Compteur gratuit THE A-LIST: Vincere ?

lundi 12 avril 2010

Vincere ?

Aurore Taupin Blog A-List Vincere

J'avais déjà remarqué qu'il existe deux sortes de bandes annonces qui peuvent vous laisser suspicieux : celles qui semblent annoncer un navet et celles qui paraissent révéler toute l'histoire du film. Hier, j'en ai découvert une troisième sorte : la bande-annonce racoleuse et un peu mensongère. En effet, à en croire celle de Vincere, le film comptait relater l'histoire de la femme cachée et bafouée de Mussolini, Ida Dalser, condamnée au silence par l'enfermement dans un asile après un parcours terrible pour tenter de faire reconnaitre son identité et celle de son fils. Jusque-là tout va bien, on se réjouissait d'avance à l'idée d'un nouveau crime à mettre sur le compte du dictateur italien avec la pointe de romantisme et de tragédie qui font les succès au cinéma.

L'histoire en quelques phrases. Ida Dalser s'éprend de Benito Mussolini et ne remarque pas, pendant qu'elle tombe éperdument amoureuse de lui, que lui, monstre froid d'ambition, n'a aucune considération pour elle : point de départ de la tragédie. Littéralement aveuglée par l'amour, la malheureuse va jusqu'à vendre tous ses biens pour aider Benito à monter son tristement fameux journal « Il Popolo di Italia », en échange de quoi, elle ne lui demande que de lui dire enfin qu'il l'aime – pour vous donner une idée de la relation saine qu'entretiennent nos deux personnages. Quelques années plus tard, elle apprend le même jour qu'elle est enceinte et que Mussolini est déjà marié avec l' « officielle » Rachele Guidi et l'heureux père d'un enfant.
A partir de là, descente aux enfers pour la belle Ida ; elle qui rêvait de révolution et de faste aux côtés du Duce, se voit ignorée par celui-ci, rejetée par sa cour, privée de toute légitimité. Obstacle au spectacle de la parfaite famille fasciste de Mussolini, notre héroïne se voit donc menacer de l'asile si elle ne se tait pas, et part donc vivre chez sa sœur, sans perdre toutefois ces convictions (persuasions ?) sur son identité. Des lors, Ida devient « obsédée », s'obstinant à répéter à son fils qu'il est le fils de Mussolini malgré les dangers. Car n'oublions pas que dans ces années la, Mussolini est l'idole nationale, et prétendre avoir un enfant de lui devait être aussi à la mode que se réclamer de Michael Jackson aujourd'hui ; et à moins d'en apporter des preuves, vous êtes donc soit folle, soit opportuniste.
Ida finit par franchir la ligne jaune en tentant une dernière fois de confronter le Duce, et sera emmenée à l'asile. Le spectateur, déjà perplexe quant à cette attitude suicidaire, commence à vraiment à se demander s'il ne s'est pas trompé de camp depuis le début en se positionnant dans celui d'Ida : n'est-elle pas vraiment folle ? Le spectateur commence à se douter qu'il a été mené en bateau avec cette scène particulièrement crispante de l'entretien de sortie d'asile d'Ida, où après avoir répondu correctement aux différentes questions des médecins, elle finit en déclinant son identité ; « Ida Dasler, mère de Benito Albino Mussolini, fils de Benito Mussolini, dont je suis la femme », signant son retour a la case « enfermement ». Ida restera donc à l'asile, ne verra plus jamais son fils, qui lui-même deviendra fou, persuadé d'être le fils du Duce et tous deux mourront dans les années 30, oubliés de tous.

Le problème de Vincere (mais peut-être aussi son tour de force), c'est que le spectateur, tout au long du film, ne sait pas, ne sait plus, quelle est la position défendue dans le film : est-on du coté d'Ida Dalser, victime d'un Mussolini machiavélique, prêt à écraser quiconque se mettrait dans son chemin vers la gloire ? Pourtant le film dresse un portrait de la jeune fille auquel il est difficile d'adhérer tant sa folie ordinaire est déroutante. Mais alors quel est l'objectif de ce film, s'il ne cherche qu'à montrer la force de séduction du Duce et sa propension à transformer certaines femmes en véritables groupies éprises ? Bref, on est un peu perdu, on ne sait plus si c'est du lard ou du cochon, et ce n'est pas très agréable.

On s'attendait à voir la saga du combat d'une héroïne ordinaire dans les années noires de l'Italie ; on observe pendant 2h30 celle d'une femme perdue, qui passe d'une inconscience amoureuse déjà agaçante à une folie complète totalement déroutante. Enervé par cette fausse héroïne et indigné de pouvoir envisager prendre parti pour Mussolini, on ne sait plus dans quel camp être, et ca nous met en rogne ce flottement. Pour finir, on notera la façon habile de nous leurrer dans la bande annonce avec des images d'une scène de mariage entre Ida et Benito, qui correspondent seulement dans le film … à un rêve d'Ida !!!

Toutefois, rendons à Marco Bellochio ce qui lui est du : malgré une histoire chaotique, le film est un petit bijou d'esthétique, mêlant images d'archives de l'Italie fasciste, et scènes de cinéma à l'ancienne (The Kid de Charlie Chaplin entre autres), on est captivé du début à la fin, notamment grâce au fantastique jeu d'actrice de la belle Giovanna Mezzogiorno, déjà repérée dans le très bon L'Utimo Baccio (Juste un Baiser).

En tout cas, un film qui ne laisse pas indifférent, avec pour preuve, le long débat avec mes différents accompagnateurs à la sortie du cinéma ; certains le trouveront romantique, ambitieux, métaphorique, d'autres le trouveront (et c'est mon cas) anecdotique, indécis et agaçant ; tout autant de raisons d'aller le voir !


L'avis de Telerama : http://www.telerama.fr/cinema/films/vincere,391336,critique.php



1 commentaire:

  1. Un magnifique film dont la force principale est d'arriver a retranscrire la souffrance profonde et la folie grandissante d'une femme romantique alienee par l'amour.

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