Compteur gratuit THE A-LIST: Qui peut le plus, peut le moins ?

samedi 10 avril 2010

Qui peut le plus, peut le moins ?


A peine les imposantes portes tambours franchies, une douce musique parvient à vos oreilles, qui ne peuvent que noter le contraste saisissant avec le brouhaha urbain si caractéristique de New York ; sirènes de pompiers, de police, d'ambulances, vendeurs de journaux scandant les titres, les diffusions en haut-parleur de Radio City Life se relaient à tout moment de la journée pour maintenir la ville en éveil sonore.


Il faut donc quelques instants pour identifier cette douce et étonnante musique qui vous parvient. Car, aussi incongru que cela puisse vous sembler, dans ce grand hall d'immeuble d'affaires, la musique ne parait pas être diffusée par un quelconque haut-parleur, mais semble bien émaner directement d'un instrument de musique.


Très vite, vous obtenez une confirmation visuelle de l'hypothèse que vous vous étiez brièvement formulée avant de la balayer d'un revers de main virtuel : devant vous, dans le hall entièrement marbré et dénudé de cette tour d'affaires, imperturbable malgré les va-et-vient affairés des working men, un pianiste joue.


Vous essayez alors de vous formuler ce qui vous a d'abord semblé si incongru à l'entente de cette musique, et presque immédiatement, vous comprenez que furtivement votre esprit l'a associée à un tout autre univers que celui de ce building impersonnel et gris. Des souvenirs d'atmosphères beaucoup plus feutrées : bars d'hôtel, concert de musique classique, images d'enfance sur un piano familial ...


Et vous comprenez alors la raison derrière la présence de ce pianiste. Mais l'écart à combler entre l'austérité de ce vaste hall et la chaleur d'un bar d'hôtel est tel, que le pianiste apparaît alors comme la seule trace des efforts vains pour rendre ce lieu impersonnel chaleureux ; efforts d'autant plus vains et discutables qu'ils semblent s'être finalement limités à cet étonnant dispositif sonore, oubliant ainsi que l'ambiance feutrée de lieux où se joue habituellement du piano ne tient pas tant à la présence de celui-ci qu'aux multiples détails de décoration et d'aménagement de ceux-ci ; le pianiste n'intervenant souvent dans ce dispositif qu'au dernier moment, ajoutant au décor déjà chaleureux son doux accompagnement sonore.


En sautant ainsi les étapes, ce grand hall et son pianiste nous offrent une variation intéressante sur les enseignements de la fameuse affirmation "Qui peut le plus, peut le moins", offrant un complément utile à celle-ci : qui peut le plus, ne devrait-il pas commencer par le moins ? Ou alors s'abstenir du moindre effort si les étapes les plus élémentaires sont sautées ? Ainsi, comment croire qu'un pianiste, aussi virtuose soit-il, pourrait faire de ce vaste lieu de passage et d'attente , un endroit plaisant et chaleureux, sans même la présence ne serait-ce que d'un siège pour s'asseoir ?


Cette tentative illusoire n'est pas sans en rappeler d'autres, dans des domaines différents. New York offre en effet de multiples exemples de camouflages grossiers, qu'il faut peu de temps pour percer à jour. Combien de femmes new-yorkaises n'enfilent leurs chaussures de ville qu'à leur arrivée au bureau, prétendant ainsi à une élégance virtuelle, 8 heures par jour, 5 jours par semaine ? Combien de restaurants s'enorgueillissent d'une cuisine gastronomique sous prétexte d'un nom aux consonances françaises, pour finalement ne proposer en guise de plats français que les Fries - qui elles-mêmes n'ont de français que le nom ? Ces camouflages trouvent leur paroxysme dans les alléchantes propositions de nombreux magasins et restaurants : un article ou un menu à $14.99 - une affaire à première vue, mais n'oubliez pas la taxe, ni le tip dans les restaurants ; bref une beaucoup moins bonne affaire à mieux y regarder.


Les tentatives pour apparaître sous un autre jour sont toutefois attendrissantes par leur maladresse et leur sincérité. Comment croire qu'un nom, un pianiste ou une paire de chaussures peuvent suffire pour masquer les mille autres détails qui rappelleront toujours la vraie nature des choses ?


Ainsi, à New York, il semble qu'on puisse toujours faire le plus, mais pas toujours le moins ; préférant sauter les étapes qui font la subtilité et l'authenticité. Mais ne soyons pas trop durs avec cette ville dont les faux-semblants font aussi le charme et ont parfois du bon : après tout, qui n'apprécie pas qu'un regular coffee new-yorkais ait l'air d'un extra-large pour un Français ?

(exemple qui peut se décliner au choix avec les frites, pop-corn, hamburgers, soupes, glaces, salades ...)

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