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jeudi 9 décembre 2010

Apocalypse Now


Il y a des jours comme ça où on se sent de force à défier les éléments, à aller au front de l'apocalypse ; et une fois qu'on y est, face aux éléments, on se demande sincèrement quelle témérité saugrenue nous a prise ...

Le mercredi 8 décembre faisait partie de ces jours-là. Déjà, quand l'info principale à la radio devient la météo ou le point info trafic, on devrait toujours se méfier et "reporter notre trajet à plus tard" comme le recommandent tous les journalistes de France et de Navarre sur les ondes.

Mais bon, ayant mis 45 minutes en patinant à peine, pour faire le trajet aller Paris-Jouy, je présumais un peu trop de mes forces de résistance aux éléments et m'engageais alors sur le trajet retour. Heureusement, pas complètement inconsciente, je me faisais cette fois accompagnée d'une personne autrement meilleur pilote que moi sur la neige. (En même temps, quiconque m'a jamais vu conduire, sait que je ne conduis que des boites autos, ce qui déjà m'enlève à peu près toute prétention au titre de meilleure pilote, sur quelque surface que ce soit).

Il neige à gros flocons, les voitures patinent dans une valse hésitante, Nicole de France Bleu Paris te répète que tu es vraiment un sale égoïste d'aller rajouter ta pierre à l'édifice du merdier routier, mais non, on continue, forts de notre bon droit à la route, même sans chaines, ni pneus neige (ni même batterie de portable, sinon ça serait moins drôle).

Pour toi qui ne connaît pas la N118 jusque dans ses moindres virages et son tronçon Sèvres-Vauhallan, voici donc un petit croquis, une petite coupe en tranche façon tectonique des plaques, pour te faire visualiser le problème de dénivelés à l'origine de tous nos malheurs sur cette route.

Un premier regard suffit pour constater que le prétendant au Paris-Vauhallan pouvait toujours aller se-brosser-Martine s'il espérait franchir avec sa Golf GTI toute suréquipée qu'elle soit, les fameuses côtes de la N118 sans pneus neige ni chaînes. De toute façon, deux poids lourds ont rapidement coupé court à leurs prétentions en allant patiner en crabe jusqu'au milieu de la chaussée devant la côte de Vauhallan, dans une synchronisation parfaite pour bloquer entièrement la voie pour plusieurs dizaines d'heures.

Après 3h30 pour atteindre le radar de Bièvres, celui situé à 1km de notre point d'entrée sur la N118, l'esprit de la neige commence peu à peu à fondre sur les automobilistes avec plus ou moins de conséquences étonnantes. 1 voiture sur 3 décide purement et simplement d'abandonner la course, occasionnant un exode de petits bonhommes en gilet jaune, qu'ils mettent pour sa racheter une bonne conscience après avoir enfreint le seul interdit catégorique de France Bleu Paris, i.e abandonner son véhicule sur la chaussée. On se demande encore où comptaient aller à pied, dans le blizzard ces braves petits conducteurs, sur cette route de Bièvres, éloignée de toute zone résidentielle ou commerciale ...

Heureusement, quelques événements cocasses viennent aussi vous distraire, vous automobilistes résignés qui prenez votre mal en patience, notamment le passage de cette homme à contre-sens des voitures, avançant chaussures de ski au pied, bâtons et skis sur les épaules. Chapeau bas, penser à prendre ses skis le jour de la toundra du millénaire ...

Au fil des heures, vous vous familiarisez avec Nicole et Arnaud de France Bleu Paris 107.1, qui, ils le signalent eux-mêmes, n'ont jamais eu autant d'auditeurs sur leur fréquence, grâce à leur point info trafic précis toutes les 12 minutes. Vous vous surprenez à rester sur France Bleu 107.1 même entre les points infos trafic, pour être sûrs de ne pas louper le prochain, même si vous ne savez plus vraiment ce que vous voulez entendre : une explication à votre immobilité complète depuis bientôt 5h, ou une annonce d'amélioration qui sera aussitôt démentie par les prévisions de verglas et l'immobilité toujours complète 1h plus tard....

Entre deux points infos trafic, vous créez une intimité formidable avec vos voisins de galère à l'occasion d'une pause pipi entre deux portières. Puis, l'esprit de la neige fond encore un peu plus sur les esprits, et quand vous voyez passer un homme qui remonte la file de voiture à bicyclette, béret sur la tête, vous vous demandez si l'esprit de la neige ne vous a pas court-circuité un fusible lors d'un assoupissement entre deux points infos traffic.

Pour ne pas gaspiller toute l'essence, vous alternez période "up" moteur-allumé-radio-chauffage, et période "down" (juste radio, faudrait quand même pas louper le point info trafic), jusqu'à ce que le froid commence à vous grignoter les orteils. Pour passer le temps, vous regardez successivement "Le Diner de Cons" puis "Taxi", le choix des films reflétant clairement l'état d'esprit dans lequel vous êtes : il vous faut de la distraction ! Et vous louez le Ciel d'avoir un Mac dans la voiture et pas un PC qui vous aurait claqué dans les doigts au bout de 20 min pour cause de batterie faible, ce qui vous aurait sans doute conduit à un état d'abattement sans pareil.

Mr Pignon, Juste Leblanc, et Emilien ayant rempli leur office (vous changer les idées), on reprend ensuite le rythme up-and-down classique, au son de la douce voix de Nicole de France Bleu 107.1, qui anime "On fait la route ensemble", émission désormais culte pour tout naufragé de la route du 8 décembre 2010. "On fait la route ensemble", c'est l'émission emblématique de la "composante pot-de-chambre" : elle accueille des auditeurs en ligne, pour qu'ils racontent leurs galères, s'en plaignent longuement et férocement, pestent contre leur voisin de route qui a essayé de le doubler, invectivent Brice Hortefeux et tout ce qui ressemble de près ou de loin à une personne en uniforme sur les routes ; leur but n'étant absolument pas d'informer les autres auditeurs de l'état de la route mais bel et bien de déverser ce trop-plein d'énervement, de haine, de bouillonnement intérieur sur quelqu'un qui n'a rien fait mais est au chaud derrière son micro et c'est déjà trop : Nicole. (Vous avez compris, je pense "la composante pot-de-chambre", le déversoir ...)

Parfois, entre deux plaintes, un brave automobiliste appelle gentimentpour proposer un itinéraire bis intéressant, ou comme Guy-le-chauffeur-de-taxi pour faire une analyse de la neige. On sait donc désormais qu'en début d'après-midi ce mercredi 8 décembre est tombée une neige plutôt dite "de printemps" bientôt remplacée par une neige "de février", "légère, elle monte vers le ciel quand le vent secoue les branches; mais elle tient également beaucoup mieux au sol et se transformera d'ici peu en verglas". Après ses prévisions optimistes, vous arrêtez France Bleu 107.1, c'est trop déprimant.

Finalement, 9h30 plus tard, la longue longue longue file de voitures entame un mouvement, "Victoire", criez-vous, "on roule au pas!!!". Plus vous avancez, plus vous découvrez un paysage de jour d'après : voitures abandonnées en travers de la route, enlisées dans la neige, percutées dans la barrière de sécurité. Vous vous frayez un chemin glissant au milieu de ces carcasses vides, pas franchement rassurantes et des poids lourds arrêtés au bord de la route. Parfois, il faut que les passagers des voitures devant vous poussent des voitures arrêtées en plein milieu de la chaussée ... Vous vous émerveillez devant cette envie de rentrer au plus vite chez soi qui prend le visage de la solidarité ...

Finalement, le slalom prend fin à hauteur de Vélizy, où d'un coup, vous découvrez la N118 entièrement déserte ; peu d'automobilistes ayant eu le courage de pousser le slalom jusque là, restés enlisés dans la neige, patinant sur le verglas un peu plus bas, ils ont presque tous abandonnés leur voiture avant d'arriver à la partie déneigée de la route. Il aurait suffi d'un CRS bien avisé pour dire aux gens, "hé dans 30 mètres, vous y êtes, c'est déneigé, courage les gars", pour débloquer l'ensemble de la route, mais il faut croire que les 2000 policiers déployés en Ile de France par Brice H. avaient mieux à faire que de débloquer un des axes principaux d'arrivée et de départ de Paris.

Le trajet se finit en beauté, sur la descente de Sèvres, petite patinoire abordée en douceur par les conducteurs pourtant échaudés par 10h d'immobilisme.

Et ce matin, en ouvrant chez vous votre calendrier de l'avent Kinder, vous savez pourquoi vous avez bravé 11h durant les éléments ...

mardi 23 novembre 2010

L'indésirable



En plaçant son récit dans la campagne anglaise d’après-guerre, Sarah Waters renoue avec le style anglais si caractéristique, aux histoires jonchées de plaines brumeuses et de demeures hantées, qui feront toujours écho aux grands romans des sœurs Brontë ou de Daphné du Maurier.

Dans une Angleterre encore dévastée par la guerre, meurtrie par les bombardements passés et le rationnement encore en vigueur, le Docteur Faraday se lie d’amitié avec une ancienne famille fortunée de son comté, les Ayres, désormais contraints de vivre à un rythme bien moins dispendieux, ruinés pécuniairement et psychologiquement par la guerre.
Le Docteur Faraday découvre bien vite que le domaine d’Hundreds Hall où demeurent les Ayres, est le théâtre d’incidents étranges : bruits répétés, souffles, claquements de portes … Bientôt terrorisé par cette présence qui ne dit pas son nom, le fils Ayres, rendu fou, est interné ; laissant sa mère et sa sœur s’occuper du domaine avec l’aide de maison, Betty. D’événements tragiques en accidents suspects, la maison ne va plus arrêter sa danse macabre avec les Ayres, pour finalement laisser le lieu vide de toute présence humaine.

Sarah Waters a le mérite d’adopter un style fluide et léger qui rend la lecture de ce pavé aisée et agréable. Pourtant, on sent déjà bien à sa lecture que ce roman ne laissera aucune trace : histoire banale, aucun rebondissement, dialogues sans saveurs … Ce livre est un pur roman : aucun lien avec l’Histoire n’est possible, il n’amène le lecteur à aucune réflexion, et est bêtement mais efficacement distrayant.
On attend en vain une chute qui justifierait les 600 premières pages, jusqu’à devoir admettre à la dernière qu’il faudra se contenter de ce récit très « premier degré ».

A lire pour les nostalgiques de la campagne anglaise.

mardi 16 novembre 2010

L'importance d'être inconstant


Après, comme tout un chacun, moult années d'évolution aux côtés du genre humain, il en ressort une constante particulièrement délicieuse de celui : l'insatisfaction chronique.
Loin d'être une tare, celle-ci est à l'origine de sûrement bien des phénomènes qui nous ont fait nous élever de notre condition de bonobos de l'ère glaciaire aux personnes incroyablement civilisées que nous sommes aujourd'hui. Cette insatisfaction est d'ailleurs sûrement à l'origine de la sauvegarde d'un certain nombre d'industries naguère florissantes : qui irait encore acheter son journal si le J.T de Jean-Pierre Pernault thème "actu et terroir" satisfaisait pleinement notre demande d'infos quotidiennes ? Qui irait encore au cinéma ou au théâtre si on se contentait du téléfilm du jeudi soir pour combler notre besoin de divertissement ?

Ne nous faisons pas d'illusions, cette insatisfaction est chronique et persistante : même avec un (Master)chef à nos fourneaux, on jettera toujours un oeil, l'air de rien, dans l'assiette du voisin pour vérifier qu'elle n'est pas mieux garnie (ou dressée, nouveau vocabulaire de téléspectatrice assidue de Masterchef)
(2 références en 2 lignes, on aura compris que cette émission est totalement addictive ; message à Nonce Paolini : à quand la saison 2 ?)
Et, de même que l'herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin, le cheveu est toujours plus lisse, plus long, plus blond sur la tête de la voisine. Le capillaire, ou l'incarnation concrète de l'insatisfaction sus-mentionnée, alimente nombre de plaintes irraisonnées, et fait ainsile bonheur de nos amis coiffeurs, qui font leur miel de notre inconstance.
Les blondes envient le piquant des brunes, qu'elles-mêmes vendraient cher (balayage+couleur) pour avoir l'éclat des premières. A coups de ridicule qui ne tue pas (i.e, une heure le cheveu en papillotte sous un casque chauffant), chacun accède à ses désirs, en oubliant qu'à 50 ans, on voudra tous être blonds pour cacher les (premiers) cheveux blancs.

Plus irremédiable, mais tout aussi sujet à débats, couleurs des yeux, métabolisme et ô combien maudit atavisme familial alimentent les discussions sans fin sur les envies des uns et des autres, avec force théories irrationnelles sur les défauts de leurs propres attributs.
Ainsi, combien de discussions sur les avantages de la femme-poire vs. sa rivale la femme-pomme ? (équivalent masculin du dilemme, pour toi qui ne comprends pas ces considérations fruitées : poignées d'amour vs calvitie ?) ... Pour en conclure que, ô rage, ô désespoir, on peut être poire ET pomme (ou chauve ET "confortable").

Théorie de mon cru vivement critiquée par exemple sur les yeux clairs : outre la disharmonie de couleurs que cela crée dans le visage (bleu/vert-chair-rouge de la bouche -brun ou blond des cheveux), cela rend extrêêêêêmement mal-aisé toute tentative d'habillement avec plus d'une couleur (sans parler du maquillage, mais comme j'ai déjà perdu la moitié des suffrages jusqu'ici, je m'arrêterai là). Devant vos airs compatissants (?), avouons que cette théorie remporte jusqu'ici peu de soutien, voire plutôt une foule de critiques, évidemment irrecevables car émanant de personnes aux yeux marrons (CQFD).
(Cette histoire d'harmonie colorielle n'est peut-être pas sans lien avec une passion déjà mentionnée pour les mascaras de couleur bleue ou verte ... A méditer).

Enfin, quel bon voyant n'a pas souhaité, même un instant, porter des lunettes un jour ? Pour le regretter dès la première annonce de la découverte de sa myopie/presbytie/etc. et le constat terrible que porter des lunettes, c'est surtout pas pratique.
Version -mais-qu'est-ce-qui-nous-a-pris de ce premier exemple, avec ... l'appareil dentaire, dont on a tous un peu rêvé à la récré en voyant la copine arborer fièrement ses bagues en alu, ... pour finalement pleurer de douleur à la pose des celles-ci et à la vue du sourire qui nous vaudra sûrement le doux sobriquet de "Tchernobyl" pour les 12 prochains mois.

Tant que cela donnera encore une foule d'anecdotes, saluons donc l'importance d'être inconstant !

samedi 6 novembre 2010

Le chagrin


Pour bien comprendre l'ouvrage de Lionel Duroy, il faut d'abord savoir que l'histoire est complètement autobiographique. Aussi, quand en arrivant à la page 10, où parlant de son enfance, il vous caractérise ainsi sa mère: "Maman, que nous méprisions déjà", vous vous dites que l'oeuvre a du faire voler bas les théières chez les Duroy ...
Lionel Duroy fait un état des lieux de son enfance et de l'influence terrible qu'a eue sa mère sur tout le cours de son existence, le poursuivant encore à l'âge adulte. Femme sans les moyens de son ambition de grande dame de Neuilly, mère-pondeuse juste bonne à rechigner contre son mari à qui elle en demande toujours plus, elle impose son rythme à la maisonnée, à ses 10 enfants et son mari surnommé Toto. Celui-ci pour échapper à son couroux, à ses manipulations et mises en scène (faux suicides, annonces d'enfants au seuil de la mort, on en passe et des meilleures), s'enfonce dans une spirale d'endettement qui va se révéler dévastatrice pour toute la famille : d'expulsions en éclairages à la bougies, la vie des enfants Duroy est ponctuée de désillusions sur leur père et leur cadre de vie.

L'autobiographie est un genre difficile car son rendu n'est pas toujours à la hauteur des événements passés : ici, Lionel Duroy excelle, nous serrant parfois le coeur avec ses anecdotes acides sur sa famille. Habitué du genre depuis son précédent ouvrage autobiographique "Priez pour nous", il revient également sur sa vie amoureuse, ses enfants, son travail en tant que journaliste à Libération. Au travers de sa vie, Lionel Duroy parvient surtout à restituer une "Vie Française" qui fait écho à celle de Jean-Paul Dubois, nous faisant retraverser le demi-siècle passé de façon passionnante.

La famille Duroy étant farouchement pétainiste, il évoque l'après-guerre de ses parents, son père un peu honteux de n'avoir commis aucun acte de bravoure pendant cette seconde guerre mondiale, et la haine de sa mère pour De Gaulle. La guerre d'Algérie ravivera les sentiments des parents Duroy tandis que les fils aînés, désormais adolescents se désolidariseront peu à peu des idées de leurs parents, pour embrasser des idées (ologies ?) gauchistes en vogue.

Lionel Duroy a l'intelligence de mêler à ce récit familial son histoire de journaliste d'investigation, revenant sur ces expériences en Nouvelle-Calédonie, en Algérie, à Zagreb etc., évitant à son roman de n'être qu'un brûlot familial. Ses anciens supérieurs hiérarchiques de chez Libération en prennent également pour leur grade, nous laissant un peu intrigués par les conséquences de ses propos ...

Pendant plus de 500 pages, Lionel Duroy nous tient en haleine, grâce au suspense qu'il arrive à ménager sur les réactions de sa famille face à ses deux réquisitoires (celui-ci et le précédent "Priez pour nous"), car comment ne pas penser à leur réaction en lisant ce livre. Une brillante démonstration que l'autobiographie n'est pas toujours narcissique ...

Le chagrin, de Lionel Duroy, aux éditions Julliard.

mardi 19 octobre 2010

La synthèse du camphre


Un premier roman épate rarement par sa maîtrise pourtant, La Synthèse du Camphre échappe à cette malheureuse règle littéraire et offre un roman singulier tant du point de vue du style que de l’histoire.

Mêlant habilement deux histoires dont le lien n’est révélé qu’à la toute fin, Arthur Dreyfus nous transporte à travers l’Histoire avec un grand H, depuis la Seconde Guerre Mondiale jusqu’aux événements du 11 septembre, via les correspondances et récits de deux jeunes gens.

On suit d’abord les échanges de mails de Chris, adolescent américain esseulé et peu sûr de lui, avec un mystérieux Français Ernest, dont on ne peut que deviner les réponses, soustraites aux yeux du lecteur, grâce à l’enchainement des mails de l’Américain.

En parallèle, se noue le récit de Félix, étudiant français en chimie sous l’Occupation, bientôt résistant, puis déporté. Ce récit à la seconde personne retrace une histoire déjà entendue mais à laquelle Arthur Dreyfus arrive à conférer une singularité certaine avec brio. Depuis sa fuite en zone libre, « ce morceau de vadrouille à savourer », jusqu’à sa libération des camps, Arthur Dreyfus invente à Félix une destinée à la fois ordinaire et extraordinaire, narrée avec une poésie et un réalisme troublant.
Ainsi en parlant de son 1er jour de libération du camp : « Le matelas à ressorts était un gouffre, un trou moelleux qui t’angoissait. Tu t’y étais senti en chute libre. Ton corps n’est plus habitué à un monde ami, au contact des choses douces. Seule la rigidité du sol te rappelle que tu n’es pas en bronze, en marbre ; que tu es encore constitué d’os, de nerfs, de peau. »

Le trait de génie de ce roman s’exprime dans la parfaite mise en parallèle des deux histoires. Présentées comme en négatif l’une de l’autre, elles évoluent avec des courbes contraires : le bonheur de l’un équilibré par le malheur de l’autre. Le point de rupture apparait finalement, finement orchestré, qui fera basculer, Chris vers l’horreur (la maladie) et Félix au retour à la vie (la libération des camps). Tels les deux plateaux d’une même balance, les joies et malheurs de deux personnages, d’amplitude similaire, s’équilibrent parfaitement tout au long du roman : le basculement à mi-parcours, brusque changement de polarisation du malheur, ne fera qu’inverser la tendance.

Tout au long du roman, Arthur Dreyfus distille un lien à la matière de prédilection de Félix : la chimie. « Tu sais que les réactions chimiques sont comme les relations humaines : elles suivent des règles précises qui peuvent, lorsqu’elles sont mal appliquées, provoquer des explosions ». « Je voudrais que tout soit aussi spontané qu’en chimie. Je voudrais dissoudre le pétainisme dans quelques gouttes d’acide anglais ».

Un premier roman remarquable, qui vous poursuit encore longtemps après l’avoir refermé. Une chute imprévisible, qui surprendra même les lecteurs avertis ...

Mémoires à contre vent


Drôle d’objet littéraire que cet ouvrage du célèbre journaliste Peter Adam : des mémoires de vie aussi bien remplies ne sont pas légion dans les rayons des librairies françaises.

Durant 450 pages, nous voilà donc replongés dans la vie de Peter Adam depuis son enfance de jeune Juif sous l’Allemagne nazie jusqu’à son apogée de journaliste. Polyglotte, voyageur frénétique, réalisateur, baroudeur aux mille métiers, ami de la jet set et des artistes, Peter Adam fascine.

On suit, captivé, ses rencontres avec les plus grands intellectuels et artistes du siècle : Sartre, Thomas Mann, Visconti, Sagan etc. mais le récit le plus intéressant reste sans doute celui des années 40 : on découvre un point de vue rare, celui d’un enfant « Mischlinge » (né d’un parent juif et d’un parent non-juif) sous Hitler. Passant des premières lois raciales à l’après-guerre, Peter Adam offre sur cette période un témoignage peu banal, mettant en lumière la difficulté d’être à la fois vainqueur et perdant de la guerre, en tant que juif survivant allemand. Son récit de l’immédiate après-guerre puis de la reconstruction de l’Allemagne propose un éclairage au rendu inhabituel sur cette période.

La suite du document a du mal à convaincre autant que ce passionnant début, s’enlisant souvent dans un name-dropping malheureux. Peter Adam impressionne par sa formation, ses brillantes études, la finesse de son analyse, sa culture et sa prose, mais semble vouloir justifier de ses extraordinaires qualités par l’étalage de ses illustres camarades, plutôt que de disséquer profondément ses centres d’intérêt.

Dommage, car le brio de l’auteur transparait sans nul doute dans tout son témoignage.

vendredi 15 octobre 2010

13 heures


L’Afrique du Sud offre toujours un cadre particulier et propice aux bons romans policiers. On se rappelle en effet, l’excellent et terrifiant Zulu, de Caryl Ferey, primé par ELLE il y a quelques années.

13 heures ne déroge pas à la règle, polar captivant qui se dévore en quelques heures, vous laissant fatigué mais heureux le lendemain matin de cette lecture qui vous a tenu éveillé(e) une partie de la nuit.

Pendant 13 heures, les fameuses heures du titre, Deon Meyer nous fait suivre l’inspecteur Benny Griessel, en mission sur 2 enquêtes mystérieuses soudainement apparues : une jeune fille retrouvée égorgée et l’assassinat d’un producteur de disque maquillé pour accuser sa femme alcoolique. Notre curiosité est tout de suite piquée par le brillant procédé littéraire dont use l’auteur : nous faire également suivre une autre jeune fille, traquée par les assassins de la première.

Les deux histoires, celle de l’enquêteur et de la jeune fille, Rachel de son doux prénom, évoluent en parallèle, formant une sorte de course poursuite littéraire : le premier arrivera-t-il à sauver la seconde à temps ?

De rebondissements en déconvenues d’enquête, on s’accroche d’autant plus que l’ensemble reste extrêmement crédible : les policiers font preuve de bon sens, sans pour autant avoir des intuitions de génie trop grossièrement ficelées ; les méchants sont bourreaux mais on échappe aux détails trop scabreux de leurs crimes, et surtout, l’ensemble de l’histoire s’insère bien dans le contexte politique et historique de l’Afrique du Sud, restituant intelligemment les rivalités ethniques entre Xhosas, Zoulous, métis et afrikaners.

13 heures fait également la part belle au métier de policier, dont les arcanes sont finement décortiquées ; l’auteur aborde beaucoup de points posant question dans cette fonction : la place des femmes, l’importance de l’intégration de minorités, les maigres débouchés, le déversement des anciens vers les métiers d’investigateur privé, la violence quotidienne et ses conséquences (à commencer par l’alcoolisme pour l’inspecteur Benny Griessel) etc.

Un roman policier très complet, qui ravira les amateurs du genre.
13 heures de Deon Meyer, aux éditions du Seuil

dimanche 10 octobre 2010

Les éclaireurs


"Les éclaireurs" fait suite à l'excellent premier opus d'Antoine Bello, "Les Falsificateurs". Ce premier tome relatait l'enrôlement de Sliv Darthunghuver, brillant étudiant islandais, dans une organisation secrète, le CFR. Ce CFR, Consortium de Falsification du Réel, produit des scénarios qu'il s'efforce ensuite de rendre crédibles, avec moult fausses sources et modification de documents existants.
Ce premier roman d'Antoine Bello proposait une trâme originale et haletante, qui vous laissait impatient de lire la suite, les tant attendus "Eclaireurs". Car entre la première et la dernière page des "Falsificateurs", notre jeune héros devenait une des recrues les plus prometteuses de l'organisation, mettant au service de nobles causes ses talents de scénariste et de falsificateur, décrochant au passage le prix du meilleur premier scénario et intégrant la prestigieuse Académie du CFR.

Dans ce second opus, on peine à se remémorer le jargon du premier, perdu au milieu de toutes les appellations propres au CFR et au métier de falsificateur. Sans doute vaudrait-il mieux lire les deux tomes à la suite, ce que permet aujourd'hui la parution des deux en version poche. Bref, au-delà de ces petits désagréments liés à la chronologie de lecture de chacun, on s'avoue malheureusement vite déçu par cette suite, bien en deçà des qualités du premier tome et des nos attentes.

L'histoire, qui flirtait déjà avec la ligne jaune de l'invraisemblance dans "Les Falsificateurs", tombe carrément du côté obscur de la crédibilité, présentant l'indépendance du Timor Oriental et même l'invasion de l'Irak par les Etats-Unis comme le fruit des manoeuvres du machiavélique CFR. Les bonnes idées ne manquent pas mais le bât blesse surtout côté style ; Antoine Bello connaît bien son sujet, les méandres de l'administration Bush en particulier, mais peut-être même trop bien, au point qu'on a parfois l'impression de lire un réquisitoire en ordre contre George W., son équipe et même un peu l'Américain moyen en général. Cette pincée d'anti-américanisme primaire hérisse un peu le poil du lecteur, qui trouve que l'amalgame Bush = America est un peu fort de café en 2010.

Malgré tout, l'intrigue reste plaisante et divertissante ; l'ouvrage plaira sûrement aux lecteurs avides d'histoires qui sortent de l'ordinaire.

Les éclaireurs, d'Antoine Bello. Disponible en poche
Prix France Culture - Télérama 2009


vendredi 8 octobre 2010

Même le silence a une fin


Qu'on est suspicieux et précautionneux en ouvrant le roman de l'ex-otage des FARC : on craint le réquisitoire, la contre-attaque envers ses anciens collègues de captivité, le roman médiatique et mal écrit... Heureusement, Ingrid Betancourt se sort brillamment de ce difficile exercice en évitant tous les pièges tendus devant elle.

En 700 pages, elle revient sur 6 ans et demi de captivité dans la jungle, depuis son enlèvement si banal jusqu'à sa spectaculaire libération. On découvre les conditions de vie dans la jungle qu'on imaginait déjà sans peine difficiles, mais qui se révèlent bien pire que ça encore.

On est captivé par la discipline du mode de vie des FARC, organisation hiérarchisée à l'extrême, qui place la délation et la surveillance mutuelle au coeur du système. Les otages n'échappent pas à cette règle, détendant peu à peu les liens de solidarité au profit qui, d'une ration plus grande, qui d'un paquet de cigarettes ou qui encore, de quelques feuilles et d'un stylo.

La vie en captivité s'organise entre les marches dans la jungle pour échapper à l'armée et les semaines de campement. Peu à peu les conditions de vie d'Ingrid Betancourt vont se détériorer, passant aux mains de commandants de plus en plus durs, jusqu'à finir enchaînée par le cou sans avoir le droit de parler aux autres otages.

On suit avec admiration son travail personnel pour garder espoir, dans l'attente d'une possible libération sans aucune date annoncée. Elle vit entourée d'otages militaires prisonniers depuis plus de 10 ans pour certains. Ses tentatives d'évasion forceront d'ailleurs leur admiration, car ces compagnons de captivité n'ont pour la plupart jamais osé partir seul à pied dans cette jungle plus terrifiante encore que la retenue en otage.

Ingrid Betancourt se présente parfois en bonne samaritaine mais il est difficile de lui en tenir rigueur, tant sa pugnacité à travers cette expérience terrible force le respect.

On ne lit pas ce livre pour le style de l'auteur, ni pour ses réflexions sur la captivité : on le lit tout simplement pour le passionnant récit de 6 ans et demi passés otage des FARC dans la jungle ; pour avoir les clés pour ensuite comprendre, discuter voire débattre de cette expérience de prisonnière des temps modernes.

lundi 4 octobre 2010

Toute dernière fois, toute toute dernière fois

Après des années de récriminations contre la tyrannie du début des cours à 8h15, les plats infects de cantine, les heures de colle pour bavardage intempestif en fond de classe et les bulletins de note à faire signer, pof, un jour, ça vous tombe dessus sans crier gare : la dernière rentrée scolaire.

Tout à nos souvenirs de vacances et à l'excitation des retrouvailles, on en oublie un peu vite que cette appréhension de veille de rentrée scolaire, ce petit noeud à l'estomac qui les a toutes précédées depuis 20 ans, apprécions-les bien, car c'est la dernière fois.

Bien qu'impatient de quitter les bancs de cette école qu'on a tant haï les matins pluvieux et les jours de mauvaise note, on se prend à savourer ces questions auxquelles on n'aura plus jamais à répondre: "T'as un emploi du temps sympa ?", "Tu sors à quelle heure le jeudi ?", "Il est bien ton prof de Marketing ?".

Certes, ça fait longtemps qu'on a laissé derrière nous les Choco BN de la récré, les affaires de sport au fond du cartable, le carnet de correspondance à faire signer, les verbes irréguliers d'anglais pour l'interro du lundi, l'ardoise pour le calcul mental et les mots des copines dans les agendas, mais ça fait quand même un petit pincement de se dire que dans la vie qui nous attend, il n'y aura plus personne pour souder au pistolet à colle les chaises au sol en cours de dessin, improviser une chorégraphie en plein cours ou organiser un jeté de ballons de baudruche sur un prof pour éviter une interro vâche une veille de vacances (enfin semble-t-il, mais certains patrons sont peut-être plus marrants que d'autre).

Profitons donc encore un peu des professeurs, des relevés de note, du séjour au ski universitaire et autres listes d'excellence, avant qu'ils ne deviennent patrons, Evaluation de Fin d'Année (EFA), séminaires et bonus.

Même si elle a un peu un arrière-goût de Prince écrabouillé au fond du cartable, cette rentrée nostalgique permet surtout de se laisser encore un an pour se préparer sans regret à notre dernier jour de (grand) écolier...

dimanche 3 octobre 2010

Malevil


Pour une fois, ne faisons pas la part belle qu'aux nouveautés et retournons 40 ans en arrière avec le roman Malevil de Robert Merle.

L'auteur, déjà connu pour son Prix Goncourt, Week-end à Zuydcoote, et son polémique La mort est mon métier inspiré de la biographie du commandant du camp d'Auschwitz, offre avec Malevil un roman d'apocalypse qui n'est pas sans rappeler La Route, de son confrère américain Cormac McCarthy.
Ecrit en 1972, Malevil relate la vie en 1977 d'une poignée d'amis du village éponyme, vie bouleversée par l'explosion d'une bombe atomique. En plein guerre froide, on imagine sans mal combien cette peur devait être présente chez tous et quelle source d'inspiration elle pouvait représenter pour les écrivains osant s'emparer du thème.


A Malevil, Emmanuel et ses amis d'enfance échappent à la mort de peu, reclus dans une des grotte du château du village, en train d'embouteiller le vin (comme quoi, à quelque chose, alcool est bon). Ils émergent de cette grotte pour découvrir un paysage dévasté, une terre brûlée et désormais stérile, et sans doute plus aucune âme qui vive. Malgré les provisions des grottes de Malevil, il leur faut peu à peu s'organiser pour prendre soin des quelques bêtes survivantes et envisager leur propre survie. De découverte de survivants en combats contre les pillards, on suit les journées de cette bande soudée et débrouillarde.

L'aspect le plus intéressant de l'ouvrage reste le décryptage de la complexité de cette vie à quasi-huis-clos : les tentations d'asservissement des faibles, la nécessaire hiérarchie entre survivants, l'obligatoire mise en place de règles strictes pour assurer la vie de la communauté etc. Dans cette France encore relativement croyante et pratiquante, la religion tient encore une place importante et ajoute un autre sujet de tension possible dans les rapports des uns avec les autres. Les représentants de Dieu sur terre se voient alors conférer un pouvoir quasi-tout-puissant aussi dangereux qu'arbitraire.

Malevil est un roman captivant, qui tient en haleine son lecteur pendant 700 pages ; il rejoint la liste très fermée de ces livres qu'on se referme le soir avec plaisir, déjà enchanté à l'idée de la poursuite de la lecture en perspective le lendemain.

Malevil, de Robert Merle.

4ème de couverture : "Une guerre atomique dévaste la planète, et dans la France détruite un groupe de survivants s'organise en communauté sédentaire derrière les remparts d'une forteresse. Le groupe arrivera-t-il à surmonter les dangers qui naissent chaque jour de sa situation, de l'indiscipline de ses membres, de leurs différences idéologiques, et surtout des bandes armées qui convoitent leurs réserves et leur "nid crénelé" ?

mercredi 29 septembre 2010

J'aurais adoré être ethnologue


"J'aurais adoré être ethnologue" est le premier opus de la dessinatrice Margaux Motin, repérée pour son blog hilarant par un éditeur internet-compatible avec du flair.
Le livre est à l'image du blog : hilarant ! On hoquette encore du bonnet en le refermant, euphorique devant ces illustrations si parlantes de la vie ordinaire d'une fille ordinaire ; c'est à dire, avec ses petites lubies (sa collection de théières, moi qui fait celle des mugs, j'ai senti les atomes crochus tout de suite), ses rêves de Louboutin, son romantisme à quatre sous, sa culpabilité très passagère de fille/mère (rayer la mention inutile) indigne etc.

On aime son personnage, car elle n'hésite pas à avouer l'inavouable, à mettre en mot et en image ce qu'on pense toutes un peu au fond, mais attention, pas question de se prendre au sérieux ; un vrai livre-chantilly : léger et dense à la fois !

Pourquoi on aime son "héroïne" ? Parce qu'elle a trouvé Dieu-le-père en la personne du réparateur de livebox, qu'elle danse en chaussettes-sous-vêtements sur "I like to move it, move it", qu'elle se surprend à vouloir balancer le cendrier en macramé amoureusement fait par sa fille, qu'elle imite son répondeur pour échapper à sa banquière, qu'elle refait les chorés de Dirty Dancing avec sa soeur, qu'elle prend 10 paires de chaussures pour 10 jours de vacances, bref, qu'elle est normale.
A lire dès maintenant, "J'aurais aimé être ethnologue", de Margaux Motin aux éditions Marabout.
Sinon, son blog : http://www.margauxmotin.typepad.fr/ pour les dessins quotidiens.

La ritournelle du financier


Chaque métier a son jargon ...


Jean : - Il faut qu'on commence à se pencher sur le dossier Duval. Tu as lancé le modèle ? La NDA est signée ?

Marine : -Pour le modèle, tu regardes le BP bottom-top ou top-bottom, parce que si la topline est flat, du coup je ne sais pas si ça vaut la peine ... ?

Jean : - C'est sûr qu'on est pas mal challengé sur les COGS mais ça vaut la peine de les scraper pour le moment pour garder un bon TRI, non ?

Lucas : - Cncernant les covenants de la boîte, on n'est pas loin de les breacher, du coup faudrait discuter avec le DAF d'un moyen de revoir l'agreement avant de ...

Jean : - ... ça me fait penser, excuse-moi ; pour le financement, y'a un staple qui s'organise mais je suis en train de discuter avec Lombard pour un mix senior-mezzanine ; le problème c'est que le management veut pas dépasser 4.5x de levier, donc ça fait dans les 450 bps. Intègre ça dans le modèle et dis leur de se speeder pour les covenants, le closing approche.

Marine : - Rapport au management package, on doit rediscuter avec eux sur les options et les BSPCE et quelques incentives. Là on n'est pas du tout en ligne avec ce qui était prévu et la term sheet ne convient toujours pas.

Jean : - Il faut que ça soit square sinon ils n'accepteront pas ; je vais organiser une réunion one-to-one avec le DG à la rentrée.

Marine : - Aujourd'hui, ils ont de bons cashflows mais j'ai peur qu'avec autant de dettes, on ait du mal à sortir avec un désendettement complet. Et si on veut vendre à un stratégique avec un bon X-Cap, ça va être la main issue.

Lucas : - En tout cas, il va falloir streamliner leur portefeuille parce ce n'est pas avec tous leurs non-core qu'on va en tirer un ANR positif ...

Jean : - ... ni un carried interest digne du mal qu'on se donne ! Bon allez, il va falloir cruncher tout ça. Je veux un premier draft très high level pour demain matin.





... où on découvre encore une fois, que le mot "crunch" peut signifier bien d'autres choses qu'une tablette de chocolat.

... que le management package ne doit pas faire (que) vulgairement référence aux attributs masculins du management

... qu'un levier n'est pas uniquement une technique physique de soulèvement des objets

... qu'une mezzanine peut être autre chose qu'une façon polie de désigner une pièce basse de plafond


etc...


etc...

mardi 28 septembre 2010

Lo, ou l'Antiquité à la sauce Durbiano


Dans une petite BD format roman, Lucie Durbiano revisite la pastorale de Longus, Daphnis et Chloé.

Avec des dessins amusants et colorés, elle nous replonge dans cette antiquité peuplée de nymphes, de dieux incestueux et de pâtre grec, tout en modernisant l'ensemble avec un langage fleuri qui ferait se retourner Homère dans sa tombe. Quand ce n'est pas Cupidon qui insulte sa tante après un accident de vol, c'est un centaure qui accuse une nymphe de "reluquer" les jeunes bergers ; le tout entrecoupé de passages hilarants présentant Isadora, sa Marlboro au bec.

Lucie Durbiano retranscrit cette pastorale de façon originale et réjouissante, offrant une nouvelle occasion de se remémorer un peu les anecdotes sur les Dieux antiques. On aime particulièrement l'échange houleux entre Zeus et Héra, quand celui-ci s'en va joyeusement conter fleurette aux jeunes nymphes, au vu et au su de son épouse officielle, qui lui reproche alors d'aller "séduire des poulettes".
Bacchus, Diane, Zeus et les autres sont croqués sous leur jour le plus humoristique, pour le plus grand plaisir du lecteur.
Comme toutes les bonnes BD, on ne peut que lui reprocher de se lire trop vite ...



Lo, de Lucie Durbiano, aux éditions Gallimard, collection Bayou.

Nous étions des êtres vivants


Sujet peu ordinaire que celui choisi par Nathalie Kuperman : le plan social. L'auteur nous installe au coeur d'une imprimerie parisienne en faillite rachetée par un homme d'affaires forcément peu scrupuleux. Résignés au licenciement, surpris par le rachat, les employés ne savent plus comment réagir à cette nouvelle, doutent, sourient, grimacent, hésitent.
"Nous avions cessé d'y croire. Retourner à l'espoir n'est pas chose facile"

Nathalie Kuperman nous fait nous glisser dans la peau de quelques-uns : Ariane, la froide calculatrice, Patrick le suiveur déterminé, Marine la nouvelle DG, Dominique nommée bras droit, Agathe vieille fille encombrante. Tous nous livrent peu à peu leur stratégie pour se fondre dans le nouveau moule du rachat.
Dans la foulée s'en suit un déménagement vers de nouveaux locaux, synonymes de la réalité du changement. Pendant que l'on fait et défait les cartons, certains gambergent sur les licenciements, d'autres intriguent pour s'assurer une place dans la nouvelle structure hiérarchique, encore d'autres rêvassent en emballant méticuleusement leurs affaires.

L'auteur fait vivre ses personnages comme dédoublés : les pensées les plus intimes, évocations de leur vie extraprofessionnelle, inquiétudes pour les enfants, problèmes de parents à charge racontés par les personnages eux-mêmes, et leur vie professionnelle, passée au peigne fin par leurs collègues, portraits des uns et des autres tels qu'ils sont vus comme "employés".

Nathalie Kuperman décrit une solidarité de façade qui ne demandera qu'à s'effriter à la première nomination, au premier recommandé de licenciement. Certains sauront faire face à cette désillussion, d'autres non. "Nous savons pourtant que la chance d'être ensemble s'arrêtera là om chacun devra tirer son épingle du jeu"

Une incursion réussie dans le monde du travail.



lundi 27 septembre 2010

L'écho des romans


Au premier abord, ces deux romans, "Une affaire conjugale" d'Eliette Abécassis et "Mauvaise fille" Justine Lévy, pourraient n'avoir rien en commun : pas le même sujet, pas le même style, pas la même rentrée littéraire.

Pourtant à leur lecture, on ne peut s'êmpêcher d'y trouver des échos de l'un à l'autre ; peut-être parce que chacune sous couvert de noms de personnages fictifs y raconte une histoire vraie, son histoire vraie. Eliette devient Agathe et Justine devient Louise mais elle ne se cachent pas de raconter une tranche de leur vie bien réelle.

Tandis qu'Eliette révient sur son douloureux divorce, Justine Lévy, qui a déja fait le récit de son désarroi amoureux dans "Rien de grave" - torpillant au passage Carla B. et son Raphaël quatre-consonnes-et-trois-voyelles, relate cette fois les derniers mois de sa mère, qui furent aussi, ironie du sort, les premiers de sa fille.

Où est l'écho ? me direz-vous. On ne saurait dire si c'est dans cette impression légère de voyeurisme à la lecture de leurs moments de désespoir, ou dans le malaise vis-à-vis de ces personnes réelles qui sont ainsi croquées dans leur roman, ou peut-être aussi dans la justesse de la description de leurs difficultés, qui n'ont malheureusement rien d'extraordinaire. Car les deux romancières n'ont pas d'histoires plus rocambolesques que la vôtre ou celle de votre collègue de bureau à vous raconter, elles ont des histoires toutes simples et savent merveilleusement bien les mettre en mots. Aucun divorce ne ressemblera trait pour trait à celui d'Agathe/Eliette mais tous ceux qui ont connu cette épreuvve y trouveront une petite part de la leur.


L'écho entre les deux romans vient justement de l'écho qu'ils savent trouver en chacun de leur lecteur par leur sujet actuel et tristement commun.

Les deux romancières n'en sont plus à leur coup d'envoi et cela se sent : il fallait toute la maitrise d'écrivains aguerris pour faire si bien le récit de ces difficultés ordinaires.

samedi 18 septembre 2010

Les enfants de la nuit


Ce polar commence bien et fort : un homme se retrouve persécuté – acide dans son shampooing, mise à sac de son appartement, escroquerie etc. – un an après le meurtre sauvage de sa compagne. On est tout de suite happé grâce à un début rythmé surprenant et prometteur.

Malheureusement, l’excitation littéraire initiale laisse vite place à la déception : les invraisemblances commencent peu à peu à le disputer aux niaiseries narratives (« Vous êtes la fenêtre, Mr Newman, par laquelle passera la lumière »). Pierres précieuses, meurtres mystérieux et atrocités nazies s’entrecroisent dans un mélange voulu de choc … mais finalement de toc.

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Nicholas Newman, héros malgré lui de cette histoire, découvre à la suite de ses persécutions que son ex-compagne assassinée était une enfant de l’Holocauste qui a pris part à des expériences nazies des plus atroces. Deux autres femmes ainsi rescapées de ses expériences vont tour à tour être assassinées, ne laissant pas d’autre choix à notre héros que de partir à la rescousse de la 4ème femme encore en vie.

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La force d’un bon polar tient souvent à la crédibilité de ses personnages et de son intrigue ; ici le lecteur doit sans cesse faire taire la petite voix qui le questionne sur les choix du héros : « Pourquoi ne prévient-il pas la police quand il échappe de peu à une agression et croit reconnaître son agresseur? » a-t-on envie de lui hurler ! L’auteur témoigne de peu de générosité envers son personnage principal, qu’il semble avoir totalement dénué de bon sens, à la fois dans ses analyses et ses actions.

Ce polar tombe également dans un travers bien connu du genre : la surenchère de récits d’horreurs et de détails sordides, technique de mauvais romancier pour scotcher un lecteur malveillant.

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On est d’autant plus déçu que l’ensemble de l’histoire sort de l’ordinaire et aurait pu faire une excellente trame de fond, dommage que les personnages et leurs rapports entre eux n’aient pas été plus fouillés pour rendre le tout vraisemblable et plaisant à lire.

mardi 14 septembre 2010

Merci Bien


Amateurs de petit fourbi comme des très belles choses très chères, ne manquez pas d'aller chez Merci. Située boulevard Beaumarchais, le concept-store caritatif de la créatrice de Bonpoint tient ses promesses : babioles et quasi-oeuvres d'art se côtoient dans ce surprenant loft pour le plaisir de tous et des yeux.


Mille et une idées décos sont proposées à tous types de prix, depuis le masking tape coloré pour revisiter une table basse un peu terne ou des carreaux de fenêtres, aux tapis persans faussement élimés en passant par des vases en plastique multicolores.


Les plus pointu(e)s en mode se réjouiront de la sélection faite par Merci au 1er étage : Vanessa Bruno, Jérôme Dreyfus y partagent leurs portants avec des marques japonaises moins connues mais tout aussi jolies. La mode homme n'est pas en reste avec une diversité là aussi remarquable. L'ensemble de l'étage reste toutefois relativement inabordable, aussi on préfèrera s'en tenir aux vernis à ongles ou redescendre de ce petit nuage et retourner aux petits fourbis du rez-de chaussée.



Les petits fourbis, le point fort de Merci donc. Des petits cahiers, des stylos, des agendas, des post-its élégants, du fourbi en veux-tu en voilà, le (non-)nécessaire de tout bazardeux qui se respecte !

Mais le mieux reste à venir, la partie "bouquiniste" accolée au petit café de l'endroit : un mur de livres qui n'a rien à envier aux bibliothèques anglaises (il y a même l'échelle roulante pour attraper les livres en hauteur, c'est dire). En plus d'offrir un cadre feutré et chaleureux pour une collation post-shopping, cette partie n'est pas surnommée bouquiniste pour rien : les livres y sont à des prix défiants toute concurrence, vieux et moins vieux romans (il y en a même de cette rentrée littéraire), livres d'histoire, beaux ouvrages d'art, livres pour enfants ; tous y sont entre 2 et 5 euros. De quoi vous convaincre de vous asseoir confortablement ensuite dans un des fauteuils clubs de l'endroit pour savourer le nouvel ouvrage et une part de crumble.




Merci, 111 boulevard Beaumarchais

jeudi 9 septembre 2010

Histoire ludique


Avec un 4ème livre dans cette lignée, Marc Dugain s'impose comme romancier historique, talentueux qui plus est. Au fil de ses fascinants ouvrages, il a ainsi dépeint 4 périodes tristement célèbres du XXème siècle, éclairant parfois des pans de l'histoire délaissés par les programmes académiques traditionnels.

* Avec la Chambre des Officiers, son premier grand succès, Marc Dugain offre un témoignage sur la 1ère Guerre Mondiale et ses "gueules cassées", hommage à son grand-père, lui-même victime de cette guerre.

* Une Exécution Ordinaire lui permet de faire une grande fresque russe, mettant en parallèle les atrocités de la dictature stalinienne et la tragédie du sous-marin Koursk en 2000 sous le "règne Poutine". Angle intéressant, qui nous fait suivre plusieurs générations d'une même famille, touchée par les exactions de Staline comme celle de Poutine ...

* Retour sur l'ère Kennedy et le début du FBI avec La malédiction d'Edgar. Cet ouvrage remarqué romance les mémoires d'Edgar Hoover, fondateur du "Bureau". On y découvre une organisation aux contours flous et aux objectifs encore moins nets durant cette période de guerre froide. Marc Dugain relate parfaitement la montée au pouvoir de la dynastie Kennedy, orchestrée de main de maître par le manipulateur Edgar Hoover.

* Enfin, l'Insomnie des Etoiles, dernier en date et déjà nominé au Goncourt 2010, aborde la Seconde Guerre Mondiale, thème central du XXème siècle et pourtant jusqu'ici délaissé par l'écrivain. Marc Dugain choisit un angle inhabituel et intéressant : l'arrivée des troupes françaises en zone allemande à la toute fin de la guerre et les premières découvertes des terribles systèmes d'extermination nazis.

Une bonne façon de redécouvrir avec plaisir l'histoire européenne du XXème siècle ...

mercredi 8 septembre 2010

Les femmes du braconnier


Il m'aura fallu attendre la page des remerciements pour découvrir que la bouleversante histoire que je venais de lire d'une traite, ne relevait pas de la fiction.

Claude Pujade-Renaud relate avec brio l'histoire tragique de Sylvia Plath et Ted Hughes, poètes anglo-saxons du 20ème siècle, dans un roman qui, par son côté éthéré et son atmosphère toute britannique, n'est pas sans rappeler les oeuvres d'Ian McEwan ou, encore pour ses questions sur l'inspiration artistique, le très bon "Tout ce que j'aimais" de Siri Hustvedt .

Tout au long du livre, l'auteur sait distiller la poésie et la tension pour récréer l'atmosphère tourmentée dans laquelle évoluent les deux personnages principaux. Donnant la parole aux différents acteurs et témoins de cette tragédie, Claude Pujade-Renaud restitue finement les conditions du drame. Avec un style remarquable et aérien, elle nous transporte dans l'univers de création littéraire et d'autodestruction de Sylvia Plath : après sa rencontre avec Ted Hughes, celle-ci alternera périodes d'euphorie créatrice et de dépression jusqu'à son suicide en 1963, laissant ses deux enfants orphelins.
La tension qui entoure ce couple, puis le veuf, est palpable pendant tout le récit, nous laissant envoûté(e) d'un bout à l'autre du livre. Le personnage d'Assia Wewill, maîtresse officielle de Ted Hughes, rôle complexe dans cette configuration déjà peu ordinaire, est admirablement bien décrit et ajoute encore à la qualité du roman.
En filigrane, on perçoit aussi l'omniprésence des animaux, sources d'inspiration majeures des deux poètes.
"Le blanc pommelé de mon brave étalon dansait, j'entendais le martèlement allègre de ses sabots, je maîtrisais les décasyllabes du poème tout en me laissant emporter"

En plus de cette passionnante histoire, Claude Pujade-Renaud propose une écriture réjouissante de lyrisme, avec de véritables coups de génie stylistiques ... Bref, tout y est. Un excellent roman.

Finissons sur cette jolie citation
"... j'imaginais le bourdonnement des ragots. De retour à Court Green, j'écoutais avec bonheur celui des abeilles".

Pour ceux qui veulent en savoir plus :
- La cloche de détresse, de Sylvia Plath, aux éditions Gallimard
- Ariel, recueil de poèmes de Sylvia Plath, aux éditions Patricia Godi
- Sylvia, film de Christine Jeffs avec Gwyneth Paltrow et Amira Casar, pour les curieux moins littéraires

mardi 7 septembre 2010

L'art et la manière d'être Marilyn M.


Gérard Darel, qui n'en est pas à son premier coup marketing de génie, vient de ressortir le fameux pull de Marilyn Monroe, celui dans lequel elle se trémousse sur "My heart belongs to Daddy" dans une chorégraphie étonnamment espiègle pour un titre aussi prude . (La vidéo par ici : http://www.youtube.com/watch?v=3QKK47bK_WA)
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Alors, nous, gente féminine avertie, on se dit chouettos, à moi la Marilynade (i.e acte de transformation en Marilyn Monroe, pour toi qui ne l'aurais pas compris). On se frotte les mains, on retrousse nos fashion babines et on se rêve déjà en maîtresse secrète de JFK à lui susurrer langoureusement des "Happy Birthday Mr President" et tout le tintouin 60's dans l'air du temps.
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Halte là ! A y regarder de plus près, ce pull n'est après tout qu'un gros pull bleu en laine torsadée, qui ne risque pas d'émoustiller grand chose à part votre carte bleue chauffée à blanc. Vous voyez déjà l'oeil goguenard de votre frère, qui ne manquera pas de vous assommer d'un "il te manquait justement quelque chose pour descendre les poubelles", phrase que vous essayerez, sans succès, d'accueillir avec un flegme tout britannique.
sgsgsg
Et, faut voir que la Miss Monroe, toute précurseuse du legging qu'elle est, le fameux pull, elle le porte juste avec des collants, et nous quand on s'imagine ainsi attifée, on visualise plus Bridget Jones courant après Mark Darcy dans la neige que la moue sensuelle de Norma Jean*.
sgsgsg
Mais en même temps, force est de constater qu'avec le pull en question, pour aller faire sa Marilyn, c'est facile, pas besoin d'aller faire voler sa robe sur une bouche de métro, de danser en fourreau lamé avec Fred Astaire ou de jouer de l'ukélélé comme dans "Certains l'aiment chaud".
sgsgsg
Du coup, entre le glamour et la facilité, notre coeur balance et ça gamberge sec pour statuer définitivement sur le pull à torsades. (C'est le moment, où un lecteur de sexe masculin commence à trouver que ça fait beaucoup d'énergie intellectuelle dépenser pour rien, et on est pas loin de l'approuver, toute femme futile que nous sommes).
sgsgg
Laissons donc le temps à tout cela de décanter, entre temps un tailleur Jackie O. ou une robe Bardot aura peut-être surgi pour faire l'ombre au pull de Marilyn ...


* Norma Jean Baker : le vrai nom de Marilyn

lundi 6 septembre 2010

Masse Critique


Il est des nouvelles qu'on ne peut pas ne pas faire passer, alors je m'en vais répandre la bonne parole.

Toi qui trouves un peu chérot tous ces livres de la rentrée littéraire, mais t'en mettrais bien un ou deux sous la dent quand même, ne tergiverse plus, car la "Masse Critique" recommence.

Le principe : on t'offre un livre en échange de sa critique éclairée sur ton blog, modeste contribution à un projet collectif de grande envergure. Comble du bon deal, tu choisis toi-même les livres que tu souhaiterais chroniquer.
(et ne te vois donc pas imposer la réédition"Philosophie de la volonté Tome 2 - Finitude et culpabilité" de Paul Ricoeur ou le tout dernier manuel de mécanique quantique)
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La "Masse Critique" est ouverte à tout bloggeur - l'occasion pour ceux que ça titille depuis un moment de se jeter dans le bain, et le projet couvre tous types d'ouvrages : plein de romans de la rentrée littéraire, un Paris pas Cher 2011, le Vin pour les Nuls ou encore un coffret spécial Romain Gary ... bref, comme dirait l'autre, "chaque pot a son couvercle" et donc chacun devrait y trouver son bonheur.
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Masse Critique, sur Babelio, à partir du 6 septembre 2010
http://www.babelio.com/massecritique.php

mardi 24 août 2010

Je tâtonne en Teuton



Ils sont forts ces Teutons car ils ont toujours un mot plus précis et plus vrai pour désigner des choses qui nous demandent 12 propositions subordonnées relatives en français.

"Schadenfreude" en est un exemple parfait ; et si ce mot existait dans notre douce langue de mangeurs de grenouilles, ce post ferait sans doute la moitié de sa taille actuelle.
Donc.

Schadenfreude, pour les non-germanophones et tous les germanophones qui ont jeté l'éponge après 4-5 ans de tentatives vaines de maîtrise des déclinaisons à l'accusatif, d'apprentissage laborieux des genres des mots, d'antisèches pour éviter la confusion tragique entre der Mensch (l'homme) et das Mensch (la prostituée), de traductions approximatives et d'umlaut mal placés ..., bref, Schadenfreude, ça veut dire "celui qui se réjouit du malheur des autres".

Et il se réjouissait sûrement de mon malheur de germanophone acharnée, ce cruel étourdi qui m'acheva un jour d'un "Mais ça ne sert à rien de faire de l'allemand, tous les Allemands parlent parfaitement anglais". Boum. Comme assommée par une bibliothèque de dictionnaires franco-teutons, je vacillais sous le poids de cette atroce nouvelle. What the **** !!! Sept ans dédiés à la langue de Goethe, à ces mille et unes subtilités, aux 10 tomes de grammaire qu'il faut maîtriser avant de pouvoir formuler un enchaînement basique sujet-verbe-complément, autant d'efforts pour le même résultat qu'un bon vieux visionnage de séries en VO.

Alors, bon, on essaye de se raisonner, on inspire profondément et on tente de faire un décompte appliqué de toutes les utilités de ce bel enseignement.
* On peut regarder en VO et - presque - sans sous-titres Goodbye Lenin et Das Leben der Anderen (La vie des autres, hé patate, si t'avais fait de l'allemand, hé hé ... je schadenfreude à mort)
* Chantonner sur Tokyo Hotel et Nina Hagen en faisant croire, que non, ce n'est pas un gloubiboulga informe qu'on prononce, mais que d'ailleurs leurs textes sont pas mal ...
* Comprendre quelques (bribes de) phrases de Angela à Nico lors des sommets européens avant même la traduction de l'interprète - ouais ouais
* Lire Nietzsche dans le texte ... euh non en fait, mais parait que même les Allemands le font pas trop

...


Je crois que la longue liste s'arrête là.


On pourrait ajouter à ces utilités une faculté de concentration extrême tirée de l'astucieuse construction de la phrase allemande, qui veut que le verbe soit toujours à la fin de la celle-ci. A l'écoute d'une longue phrase, ça occasionne des séances d'une sorte d'apnée de concentration intense sur le moment où %*!#&, il va tomber ce %*!#&, de verbe que je comprenne enfin quelque chose à ce qu'on me raconte.
(Et idem quand on parle, cette histoire de verbe en fin de phrase, c'est une véritable épée de Damoclès, ça vous menace comme une retenue dans une addition à 12 chiffres pendant toute la phrase, et arrivé à la fin de celle-ci, vous ne vous rappelez même plus quel verbe, ou quel temps, ou quel accord vous vouliez utiliser ; du coup pas étonnant qu'on se cantonne à des enchaînements basiques sujet-complément-verbe).

Ne reste donc plus aux germanophones démissionnaires dont je suis, qu'à aller porter la mauvaise nouvelle, et devenir à leur tour des Schadenfreude ... Pour les autres, il reste encore des dizaines de cas particuliers d'utilisation de la proposition "zu", des milliers de mots aux genres traitres comme "le table" ou "la garage" à apprendre, et tout autant de moments de fierté devant leur sinon parfaite du moins bonne maîtrise de cette langue revêche.

Rupture


Avec Rupture, Simon Lelic signe un polar déconcertant et captivant sur la société anglaise d’aujourd’hui. L’histoire fait écho à certains faits divers déjà entendus dans la presse : dans un collège a priori ordinaire, un professeur abat 3 élèves et un collègue avant de retourner son arme contre lui.

L’auteur a la bonne idée de proposer à son enquêtrice de creuser la question de la responsabilité totale du meurtrier dans cette affaire. On découvre donc les affres de cette société contemporaine, pleine de violences physiques et verbales, d’intimidations et de laissez-faire, qui peuvent conduire à de tels drames. Derrière l’acte fou du professeur se cachent du harcèlement, du chantage, des menaces, que d’autres n’ont pas su empêcher. Quid de la responsabilité dans ce contexte ?

On apprécie que l’histoire soit ancrée dans la vie ordinaire d’une banlieue anglaise, sans mafioso ni trafic de drogue, scènes d’action ou combat au poing, car c’est justement ce qui rend ce roman terrifiant, la banalité du mal qui y est dépeint.

L’idée de Lelic de ne faire entendre que les interrogatoires des témoins, entrecoupés de scènes avec l’enquêtrice, donne réellement sa « patte » à ce roman, intronisant déjà un « style Lelic », tour de force remarquable pour un premier roman.

Malgré l’absence de dénouement vraiment spectaculaire – mais peut-être est-ce aussi la force de ce roman, sa vraisemblance ?, on reste captivé de bout en bout, incapable de lâcher ce roman policier peu ordinaire, dans le fond et dans la forme.

lundi 23 août 2010

Les derniers jours de Stefan Zweig


A travers ce récit, dont le titre dit déjà beaucoup, Laurent Seksik nous fait redécouvrir la personnalité tourmentée de Stefan Zweig. Durant les 6 derniers mois de sa vie, nous suivons l'écrivain et sa femme dans leurs déplacements depuis les Etats-Unis jusqu'au Brésil et leur fin tragique à Pétropolis.

Laurent Seksik offre un prisme de lecture intéressant de la Shoah à travers les yeux du grand écrivain, nous replaçant au coeur d'une époque faite encore d'incertitudes mais déjà d'appréhension du pire. L'auteur pose des questions pertinentes sur le devoir et le poids d'être l'exilé en cette période trouble, point de vue rarement relaté dans les romans.

Au fil des pages, on se glisse dans la peau de Stefan Zweig, à travers ses réflexions sur sa condition d'écrivain apatride - "Il écrivait dans la langue du peuple dont il était banni. Est-on encore écrivain quand on n'est plus lu dans sa langue ? Est-on encore en vie lorsqu'on n'écrit plus de son vivant ?" - ou de Juif un peu malgré lui : "Il n'avait pas choisi d'être juif, il ne revendiquait pas d'être juif, il ne croyait en aucun dieu, il ignorait la moindre prière juive, il condamnait le sionisme [...] N'avait-il pas assez payé pour une identité dans laquelle il ne se reconnaissait pas ?"

Malgré des réflexions très pertinentes et ce point de vue inhabituel sur ces événements, on regrette que Laurent Seksik reste en surface sur les différents sujets abordés, qui semblent pourtant passionnants. Passant des descriptions des tourments des exilés, à la perception de la Seconde Guerre mondiale par les non-Européens, pour revenir au quotidien de Stefan Zweig, Laurent Seksik touche un peu à tout sans approfondir ses très bonnes idées ; on reste un peu sur sa faim.
Saluons tout de même une écriture très précise et poétique, mise au service d'un sujet qui valait la peine d'être plus creusé.

mardi 17 août 2010

Toute première fois, toute toute première fois


Grand saut dans le bain du Prix des Lectrices de ELLE !
Mon enthousiasme déjà grand a atteint des sommets en ouvrant le précieux colis avec les 3 premiers bouquins ; et je suis encore toute à l'ivresse de cette toute première fois, toute toute première fois, d'une longue série de 8 envois.
Une fois l'excitation passée, il fallait en choisir un sur les 3 pour débuter, la courte paille décida que ce serait le document, "Les Disparues de Vancouver" d'Elise Fontenaille et ainsi fut-il.

Edité dans la collection "Ceci n'est pas un fait divers" de Grasset, celui-ci n'avait déjà rien pour me plaire : collection racoleuse, titre faussement accrocheur, 4ème de couverture façon "J'accuse" ; "Les Disparues de Vancouver" accumulait déjà les faux pas avant même l'ouverture du livre. Et malheureusement, on n'est pas détrompé, sauf à être amateur d'anecdotes sordides et sanguinolentes. Un bon sujet pour un "Faites entrer l'accusé", mais pas pour un ouvrage de cette sélection.

Comme son titre le laisse suggérer, l'auteur relate l'histoire vraie de la disparition d'une soixantaine de prostituées de Vancouver, à travers le cas particulier d'une d'entre elles, Sarah de Vries. Partant déjà du sordide de la vie de ces filles, toxicos par addiction, prostituées par nécessité, avec leur lot de viols, passage à tabac, overdoses etc. le livre s'enfonce dans l'atrocité la plus noire sur fond de cannibalisme et de meurtres en série. Rien n'est épargné au lecteur, et Elise Fontenaille se repaît dans un sensationnalisme morbide franchement agaçant. Entre la description du calvaire de ces filles et la retranscription de certains passages du journal intime de Sarah de Vries, on referme le livre en ayant une sensation de voyeurisme tenace, qui nous en fait regretter la lecture.

Tant le sujet que l'écriture laissent à désirer dans cet ouvrage. Témoigner sur la descente aux enfers que peut devenir la prostitution semblait une bonne idée, mais pourquoi avoir choisi cette histoire si terrible, qui relève bien plus du fait divers romancé que du document appelant à la réflexion. Aucune seconde lecture n'est possible de cet ouvrage, qui semble se complaire dans la surenchère d'atrocités. Aussi affreuse soit-elle, cette histoire m'a semblé anecdotique et lui consacrer un ouvrage inutile. Dans la même collection, le roman de Didier Decoin "Est-ce ainsi que les femmes meurent ?" est bien plus intéressant et profond, car soumettant à la question plusieurs aspects du fait divers narré.

Elise Fontenaille propose un style journalistique tantôt larmoyant tantôt tragique, qui n'est pas sans évoquer la lecture de Paris Match plus que celle d'un bon document.

A suivre, "Les Derniers Jours de Stefan Zweig", dans la catégorie Roman.

mercredi 4 août 2010

De l'autopersuasion


Pourquoi c'est top d'être à Paris l'été ?

Le seul plaisir, l'unique privilège du travailleur aoûtien parisien est de profiter de la capitale désertée d'une bonne partie de la population, offrant ainsi un effet d'optique façon loupe assez saisissant sur les irréductibles Gaulois qui y séjournent encore.
Le touriste afflue en masse, en groupe coordonné de nationalité, et vient combler le trou béant laissé par le vacancier aoûtien. Parisiens résistants et touristes conquérants se mêlent dans une faune hétéroclite et truculente.

Cette modification palpable du coeur même de la vie parisienne, offre au travailleur du mois d'août des petits plaisirs bien mérités, que le plagiste du même mois, celui qui se dore l'entre-doigt-de-pied pendant que vous réparez la machine à café, celui qui feuillette nonchalamment Voici (genre "mais qu'est-ce que ce drôle de magazine fait dans mon sac?") entre deux pâtés de sable, ne connaîtra jamais. Mouah ah ah - rire satanique d'aoutienne travailleuse vengeresse.

Sans l'ombre d'une pensée émue pour son collègue, que loin de trouver courageux, il juge couillon ("fallait poser tes vacances avant mon gars"), le vacancier d'août, se croira sans doute plein d'une pitié louable à ne pas - trop - se renseigner sur l'été de son collègue travailleur, qu'il estime d'avance "pourri", pour ne pas creuser encore le fossé qu'il juge déjà béant entre leurs deux mois d'août respectifs. Le hâle narquois et la chemise bien retroussée pour dévoiler un avant-bras sculpté à coups de beach-volley et de brasse coulée bretonne, il lui montrera tout de même, pour le fun, deux-trois photos de "Loulou, Pitchoune et la boite à out's" devant sa nouvelle résidence secondaire, lieu de tous ses plaisirs aoûtiens à lui.

(Je crois qu'à ce stade, on a clairement évoqué tous les avantages de NE PAS être à Paris l'été).

J'en reviens à mon effet loupe sur la masse parisienne aoûtienne, effet intriguant s'il en est pour le non-initié. Alors l'effet loupe, c'est très simple : la foule parisienne étant diminuée au 9/10ème, le mois d'août vous offre désormais tout le loisir d'observer le 1/10ème restant tranquillement, dixième qui est finalement tout aussi représentatif de la faune parisienne (à l'exception des touristes, qui restent ... des touristes).

Vous observez donc pendant 2-3 semaines le Parisien dans toute sa splendeur :
* les râleuses (qui demandent pour la 3ème fois de refaire leurs pâtes au saumon, parce que, bon sang de bonsoir, on voudrait du saumon frais d'élevage nous, pas du saumon fumé en boîte. Et de bavasser pendant l'attente sur la déliquescence du service en France, c'était mieux avant, de mon temps-c'était-pas-comme-ça, la ritournelle du râleur),
* les Vélib'istes qui n'aiment rien tant que remonter les rues à sens unique, rouler sur les trottoirs, griller les feux, parce qu'on est tellement mieux protéger à vélo sans casque,
* les petites mamies endimanchées qui vont prendre une omelette parées de tous leurs joyaux, un turban et même pourquoi pas un manteau en zibeline, en plein août (??)
* les garçons de café à l'humour ravageur ("un café allongé ... Ca va être dur de boire ça allongée non ?" mouarf mouarf)
* les joggeuses et joggeurs du Parc Monceau, qui tel Claude François, "yogguent" dès potron-minet, et même toute la journée (mais ces gens ne travaillent donc jamais ?)
... j'en passe et des meilleurs à dessein, je ne vais quand même pas tout révéler de nos petits secrets parisiens aux plagistes du mois d'août, sinon que nous resterait-il à nous, couillons courageux du mois d'août ?

Quant au touriste, en bonne Française frondeuse envers l'envahisseur, je n'aurai qu'une seule image pour illustrer sa présence : vu aujourd'hui, deux touristes en train de se prendre en photo devant des toilettes publiques, ces excroissances urbaines très moches, mini-bunkers odorants des temps modernes, sans doute confondus avec une oeuvre de Le Corbusier. (Je me refuse à croire qu'on puisse sciemment prendre en photos des toilettes publiques, naïve que je suis).

Je ne suis pas sûre d'avoir convaincue quiconque des vertus de l'été à Paris, moi la première.
D'autres arguments sont les bienvenus ...

jeudi 29 juillet 2010

Itinéraire d'une lectrice gâtée


Comme certains le savent déjà, j'ai rejoint le jury du Prix des Lectrices de ELLE pour l'édition 2011.

Lectrice consciencieuse et me voulant une jurée avertie et exemplaire, j'avais envisagé au début de me mettre à jour sur le Prix en lisant les oeuvres des précédents lauréats. Belle ambition vite abandonnée après avoir constaté que, même avec des années d'expérience de lecture en diagonale, 20 livres en un mois semblait un défi difficile à relever sans faillir.

Comme je ne fais pas les choses à moitié, je stoppais tout net mes vélléités de lecture des lauréats passés et décidai de restreindre ma documentation à la seule page Wikipedia du Prix. Grand bien me prit, car je découvris que j'avais déjà lu près de la moitié des ouvrages primés, ce qui me conforta (un peu) dans ma légitimité de jurée.


Petit récap' sur le projet
Le Prix des Lectrices de ELLE récompense tous les ans un roman, un essai/document et un policier choisi par un jury de 120 lectrices du journal sélectionnées (hé hé) sur la rédaction d'une critique de bouquin.
Récompenser un policier ???!!! Le journal ELLE ????!!!
Et même encore plus étonnant, (n'avalez pas votre croissant de travers en lisant ces mots, ça ne vaut pas la peine de finir comme George Bush et son pretzel pour si peu) les policiers primés jusqu'ici ont toujours été remarquables par leur qualité : Fred Vargas, Harlan Coben, Dennis Lehane (mythique Mystic River), Mo Hayder, Indridasson, Caryl Férey ...
hfjgf
En ce qui concerne les autres primés, il y a quelques belles trouvailles : Les Déferlantes de Claudie Gallay, Un secret de Philippe Grimbert, Saga de Tonino Benacquista, et surtout la petite perle de Nancy Huston, L'empreinte de l'ange.
(Ce dernier fait d'ailleurs partie de mon top 10 livres, tous genres confondus ; ces livres qu'on garde sur une étagère spéciale, et pour lesquels même si on meurt d'envie de prêcher cette bonne parole, on hésite toujours à prêter notre exemplaire original, celui qui a vu les insomnies d'une lecture passionnée, les pages écornées à la va-vite en sortant du métro, les traces du lait des Chocapic qu'on mangeait en lisant, etc.)
gjfgjf
Pour la dernière catégorie d'ouvrages, les documents, j'ai l'expertise d'un béotien, mais je veux bien manger de la quinoa pendant 10 jours, si Elisabeth Badinter et son "Conflit" ne font pas partie de la sélection 2011. Quelle vie dangereuse je mène.
hhgdh
Demain devraient arriver dans ma boite aux lettres les 3 premiers livres en compétition (1 de chaque catégorie, roman, essai, policier), premier envoi d'une longue série qui s'achèvera en mai prochain.
ggdgd
A venir donc, les critiques de tous ces postulants-lauréats !

mardi 27 juillet 2010

Zoom

Voilà

Un dîner avec la femme d'un galeriste renommé de photographies et je me trouve attirée par cet art avec une ferveur démesurée de convertie. (Ci-dessus, une photographie de David Drebin)


Et de me renseigner à droite à gauche sur la cote des artistes, sur le nombre de vies d'épargne pour s'offrir une de ces petites merveilles ... (Ci-dessous, Peggy Sirota)



Heureusement, gardons en tête qu'il est important d'avoir encore des objectifs d'achat à très très long terme, des mots à mettre sur plusieurs décennies derrière "quand je serai riche, j'aurais un ...", des objets que, même en cassant le PEL, on ne pourrait pas encore s'offrir ...


Ne cherchez plus, j'ai donc trouvé pour vous quelques idées si vous gagnez au Loto plus tôt que prévu :

American Mermaid, de Michael Dweck




Ci-dessous, la méchante Jill Greenberg, qui joue avec le tabou de la douleur de l'enfant. Elle se donne 5 minutes pour faire pleurer ceux-ci devant son objectif (en leur retirant leur doudou etc. sadique Jill). Le concept inversé du LOL Project ...



PS : en savoir plus, sur le site de Acte 2, galerie de photos parisienne (http://www.acte2photo.com/) ou Artnet.com

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