc plutôt une série d’anecdotes pas du tout inintéressantes sur le passé de quelques illustres locataires ou propriétaires de cette rue, Juifs émigrés en 1930, Allemands ordinaires de cette période, David Bowie même pendant une courte période.

On comprend bien la passion et le dévouement de Pascale Hugues à rendre hommage à sa rue. Pourtant il y a quelque chose de singulier dans cette entreprise qui semble un peu démesurée par rapport à l’enjeu : ainsi sillonne-t-elle le monde pour recueillir quelques témoignages (de LA à Jérusalem tout de même), que de dépenses !!!

L’ensemble est intéressant et se lit sans difficultés mais il y a sans doute bien plus à dire sur Berlin à travers le siècle. Et cette rue ne nous en donne qu’un aperçu bien mince qui laisse un peu sur sa faim

La robe d'Hannah, de Pascale Hugues

mercredi 19 novembre 2014

L'Exception


J'aurais pu craquer rien que pour sa couverture tant le graphisme réalisé par Zuma attire l'œil par ses belles couleurs et géométries.
Ayant déjà lu Rosa Candida de la même auteure sans grande conviction, j'entamais celui-ci avec quelques réticences passé l'argument de la première de couverture chatoyante.

Ici l'auteure choisit une thématique oserais-je dire, "dans l'air du temps" puisque Maria se voit brutalement quittée par son mari Floki, lequel part pour aller vivre avec son collègue – lui aussi nommé Floki. L'idée originale aurait pu faire un roman intéressant sur les choix imposés par la société, le ressenti des femmes quittées pour un homme, les questions quant aux 13 années passées avec son mari, ou encore le rôle du beau-père dans les familles recomposées mais rien de tout ça ici – ni réflexion réelle sur le couple, le divorce, l'homosexualité. Audur Ava Olafsdottir déroule simplement une histoire avec quelques (beaucoup?) d'invraisemblances et de comportements étonnants.

Comme dirait quelqu'un que je connais bien, c'est peut-être "à prendre comme un conte", mais là elle y va un peu fort de café sur le déjanté irréaliste. A commencer par la naine Perla, écrivain de polars, voisine de Maria, psychologue à ses heures perdues qui parle comme un grand sage du haut de sa montagne. "Je crains que les mots ne te soient pas d'un grand secours. D'expérience, les gens ne comprennent pas tous les mots de la même manière. Un des exemples que je reprends pour mettre en évidence l'aspect imprévisible des sentiments humains est qu'il peut suffire d'une conduite d'eau chaude qui éclate pour que deux couples qui habitent sur le même palier décident de divorcer"
Quelques réflexion affleurent de-ci, de là via le personnage de Maria sur sa culpabilité, ses remords, comment faire face mais restent assez épisodiques et sont toujours stoppées par les interventions intempestives de Perla, la naine curieuse et indiscrète.

Outre le comportement étonnant de Perla, le livre achoppe également sur celui-ci de Floki – d'une froideur glaciale au moment de l'annonce, mais qui consent entre deux témoignages d'une indifférence totale envers Maria à coucher avec sa future ex-femme pour la consoler.
En parallèle de l'histoire principale, on ne nous épargne rien des récits annexes plus invraisemblables encore que la trame originale : un père biologique subitement réapparu, une procédure d'adoption, un ornithologue transi …

Le roman se lit très vite mais souvent avec un soupir devant le style un peu "gâché" de l'auteure autour de ces histoires sans intérêt ni résonance.

J'ai gardé pour la fin quelques citations de Perla, la naine envahissante ou d'autres personnages pour donner une idée + précise de l'aspect abracadabrantesque de ce personnage et de l'histoire.
"Sans être curieuse de nature, je n'ai pu m'empêcher d'apercevoir du foie gras dans ton frigo. Et il ne m'a pas non plus échappé que tu n'avais pas beaucoup d'appétit, d'où ma question : quelles sont les chances que tu le consommes avant la date de péremption ?"
Un employé des pompes funèbres particulièrement délicat – et sans aucune trace d'ironie de la part de l'auteure : "Il y a un risque de respirer involontairement la cendre de l'urne. C'est arrivé que des proches du défunt en contractent une pneumonie. Quand c'est une femme qui signe le reçu, je prends l'exemple du tiramisu : il faut faire attention à ne pas respirer le cacao dont on a saupoudré le crème. La plupart des hommes voit mieux l'idée avec un vieux parquet, ils savent bien que pour le poncer, mieux vaut porter un masque"
 
L'exception, d'Audur Ava Olafsdottir chez Zulma

mardi 18 novembre 2014

L'Oural en plein coeur

 

Ce document vient donner un éclairage un peu nouveau sur ces personnes fascinées par la Russie ; après Emmanuel Carrère et Olivier Rolin, Astrid Wendlandt nous fait découvrir elle aussi "sa" Russie à travers le récit de son voyage dans l'Oural – que je ne situais d'ailleurs pas du tout aussi à l'Est que cette région n'est vraiment.
Initialement partie pour un voyage linguistique dans l'accueillante ville de Tcheliabinsk, elle y reviendra ensuite pour revoir son amoureux de jeunesse Micha. C'est alors le point de départ d'un grand périple dans l'Oural.

Contre toute attente, les longues descriptions de paysage – depuis les sites sidérurgiques aux villages en bois se révèlent passionnantes, malgré le petit regret persistant quant à l'absence de photographies pour agrémenter le récit (occasionnant donc quelques recherches images google pour vérifier la bonne adéquation entre mon imagination et la réalité). De même, tous les récits des chamboulements de la vie quotidienne générés par l'ouverture de l'économie de marché étonnent et captivent, servis par nombre d'anecdotes surprenantes.
En revanche, l'auteur ne réussit pas vraiment à briser la glace avec son lecteur, à créer une réelle proximité. Il faut dire qu'elle est assez intimidante, Astrid, avec son quadri-linguisme, son appétence pour les steppes perdues, sa passion pour l'escalade et la montagne de haut niveau…

Le début du livre enchante par la découverte de ces terres inconnues, qu'on a l'impression de découvrir au même rythme que l'auteur, avec l'émerveillement et la curiosité des premières fois. Ensuite, au fil du récit, on comprend qu'elle a déjà bourlingué tellement en Russie qu'elle se laisse de moins en moins surprendre par ce qu'elle relate, ce qui crée une sorte de double vitesse, de décalage entre le lecteur et l'auteure.

Enfin , au fur et à mesure que son voyage se transforme en histoire d'amour, on comprend mieux pourquoi elle a voulu faire ce récit, fondateur pour elle mais on se sent un peu tenu à l'écart.
 
L'Oural en plein coeur, d'Astrid Wendlandt chez Albin Michel
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