Compteur gratuit THE A-LIST: août 2010

mardi 24 août 2010

Je tâtonne en Teuton



Ils sont forts ces Teutons car ils ont toujours un mot plus précis et plus vrai pour désigner des choses qui nous demandent 12 propositions subordonnées relatives en français.

"Schadenfreude" en est un exemple parfait ; et si ce mot existait dans notre douce langue de mangeurs de grenouilles, ce post ferait sans doute la moitié de sa taille actuelle.
Donc.

Schadenfreude, pour les non-germanophones et tous les germanophones qui ont jeté l'éponge après 4-5 ans de tentatives vaines de maîtrise des déclinaisons à l'accusatif, d'apprentissage laborieux des genres des mots, d'antisèches pour éviter la confusion tragique entre der Mensch (l'homme) et das Mensch (la prostituée), de traductions approximatives et d'umlaut mal placés ..., bref, Schadenfreude, ça veut dire "celui qui se réjouit du malheur des autres".

Et il se réjouissait sûrement de mon malheur de germanophone acharnée, ce cruel étourdi qui m'acheva un jour d'un "Mais ça ne sert à rien de faire de l'allemand, tous les Allemands parlent parfaitement anglais". Boum. Comme assommée par une bibliothèque de dictionnaires franco-teutons, je vacillais sous le poids de cette atroce nouvelle. What the **** !!! Sept ans dédiés à la langue de Goethe, à ces mille et unes subtilités, aux 10 tomes de grammaire qu'il faut maîtriser avant de pouvoir formuler un enchaînement basique sujet-verbe-complément, autant d'efforts pour le même résultat qu'un bon vieux visionnage de séries en VO.

Alors, bon, on essaye de se raisonner, on inspire profondément et on tente de faire un décompte appliqué de toutes les utilités de ce bel enseignement.
* On peut regarder en VO et - presque - sans sous-titres Goodbye Lenin et Das Leben der Anderen (La vie des autres, hé patate, si t'avais fait de l'allemand, hé hé ... je schadenfreude à mort)
* Chantonner sur Tokyo Hotel et Nina Hagen en faisant croire, que non, ce n'est pas un gloubiboulga informe qu'on prononce, mais que d'ailleurs leurs textes sont pas mal ...
* Comprendre quelques (bribes de) phrases de Angela à Nico lors des sommets européens avant même la traduction de l'interprète - ouais ouais
* Lire Nietzsche dans le texte ... euh non en fait, mais parait que même les Allemands le font pas trop

...


Je crois que la longue liste s'arrête là.


On pourrait ajouter à ces utilités une faculté de concentration extrême tirée de l'astucieuse construction de la phrase allemande, qui veut que le verbe soit toujours à la fin de la celle-ci. A l'écoute d'une longue phrase, ça occasionne des séances d'une sorte d'apnée de concentration intense sur le moment où %*!#&, il va tomber ce %*!#&, de verbe que je comprenne enfin quelque chose à ce qu'on me raconte.
(Et idem quand on parle, cette histoire de verbe en fin de phrase, c'est une véritable épée de Damoclès, ça vous menace comme une retenue dans une addition à 12 chiffres pendant toute la phrase, et arrivé à la fin de celle-ci, vous ne vous rappelez même plus quel verbe, ou quel temps, ou quel accord vous vouliez utiliser ; du coup pas étonnant qu'on se cantonne à des enchaînements basiques sujet-complément-verbe).

Ne reste donc plus aux germanophones démissionnaires dont je suis, qu'à aller porter la mauvaise nouvelle, et devenir à leur tour des Schadenfreude ... Pour les autres, il reste encore des dizaines de cas particuliers d'utilisation de la proposition "zu", des milliers de mots aux genres traitres comme "le table" ou "la garage" à apprendre, et tout autant de moments de fierté devant leur sinon parfaite du moins bonne maîtrise de cette langue revêche.

Rupture


Avec Rupture, Simon Lelic signe un polar déconcertant et captivant sur la société anglaise d’aujourd’hui. L’histoire fait écho à certains faits divers déjà entendus dans la presse : dans un collège a priori ordinaire, un professeur abat 3 élèves et un collègue avant de retourner son arme contre lui.

L’auteur a la bonne idée de proposer à son enquêtrice de creuser la question de la responsabilité totale du meurtrier dans cette affaire. On découvre donc les affres de cette société contemporaine, pleine de violences physiques et verbales, d’intimidations et de laissez-faire, qui peuvent conduire à de tels drames. Derrière l’acte fou du professeur se cachent du harcèlement, du chantage, des menaces, que d’autres n’ont pas su empêcher. Quid de la responsabilité dans ce contexte ?

On apprécie que l’histoire soit ancrée dans la vie ordinaire d’une banlieue anglaise, sans mafioso ni trafic de drogue, scènes d’action ou combat au poing, car c’est justement ce qui rend ce roman terrifiant, la banalité du mal qui y est dépeint.

L’idée de Lelic de ne faire entendre que les interrogatoires des témoins, entrecoupés de scènes avec l’enquêtrice, donne réellement sa « patte » à ce roman, intronisant déjà un « style Lelic », tour de force remarquable pour un premier roman.

Malgré l’absence de dénouement vraiment spectaculaire – mais peut-être est-ce aussi la force de ce roman, sa vraisemblance ?, on reste captivé de bout en bout, incapable de lâcher ce roman policier peu ordinaire, dans le fond et dans la forme.

lundi 23 août 2010

Les derniers jours de Stefan Zweig


A travers ce récit, dont le titre dit déjà beaucoup, Laurent Seksik nous fait redécouvrir la personnalité tourmentée de Stefan Zweig. Durant les 6 derniers mois de sa vie, nous suivons l'écrivain et sa femme dans leurs déplacements depuis les Etats-Unis jusqu'au Brésil et leur fin tragique à Pétropolis.

Laurent Seksik offre un prisme de lecture intéressant de la Shoah à travers les yeux du grand écrivain, nous replaçant au coeur d'une époque faite encore d'incertitudes mais déjà d'appréhension du pire. L'auteur pose des questions pertinentes sur le devoir et le poids d'être l'exilé en cette période trouble, point de vue rarement relaté dans les romans.

Au fil des pages, on se glisse dans la peau de Stefan Zweig, à travers ses réflexions sur sa condition d'écrivain apatride - "Il écrivait dans la langue du peuple dont il était banni. Est-on encore écrivain quand on n'est plus lu dans sa langue ? Est-on encore en vie lorsqu'on n'écrit plus de son vivant ?" - ou de Juif un peu malgré lui : "Il n'avait pas choisi d'être juif, il ne revendiquait pas d'être juif, il ne croyait en aucun dieu, il ignorait la moindre prière juive, il condamnait le sionisme [...] N'avait-il pas assez payé pour une identité dans laquelle il ne se reconnaissait pas ?"

Malgré des réflexions très pertinentes et ce point de vue inhabituel sur ces événements, on regrette que Laurent Seksik reste en surface sur les différents sujets abordés, qui semblent pourtant passionnants. Passant des descriptions des tourments des exilés, à la perception de la Seconde Guerre mondiale par les non-Européens, pour revenir au quotidien de Stefan Zweig, Laurent Seksik touche un peu à tout sans approfondir ses très bonnes idées ; on reste un peu sur sa faim.
Saluons tout de même une écriture très précise et poétique, mise au service d'un sujet qui valait la peine d'être plus creusé.

mardi 17 août 2010

Toute première fois, toute toute première fois


Grand saut dans le bain du Prix des Lectrices de ELLE !
Mon enthousiasme déjà grand a atteint des sommets en ouvrant le précieux colis avec les 3 premiers bouquins ; et je suis encore toute à l'ivresse de cette toute première fois, toute toute première fois, d'une longue série de 8 envois.
Une fois l'excitation passée, il fallait en choisir un sur les 3 pour débuter, la courte paille décida que ce serait le document, "Les Disparues de Vancouver" d'Elise Fontenaille et ainsi fut-il.

Edité dans la collection "Ceci n'est pas un fait divers" de Grasset, celui-ci n'avait déjà rien pour me plaire : collection racoleuse, titre faussement accrocheur, 4ème de couverture façon "J'accuse" ; "Les Disparues de Vancouver" accumulait déjà les faux pas avant même l'ouverture du livre. Et malheureusement, on n'est pas détrompé, sauf à être amateur d'anecdotes sordides et sanguinolentes. Un bon sujet pour un "Faites entrer l'accusé", mais pas pour un ouvrage de cette sélection.

Comme son titre le laisse suggérer, l'auteur relate l'histoire vraie de la disparition d'une soixantaine de prostituées de Vancouver, à travers le cas particulier d'une d'entre elles, Sarah de Vries. Partant déjà du sordide de la vie de ces filles, toxicos par addiction, prostituées par nécessité, avec leur lot de viols, passage à tabac, overdoses etc. le livre s'enfonce dans l'atrocité la plus noire sur fond de cannibalisme et de meurtres en série. Rien n'est épargné au lecteur, et Elise Fontenaille se repaît dans un sensationnalisme morbide franchement agaçant. Entre la description du calvaire de ces filles et la retranscription de certains passages du journal intime de Sarah de Vries, on referme le livre en ayant une sensation de voyeurisme tenace, qui nous en fait regretter la lecture.

Tant le sujet que l'écriture laissent à désirer dans cet ouvrage. Témoigner sur la descente aux enfers que peut devenir la prostitution semblait une bonne idée, mais pourquoi avoir choisi cette histoire si terrible, qui relève bien plus du fait divers romancé que du document appelant à la réflexion. Aucune seconde lecture n'est possible de cet ouvrage, qui semble se complaire dans la surenchère d'atrocités. Aussi affreuse soit-elle, cette histoire m'a semblé anecdotique et lui consacrer un ouvrage inutile. Dans la même collection, le roman de Didier Decoin "Est-ce ainsi que les femmes meurent ?" est bien plus intéressant et profond, car soumettant à la question plusieurs aspects du fait divers narré.

Elise Fontenaille propose un style journalistique tantôt larmoyant tantôt tragique, qui n'est pas sans évoquer la lecture de Paris Match plus que celle d'un bon document.

A suivre, "Les Derniers Jours de Stefan Zweig", dans la catégorie Roman.

mercredi 4 août 2010

De l'autopersuasion


Pourquoi c'est top d'être à Paris l'été ?

Le seul plaisir, l'unique privilège du travailleur aoûtien parisien est de profiter de la capitale désertée d'une bonne partie de la population, offrant ainsi un effet d'optique façon loupe assez saisissant sur les irréductibles Gaulois qui y séjournent encore.
Le touriste afflue en masse, en groupe coordonné de nationalité, et vient combler le trou béant laissé par le vacancier aoûtien. Parisiens résistants et touristes conquérants se mêlent dans une faune hétéroclite et truculente.

Cette modification palpable du coeur même de la vie parisienne, offre au travailleur du mois d'août des petits plaisirs bien mérités, que le plagiste du même mois, celui qui se dore l'entre-doigt-de-pied pendant que vous réparez la machine à café, celui qui feuillette nonchalamment Voici (genre "mais qu'est-ce que ce drôle de magazine fait dans mon sac?") entre deux pâtés de sable, ne connaîtra jamais. Mouah ah ah - rire satanique d'aoutienne travailleuse vengeresse.

Sans l'ombre d'une pensée émue pour son collègue, que loin de trouver courageux, il juge couillon ("fallait poser tes vacances avant mon gars"), le vacancier d'août, se croira sans doute plein d'une pitié louable à ne pas - trop - se renseigner sur l'été de son collègue travailleur, qu'il estime d'avance "pourri", pour ne pas creuser encore le fossé qu'il juge déjà béant entre leurs deux mois d'août respectifs. Le hâle narquois et la chemise bien retroussée pour dévoiler un avant-bras sculpté à coups de beach-volley et de brasse coulée bretonne, il lui montrera tout de même, pour le fun, deux-trois photos de "Loulou, Pitchoune et la boite à out's" devant sa nouvelle résidence secondaire, lieu de tous ses plaisirs aoûtiens à lui.

(Je crois qu'à ce stade, on a clairement évoqué tous les avantages de NE PAS être à Paris l'été).

J'en reviens à mon effet loupe sur la masse parisienne aoûtienne, effet intriguant s'il en est pour le non-initié. Alors l'effet loupe, c'est très simple : la foule parisienne étant diminuée au 9/10ème, le mois d'août vous offre désormais tout le loisir d'observer le 1/10ème restant tranquillement, dixième qui est finalement tout aussi représentatif de la faune parisienne (à l'exception des touristes, qui restent ... des touristes).

Vous observez donc pendant 2-3 semaines le Parisien dans toute sa splendeur :
* les râleuses (qui demandent pour la 3ème fois de refaire leurs pâtes au saumon, parce que, bon sang de bonsoir, on voudrait du saumon frais d'élevage nous, pas du saumon fumé en boîte. Et de bavasser pendant l'attente sur la déliquescence du service en France, c'était mieux avant, de mon temps-c'était-pas-comme-ça, la ritournelle du râleur),
* les Vélib'istes qui n'aiment rien tant que remonter les rues à sens unique, rouler sur les trottoirs, griller les feux, parce qu'on est tellement mieux protéger à vélo sans casque,
* les petites mamies endimanchées qui vont prendre une omelette parées de tous leurs joyaux, un turban et même pourquoi pas un manteau en zibeline, en plein août (??)
* les garçons de café à l'humour ravageur ("un café allongé ... Ca va être dur de boire ça allongée non ?" mouarf mouarf)
* les joggeuses et joggeurs du Parc Monceau, qui tel Claude François, "yogguent" dès potron-minet, et même toute la journée (mais ces gens ne travaillent donc jamais ?)
... j'en passe et des meilleurs à dessein, je ne vais quand même pas tout révéler de nos petits secrets parisiens aux plagistes du mois d'août, sinon que nous resterait-il à nous, couillons courageux du mois d'août ?

Quant au touriste, en bonne Française frondeuse envers l'envahisseur, je n'aurai qu'une seule image pour illustrer sa présence : vu aujourd'hui, deux touristes en train de se prendre en photo devant des toilettes publiques, ces excroissances urbaines très moches, mini-bunkers odorants des temps modernes, sans doute confondus avec une oeuvre de Le Corbusier. (Je me refuse à croire qu'on puisse sciemment prendre en photos des toilettes publiques, naïve que je suis).

Je ne suis pas sûre d'avoir convaincue quiconque des vertus de l'été à Paris, moi la première.
D'autres arguments sont les bienvenus ...
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