Compteur gratuit THE A-LIST: Jusque dans nos bras

samedi 10 avril 2010

Jusque dans nos bras

Aurore Taupin Blog A-List Jusque dans nos bras d'Alice Zeniter Critique

Jusque dans nos bras raconte l'histoire d'Alice Zeniter, ou plutôt l'histoire rêvée d'Alice Zeniter, à travers son double homonyme fictif.


En créant un personnage auquel elle prête une grande partie de son histoire et de ses sensibilités, l'auteur semble tout au long du livre fantasmer un combat qu'elle aurait aimé mener de façon aussi réelle que son double littéraire. A travers son propre personnage, Alice Zeniter s'invente, dans une posture quasi-schizophrénique, un double justicière de l'ombre, combattante du quotidien, héroïne pas vraiment malgré elle, en acceptant un mariage blanc avec son meilleur ami en passe d'être reconduit au Mali. On aimerait croire à la modestie du personnage, mais même les doutes qui le traversent semblent avoir été parsemés expressément, pour créer une figure ni trop lisse ni trop parfaite à ce personnage autofictif, s'efforçant de le rendre crédible et peut-être même humain. Au fil des pages, le travail d'Alice Zeniter pour contenir son engouement pour son double se fait de plus en plus laborieux, transparaissant souvent grossièrement comme autant de symptômes d'une anticipation ou d'un fantasme autobiographique.


Bien évidemment, dans la partie « rêvée », on n'échappe à aucun cliché sur le méchant législateur qui voudrait interdire les mariages blancs, manquant ainsi une dimension cruciale qui aurait pu donner de l'épaisseur a ce vrai sujet de société, excluant totalement les problématiques de mariages forcés ou arrangés, qui sont pourtant l'autre pan du problème du contrôle des mariages.


Alice Zeniter pose d'emblée le contexte : « Je suis de la génération qui … », instituant ainsi son double fictif comme un représentant emblématique de sa génération.


En utilisant une narration à la 2nde personne, l'auteur semble s'arroger la voix de cette génération (« et toi, tu serais la génération des idéalistes naïfs », semblerait-elle dire). L'auteur fait ainsi porter à toute une génération un idéalisme qui est le sien ; postulat évidemment dérangeant, et qui permet au personnage principal de ne jamais rencontrer de réels contradicteurs dans son combat, préférant présenter les personnages selon une vision toute manichéenne.


Alice Zeniter a elle-même pose les conditions de son erreur en s'arrogeant la voix de sa génération au travers de son homonyme fictif, oubliant que cette génération est surtout plurielle.



On doit toutefois reconnaitre a Alice Zeniter de grandes qualités de narration, dès lors que le récit s'affirme clairement comme – si ce n'est autobiographique, inspiré de la vie de l'auteur. Tout enfant de la même génération que l'auteure se reconnaitra dans le portrait de l'adolescente du début des années 2000 qu'elle a été, a travers une foule de détails truculents : looks, expressions, jugements à l'emporte-pièce propres à l'adolescence, idéaux, y sont parfaitement analysés et décrits, avec un réalisme et recul réjouissants. On savoure les anecdotes quasi-universelles du personnage, se rappelant avec une honte teintée d'indulgence les travers de l'adolescence et son lot de reparties absurdes et caricaturales (mention spéciale pour le « moyen de moyenner »). Ces parties sur la jeunesse du personnage donnent toute sa saveur au roman d'Alice Zeniter ; aussi on en excusera les élans idéalistes, et leur écho assez faux, comme s'il semblait manquer a l'auteur ce recul qui fait sa narration au passé si merveilleusement pertinente.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Laissez un commentaire

Related Posts with Thumbnails