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vendredi 28 mai 2010

Carrie on

Aurore Taupin Blog Sex and the city 2

Apres 5 mois, soit 150 jours, 3600 heures, 216 000 minutes, 12 690 000 secondes de longue attente, hier, 27 Mai, j'été voir le film tant attendu, Sex and the City 2. Bon, certes, je ne suis pas une puriste, je n'ai pas été le voir à minuit zéro une ; j'ai attendu de finir ma journée de travail avant le grand saut dans le monde merveilleux de Carrie Bradshaw.

Je vous le dis comme je le pense, c'est une D-E-C-E-P-T-I-O-N.

Fan inconditionnelle de la série, j'avais aimé dans le premier film la fidélité à l'esprit de la série qui soufflait dedans : personnages complexes et attachants, plastiques non parfaites, histoires touchantes de bonheurs et de difficultés ordinaires, un scenario rythmé. Chacun pouvait prendre un peu ce qui lui plaisait des personnalités des 4 héroïnes : le romantisme de Charlotte, la démesure de Samantha, le pragmatisme de Miranda, l'humour de Carrie … On saupoudrait le tout d'un peu de glamour new-yorkais avec force stilettos, sacs à main et robes de créateurs et on obtenait une série totalement addictive.

Sex and the City, c'était donc un bon gros gâteau, qui aurait pu sembler indigeste au premier abord, mais qui en fait se faisait léger et succulent au fil des saisons, enthousiasmant les fans du monde entier, au nombre desquel(le ?)s je comptais.

Le problème de Sex and the City 2, c'est qu'ils n'ont gardé que le nappage « fringues-sexe-girly », et c'est bien connu, le glaçage trop chocolat, à force, ca étouffe et ca écœure. Il manque le cœur de la série, le génoise du gâteau pour rester dans des métaphores culinaires, à savoir des petites histoires frappées au coin du bon sens avec des vrais (et parfois moins vrais) problèmes de New Yorkaises de leur âge.

On ne retrouve rien de ce qui faisait le sel de la série : Carrie se fait la compliquée l'indécise, bref la bad girl de son couple (alors qu'on aimait tant que Big endosse ce rôle), Charlotte ne pense qu' à ses enfants et s'encroute dans un rôle de ménagère de moins de 50 ans (où sont passées les belles ambitions de l'ancienne galeriste ?), Samantha se caricature elle-même (c'est dire), Miranda devient enfin normale (mais du coup, son cote psycho-rigide-judgemental nous manque un peu).

Je sais qu'elles n'y peuvent pas grand-chose, mais en plus, elles ont pris un coup de vieux terrible : Miranda devient de loin la mieux, pour vous dire ! Carrie s'est fait refaire les seins, ce qui est visuellement dérangeant par rapport aux saisons précédentes, surtout qu'elle enchaine bustier sur bustier ; Charlotte a le teint brouillé, Samantha a l'air lifté, et tous les autres protagonistes sont globalement orange fluo d'abus d'autobronzant …

Surtout, niveau propagande anti-Moyen-Orient, « les arabes sont des sauvages arriérés », on est gâté, on en remet une couche niveau glaçage indigeste. On se doutait bien qu'avec une histoire sensée se passer à Abu Dhabi, on n'échapperait pas aux cliches mille-et-une-nuits, avec moult robes djellabas, turbans, broderies orientales etc. Au lieu de contourner le problème pudiquement, le film nous ressert une louche de morale américano-américaine sur la femme voilée qui s'émancipe en portant de la haute couture en veux-tu en voila sous son niqab. Ca m'a fait penser à ces films de propagande à peine masquée des années 60-80 où les Russes étaient systématiquement les méchants et cruels communistes, comme dans Docteur Jivago ou les premiers James Bond (qui sont souvent quand même de bons fils, on notera)

Je ne peux pas totalement discréditer SATC2 car, c'est sur, on passe un bon moment, malgré le trop-plein d'absurdités scénaristiques ; notamment ce moment complètement irréaliste, où elles se changent trois fois durant un trip à dos de chameau dans le désert … et loin de porter des tenues de randonneuses du désert qui auraient pu justifier les changements vestimentaires, elles gardent fidèlement escarpins, robes longues, sacs à main etc. Je passe sur la tenue d'exploratrice-missionnaire en Afrique de Miranda pour se rendre au souk, qui fait très colonisateur sur le retour, et celle de Carrie, en jupe à traine totalement inappropriée pour la même ballade…

Allez-y pour vous faire votre petite idée, et pour voir Charlotte tomber de chameau.

jeudi 27 mai 2010

Style & the City

Aurore Taupin blog Style and the City

Cela a été dit, redit et re-redit, mais n’ayons pas peur de la redite : le style de l’Américain moyen, c’est tout un poème. C’est parfois fleuri, parfois austère, souvent étonnant, rarement coordonné mais presque toujours sujet à commentaires.


Commençons par l’homme, le New yorkais pressé, qui, dès potron-minet, saute dans son train en provenance du New Jersey, pochette à portable bien accrochée à la ceinture, la cravate trop courte au vent, le café a la main et la chemise parée à toute transpiration insidieuse grâce à un t-shirt astucieusement porté dessous. Cette description suffit normalement à faire comprendre que la notion-clé pour notre ami Brandon, c’est le CONFORT ; avoir tout à portée de main, n’envisager les choses que dans une vision utilitariste plutôt qu’esthétique, voila bien la façon américaine de raisonner un habillement de tous les jours. Dans cette optique, reste le mystère des chaussures à bouts carres et à large bords de semelles ; peut-être offrent-elles une meilleure résistance à l’air et un appui plus solide de la pointe du doigt de pied quand, en retard, Brandon doit courir et sauter frénétiquement pour attraper last minute son train de retour vers Jersey City… Je ne vois guère que cette explication pour justifier le port de telles atrocités.


La femme, Brenda est un sujet plus intéressant, car plus complexe. Il m’a fallu plusieurs mois pour comprendre que celle-ci s’habille en fonction de deux critères ; le premier of course, reste le confort (on n’est pas des bêtes), mais pas seulement, puisque Brenda aime se vêtir en fonction du dégagement du ciel. Grand bleu, et la voici en tongs, nonobstant le froid glacial de ce mois de février … Ce théorème a une exception, qui, une fois n’est pas coutume, confirme la règle : la New-Yorkaise porte des lunettes de soleil, été comme hiver, à l’intérieur comme à l’extérieur, par grand soleil et par temps de pluie. Brandon n’est pas en reste, le penchant masculin de cette coutume étant le port de couvre-chef ; rien que ce matin, j’ai encore dénombré moult casquettes, bérets, bonnets et borsalino sur le quai du métro, alors que le temps, ni très froid (bonnets ?), ni très chaud (casquettes ?), ne nécessite un tel accessoire.


Je jetterai un voile pudique sur l’accordance de quelques tenues telles que la mini-jupe, le bustier moulant ou le legging-pantalon avec certaines morphologies penchant franchement vers un large surpoids. A noter, qu’ici, le legging est considéré comme un pantalon comme un autre, qui se porte donc sans autre vêtement qu’un t-shirt. Avant d’accéder au point d’orgue du look US, une dernière digression sur … les ongles de Brenda ; tout d’abord, ils se doivent d’être exagérément longs, de préférence faux, agrémentés d’un vernis d’une couleur interdite (i.e bleu, vert, jaune), ou pire parfois de strass et petits dessins (jusqu'à présent, mon meilleur souvenir reste celui d’un ongle décoré d’un palmier sur fond de coucher de soleil)


Point d’orgue, comme promis, la basket blanche, accessoire indispensable de toute New-Yorkaise qui souhaite bouncer à travers la ville. Cette vilaine chaussure semble donner à Brenda le souffle conquérant, que nous avons, nous, françaises, escarpins aux pieds. La Nike bien enfilée, l’Américaine s’avance sure d’elle dans la ville (elle ne sera pas en retard, elle peut courir avec ses chaussures aérodynamiques) ; du haut de la semelle de sa blanche sneaker, elle domine la city ; elle ne se pose pas (trop) de questions sur l’élégance d’un ensemble jupe-baskets, car ainsi chaussée, Brenda a des ailes, Brenda chante la vie, elle danse la vie, elle dit merci a la vie, … mais elle enfile tout de même bien prestement ses ballerines à bouts carres en arrivant à son bureau, pour rester raccord avec Boss Brandon en réunion.

mercredi 19 mai 2010

Moi, Blake, Anne, Jack et les autres

Aurore Taupin Blog Célébrités à New York
Vivre à New York présente plein de charmes et avantages, mais ce qui reste encore à mes yeux le plus étonnant concerne la densité au kilomètre-carré de stars et personnes connues. Lectrice assidue de ces magazines hautement intellectuels, qu’on appelle « féminins », j’avais déjà une petite idée des illustres rencontres que je pourrais faire au détour d’un gratte-ciel, entre deux de ces fameux tournages qui peuplent la ville à partir du mois d’avril. Apres 5 mois à New York, je ne compte donc plus (enfin si, justement) toutes les célébrités croisées dans les rues si huppées du Village ou de l’Upper West Side ; mon âme de midinette s’épanouissant pleinement dans cet environnement un peu pailleté, contrastant d'autant plus fortement avec l’austérité de mon cadre de travail quotidien.

A l’exception d’Emma de Caunes, voisine de table d’un de mes premiers brunchs, d'Aure Atika vue dans un hotel chic de Soho, ou d’Arnaud Lemaire (mais si, vous savez le microcéphale copain de Claire Chazal, présentateur de ce nouveau navet du PAF, «L’amour est aveugle »), les personnes croisées sont souvent très en phase avec l’idée qu’on se fait de la ville, souvent des artistes deja croisés dans des films ou séries fortement associés à la Grosse Pomme.

Je ne vous raconte donc pas mon émoi quand, allant tranquillement au Starbucks, qui m’ouvre la porte ? Dan Humphrey de Gossip Girl (1er whaou, midinette, je vous avais prévenus) ; toujours sous le choc de cette rencontre portière avec le new-yorkais emblématique par excellence, j’avance flageolante pour me retrouver dans la queue juste derrière … Serena (2eme whaou, on n’est midinette ou on ne l’est pas). Hyper-solidaire dans mes mondanités, j’ai voulu en informer mon amie qui m’attendait dehors par un texto bien senti (« Dan vient de m’ouvrir la porte, je fais la queue derrière Serena. XOXO. A.), sans succès, celle-ci ayant oublié son portable. Peu importe ; je suis désormais en mesure de confirmer que Serena, ou Blake Lively de son doux nom, est à la hauteur des fantasmes qu’elle fait naitre chez les protagonistes males de la série, étant tout simplement sublime. (Pour nous rassurer, gente féminine, constatons que Blake a aussi eu un âge difficile, où le mauvais gout le disputait à la niaiserie: http://img.news-de-stars.com/blake-lively/blake-lively-en-2007-une-ado-ravissante_39254_w460.jpg )

Mes pérégrinations ne s’arretent pas la, puisqu’en quittant le cadre sex-and-the-city-esque de la Boom Boom Room au début de mon séjour, j’ai entr-apercu Marc Jacobs, créateur phare ici, à l’origine d’en moyenne un sac sur deux en circulation dans New York, qui dinait avec son ami ? amant ? mari ? J’ai hesité puis renoncé à lui exhiber fierement tous mes accessoires de sa marque par le menu ; midinette mais pas groupie.

Restaient encore deux rencontres assez inattendues, toujours au détour d'une rue, avec tout d'abord Anne Hathaway, l'actrice du Diable s'habille en Prada, film emblématique de la fashion-élite new-yorkaise et de son gourou Anna Wintour, petite Anne méconnaissable de normalité et de simplicité sur cette 6th Ave bondée. Et enfin, j'ai nommé, Jack "copy that" Bauer, Kiefer Sutherland en personne, qui bondissait tel son personnage de 24 depuis une voiture noire vers un immeuble de Soho, surement en route vers un prochain tournage des aventures de l'agent du CTU. Bref, un peu de glamour, un peu de gros bras, un peu de paillettes, la journée classique à New York est souvent plus exotique qu'à Paris !

Gros regret jusqu'à présent, manque à mon palmares de rencontres fortuites, la New-Yorkaise par excellence pour toute personne de sexe féminin de ma génération, Carrie Bradshaw, a.k.a Sarah Jessica Parker. Mon institut de beauté essaye de me faire croire depuis le jour 1 qu'elle vient elle aussi chez eux mais je n'y crois pas une seconde. Comme si SJP n'avait pas des petites mains pour lui faire tout ca chez elles devant son éléphantesque dressing, pendant qu'elle couve du regard Marion Loretta et Tabitha Hodge (qui ne sont pas ses chiens mais bien ses deux jumelles)?

A défaut de rencontrer Miss Bradshaw en live, je me rejouis donc à l'idée de la retrouver bientot virtuellement dans le surement niais mais rejouissant Sex and The City 2.

lundi 17 mai 2010

In your place



Depuis le temps qu'il nous concocte des objets aussi hétéroclites que design, Philippe Starck avait fini par franchement m'intriguer.

En vagabondant sur Internet, je suis donc tombée sur ce blog, fichtrement bien adapté à l'éternelle curieuse que je suis. The Selby vous propose … non, pas du tout de suivre les œuvres de Philippe Starck à travers les décennies, rassurez-vous, on a déjà vu, revu et re-revu son presse-citron de l'espace et ses toilettes œufs londoniens… mais juste une incursion rapide dans le chez-eux de quelques-uns des grands (et moins grands) de ce monde.


Invitez-vous ainsi en vrac dans l'atelier de Christian Louboutin, Pierre Hermé, Helena Christensen, Karl Lagerfeld, Fréderic Beigbeder mais aussi d'artistes parfois plus confidentiels, comme Natalie Wood, Thomas Lelu, François Curiel ou encore du tattoo artist ( ??!!) , Scott Campbell. (The Selby, c'est aussi l'occasion de découvrir de nouveaux métiers de gens riches)


Je préfère vous prévenir, en voyant le bureau d'Inès de la Fressange, votre open-space déjà sans saveurs risque carrément de tourner à l'aigre.


Et New-Yorkais, New-Yorkaises, ne vous attardez pas trop sur les vues du loft de Julia Restoin Roitfeld, qui aura un effet immédiat sur la perception de la décoration et la taille de votre propre appartement.


Heureusement, on finit avec notre ami Philippe (Starck), qui est la pour nous remettre du baume au cœur avec ses vestes multicolores, ses pots de fleurs encastrés dans le sol et sa foule d'animaux empaillés. Une vraie pommade contre la dangereuse jalousi-vite aigue qui nous guette à la lecture de The Selby


http://www.theselby.com/


J'apprends à l'instant que Philou a une fille qui s'appelle K – cherchez l'erreur

(oui oui, juste K)

mercredi 5 mai 2010

HHhH, ou l'avènement du roman historique

Aurore Taupin Blog HHhH Laurent Binet

HHhH n'est pas un roman sur l'attentat d'Heydrich,

C'est un roman sur l'écriture d'un livre sur l'attentat d'Heydrich

Et c'est la une nuance importante, qui donne tout son sel à cet ouvrage captivant.


Ainsi, tout au long du roman, Laurent Binet entrecroise le récit de l'avancement ses recherches sur « le bourreau de Prague » et celui de l'attentat qui causera sa mort ; proposant au lecteur de se faire le complice de sa quête, témoin de la difficulté à rassembler des informations sur un événement historique même aussi important que celui-ci. On suit donc sa recherche d'autobiographies désormais disparues mais cruciales pour son ouvrage, telles que celles de Lina Heydrich, ou du colonel Moravec, chef des services secrets tchèques à Londres, ou encore son travail de reconstitution de la scène à partir de différents témoignages, pas toujours concordants ni fiables.

On se prend très facilement au jeu, fasciné par la méticulosité de l'auteur et ses mille et une précautions pour être le plus fidele possible à l'histoire qu'il cherche à raconter. Loin d'un Yannick Haenel, qui laissait planer le doute sur le coté fictif de certains passages dans son livre sur Jan Karski, Laurent Binet fait état de toutes ses réticences à romancer et inventer certains passages ou dialogues.

« [Fabrice, un vieux copain de fac] s'arrête sur la construction du chapitre concernant la Nuit des longs couteaux : cet enchainement de coups de téléphone, selon lui, restitue bien à la fois la dimension bureaucratique et le traitement à la chaine de ce qui fera la marque du nazisme – le meurtre. Je suis flatté, cependant, j'ai un soupçon et je crois bon de préciser : « Mais tu sais que chaque coup de téléphone correspond à un cas réel ? Je pourrais te retrouver presque tous les noms si je voulais. » Il est surpris, et me répond ingénument qu'il croyait que j'avais inventé. »

Laurent Binet parvient à maitriser un double suspense pour le lecteur : l'auteur arrivera-t-il au bout de sa quête, c'est-à-dire finalement, à nous raconter en détail et véritablement l'attentat contre Heydrich ? Le tour de force réside surtout dans la conviction qui est transmise au lecteur, que sans l'aboutissement de cette enquête de l'auteur, les conditions de l'assassinat d'Heydrich ne lui seront pas dévoilées, alors que la lecture de l'article Wikipedia correspondant suffirait à en éclaircir le déroulement*. Pourtant, à aucun moment, le lecteur n'a cette tentation car l'auteur, par ces nombreux soucis d'exactitude, sa volonté de transparence vis-à-vis du lecteur, crée un véritable climat de confiance, de confidence, presque d'intimité amicale entre lui et son lecteur. On est forcement saisi par la difficulté de l'historien-auteur à retranscrire son savoir sans rien omettre, ses tergiversations sur la pertinence de la mention d'untel ou untel, sur l'intérêt du récit d'une anecdote, sa crainte de laisser dans l'oubli un participant essentiel de l'histoire.

« C'est un combat perdu d'avance. Je ne peux pas raconter cette histoire telle qu'elle devrait l'être. Tout ce fatras de personnages, d'événements, de dates, et l'arborescence infinie des liens de cause à effet, et ces gens, ces vrais gens qui ont vraiment existé, avec leur vie, leurs actes et leurs pensées dont je frôle un pan infime … Je me cogne sans cesse contre ce mur de l'Histoire sur lequel grimpe et s'étend, sans jamais s'arrêter, toujours plus haut et toujours plus dru, le lierre décourageant de la causalité »

En plus de cette plongée au cœur du travail de l'écrivain, HHhH nous offre une reconstitution passionnante de la vie d'Heydrich et des deux auteurs de l'attentat, Gabcik et Kubis. Laurent Binet connait décidément très bien son sujet, puisqu'il nous emmène à travers de nombreux moments oubliés mais pourtant capitaux de l'Histoire : la capitulation sans négociation de la République Tchèque grâce aux manipulations habiles de l'Allemagne, la décision de nommer Heydrich protecteur de la Bohème-Moravie, lui le planificateur de la solution finale, le massacre de Babi Yar ou encore l'anéantissement du village de Lidice – triste Oradour sur Glasne tchèque, en représailles de l'attentat etc.. L'auteur nous offre une compréhension complète de ce pan de l'histoire, et loin de se borner à narrer l'attentat en lui-même, met en lumière la chaine de causalité qui a amené chaque protagoniste à sa place historique ce fameux jour du 27 mai 1942. Laurent Binet nous éclaire également intelligemment sur certaines anecdotes qui changeront parfois le cours de l'histoire : les migraines du premier homme choisi pour commettre l'attentat, un livre oublié sur une table qui sauvera une vie, une banquette de voiture en crin de cheval qui sera elle fatale, un mot d'amour mal interprété par la Gestapo qui précipitera la tragédie de Lidice etc.

Enfin, en plus de toutes ces qualités de romancier, d'enquêteur et d'historien, Laurent Binet nous offre avec HHhH un petit trésor de littérature contemporaine, grâce à son style si particulier et fluide, son regard actuel sur les absurdités de la machine administrative nazie et les rebondissements historiques de la Seconde Guerre Mondiale. HHhH fait partie de ces livres que l'on a plus envie de refermer une fois ouvert, mais qu'on rechigne à dévorer d'un coup pour faire durer le plaisir de cette lecture captivante. Une fois le livre refermé, on aimerait ne jamais l'avoir lu, pour pouvoir le redécouvrir encore et encore, envieux de tous ceux qui ne l'ayant pas lu, vont pouvoir s'offrir ce merveilleux bonheur.

HHhH, de Laurent Binet, aux éditions Grasset.

HHhH = «Himmlers Hirn heisst Heydrich », le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich, était le surnom donné par les SS à Heydrich.

* J'ai été consulter le fameux article Wikipedia concernant l'assassinat d'Heydrich, et s'il était encore permis d'en douter, celui-ci n'apporte pas un millième des explications et des précisions fournies par Laurent Binet dans son ouvrage. Evidemment, le style de l'article est aussi beaucoup moins fameux …

lundi 3 mai 2010

Mind the gap

Aurore Taupin Blog Mind the Gap

Apres quelques mois ici, la visite de quelques fellow compatriotes m’a permis de me rendre encore un peu plus compte de toutes ces petites choses qui font la spécificité (le charme ?) de New York, et que je commençais déjà à ne plus remarquer, petite New-Yorkaise en devenir. Il est d’ailleurs tout à fait appréciable de constater qu’après peu de temps, on a intégré sans presque s’en rendre compte beaucoup de codes implicites de la ville : laisser un tip égal à 2 fois la taxe (mais surtout pas en pièces, c’est malpoli ici), indiquer au chauffeur de taxi non pas votre adresse mais le coin de rue le plus proche de votre destination, réserver systématiquement dans les restaurants sous peine de déception chronique, commander un café en précisant « regular coffee » etc.

Une de ces petites particularités étonnantes, qui m’a joué beaucoup de tours au début, fut le fameux « Hi ! How are you doing today ? » qui ponctue toute entrée dans un magasin ou restaurant ; très courtoise, je m’efforçais de répondre à cette étrange question par un hésitant et souriant « Great, and you ? » auquel mon interlocuteur ne m’opposait jamais aucune réponse, me faisant croire les premières semaines à une muflerie américaine généralisée. Je compris enfin que dans la grande tradition d’accueil outre-Atlantique, cette question relevait de la pure rhétorique et n’appelait aucune réponse, tel un « Ca va ? » lancé distraitement à un collègue entre deux couloirs ; nécessairement, ma réponse naïve laissait mes interlocuteurs un peu désarçonnés, peu habitués à devoir répondre eux-mêmes à cette question finalement si incongrue.

Deux détails particulièrement intrigants, se remarquent facilement pour un Français fraichement débarqué. Tout d’abord, l’Américain, mais surtout l’Américaine parle FORT, et par fort, j’entends malheureusement, plus de 50 décibels au-dessus du niveau sonore jugé acceptable pour une conversation en France. Ainsi, il n’est pas rare d’avoir l’impression que votre voisine de rayon de supermarché est au téléphone avec sa grand-mère sourde, ou cherche à attirer l’attention d’une personne portant un casque-anti-bruit à l’autre bout du magasin, alors qu’elle est simplement en train de discuter avec la personne à cote d’elle. Cette impudeur verbale est surement à mettre en relation avec l’impudeur physique gênante des vestiaires de salles de sport déjà mentionnée dans un article précédent.

La deuxième particularité, tout à fait stupéfiante par son manque de logique concerne les tourniquets de métro. Etrangement, ici, on utilise les mêmes pour entrer et sortir du métro, ce qui génère parfois, outre une importante confusion, pas mal de retard et de fureur. Exemple : quand le groupe de lycéens du New Jersey en vadrouille avec leurs profs dans la grosse Pomme décide de sortir tous du métro, au moment même où vous souhaitez y entrer à l’issue d’une folle course pour tenter d’attraper le métro qui vous transportera à l’heure vers votre rendez-vous, eh bien, en plus d’avoir l’impression de nager à contre-courant dans une cacophonie assourdissante (voir particularité intrigante 1, ci-dessus), vous êtes bougrement furieux contre ce $# !!@’**! système de tourniquet. Maigre consolation : le métro français jouerait lui aussi des tours à l’Américain globe-trotter. Pour preuve, l’anecdote de cette Américaine qui en voyage à Paris, peu habituée à devoir ouvrir elle-même la porte du métro, était restée coincée sur le quai en regardant s’éloigner le métro, interdite devant cet archaïque mécanisme d’ouverture de portes. (Moralité, l’Américain(e) devrait prendre la ligne 1)

Prochainement, le style new-yorkais ….

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