Compteur gratuit THE A-LIST: La synthèse du camphre

mardi 19 octobre 2010

La synthèse du camphre


Un premier roman épate rarement par sa maîtrise pourtant, La Synthèse du Camphre échappe à cette malheureuse règle littéraire et offre un roman singulier tant du point de vue du style que de l’histoire.

Mêlant habilement deux histoires dont le lien n’est révélé qu’à la toute fin, Arthur Dreyfus nous transporte à travers l’Histoire avec un grand H, depuis la Seconde Guerre Mondiale jusqu’aux événements du 11 septembre, via les correspondances et récits de deux jeunes gens.

On suit d’abord les échanges de mails de Chris, adolescent américain esseulé et peu sûr de lui, avec un mystérieux Français Ernest, dont on ne peut que deviner les réponses, soustraites aux yeux du lecteur, grâce à l’enchainement des mails de l’Américain.

En parallèle, se noue le récit de Félix, étudiant français en chimie sous l’Occupation, bientôt résistant, puis déporté. Ce récit à la seconde personne retrace une histoire déjà entendue mais à laquelle Arthur Dreyfus arrive à conférer une singularité certaine avec brio. Depuis sa fuite en zone libre, « ce morceau de vadrouille à savourer », jusqu’à sa libération des camps, Arthur Dreyfus invente à Félix une destinée à la fois ordinaire et extraordinaire, narrée avec une poésie et un réalisme troublant.
Ainsi en parlant de son 1er jour de libération du camp : « Le matelas à ressorts était un gouffre, un trou moelleux qui t’angoissait. Tu t’y étais senti en chute libre. Ton corps n’est plus habitué à un monde ami, au contact des choses douces. Seule la rigidité du sol te rappelle que tu n’es pas en bronze, en marbre ; que tu es encore constitué d’os, de nerfs, de peau. »

Le trait de génie de ce roman s’exprime dans la parfaite mise en parallèle des deux histoires. Présentées comme en négatif l’une de l’autre, elles évoluent avec des courbes contraires : le bonheur de l’un équilibré par le malheur de l’autre. Le point de rupture apparait finalement, finement orchestré, qui fera basculer, Chris vers l’horreur (la maladie) et Félix au retour à la vie (la libération des camps). Tels les deux plateaux d’une même balance, les joies et malheurs de deux personnages, d’amplitude similaire, s’équilibrent parfaitement tout au long du roman : le basculement à mi-parcours, brusque changement de polarisation du malheur, ne fera qu’inverser la tendance.

Tout au long du roman, Arthur Dreyfus distille un lien à la matière de prédilection de Félix : la chimie. « Tu sais que les réactions chimiques sont comme les relations humaines : elles suivent des règles précises qui peuvent, lorsqu’elles sont mal appliquées, provoquer des explosions ». « Je voudrais que tout soit aussi spontané qu’en chimie. Je voudrais dissoudre le pétainisme dans quelques gouttes d’acide anglais ».

Un premier roman remarquable, qui vous poursuit encore longtemps après l’avoir refermé. Une chute imprévisible, qui surprendra même les lecteurs avertis ...

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