Compteur gratuit THE A-LIST: novembre 2010

mardi 23 novembre 2010

L'indésirable



En plaçant son récit dans la campagne anglaise d’après-guerre, Sarah Waters renoue avec le style anglais si caractéristique, aux histoires jonchées de plaines brumeuses et de demeures hantées, qui feront toujours écho aux grands romans des sœurs Brontë ou de Daphné du Maurier.

Dans une Angleterre encore dévastée par la guerre, meurtrie par les bombardements passés et le rationnement encore en vigueur, le Docteur Faraday se lie d’amitié avec une ancienne famille fortunée de son comté, les Ayres, désormais contraints de vivre à un rythme bien moins dispendieux, ruinés pécuniairement et psychologiquement par la guerre.
Le Docteur Faraday découvre bien vite que le domaine d’Hundreds Hall où demeurent les Ayres, est le théâtre d’incidents étranges : bruits répétés, souffles, claquements de portes … Bientôt terrorisé par cette présence qui ne dit pas son nom, le fils Ayres, rendu fou, est interné ; laissant sa mère et sa sœur s’occuper du domaine avec l’aide de maison, Betty. D’événements tragiques en accidents suspects, la maison ne va plus arrêter sa danse macabre avec les Ayres, pour finalement laisser le lieu vide de toute présence humaine.

Sarah Waters a le mérite d’adopter un style fluide et léger qui rend la lecture de ce pavé aisée et agréable. Pourtant, on sent déjà bien à sa lecture que ce roman ne laissera aucune trace : histoire banale, aucun rebondissement, dialogues sans saveurs … Ce livre est un pur roman : aucun lien avec l’Histoire n’est possible, il n’amène le lecteur à aucune réflexion, et est bêtement mais efficacement distrayant.
On attend en vain une chute qui justifierait les 600 premières pages, jusqu’à devoir admettre à la dernière qu’il faudra se contenter de ce récit très « premier degré ».

A lire pour les nostalgiques de la campagne anglaise.

mardi 16 novembre 2010

L'importance d'être inconstant


Après, comme tout un chacun, moult années d'évolution aux côtés du genre humain, il en ressort une constante particulièrement délicieuse de celui : l'insatisfaction chronique.
Loin d'être une tare, celle-ci est à l'origine de sûrement bien des phénomènes qui nous ont fait nous élever de notre condition de bonobos de l'ère glaciaire aux personnes incroyablement civilisées que nous sommes aujourd'hui. Cette insatisfaction est d'ailleurs sûrement à l'origine de la sauvegarde d'un certain nombre d'industries naguère florissantes : qui irait encore acheter son journal si le J.T de Jean-Pierre Pernault thème "actu et terroir" satisfaisait pleinement notre demande d'infos quotidiennes ? Qui irait encore au cinéma ou au théâtre si on se contentait du téléfilm du jeudi soir pour combler notre besoin de divertissement ?

Ne nous faisons pas d'illusions, cette insatisfaction est chronique et persistante : même avec un (Master)chef à nos fourneaux, on jettera toujours un oeil, l'air de rien, dans l'assiette du voisin pour vérifier qu'elle n'est pas mieux garnie (ou dressée, nouveau vocabulaire de téléspectatrice assidue de Masterchef)
(2 références en 2 lignes, on aura compris que cette émission est totalement addictive ; message à Nonce Paolini : à quand la saison 2 ?)
Et, de même que l'herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin, le cheveu est toujours plus lisse, plus long, plus blond sur la tête de la voisine. Le capillaire, ou l'incarnation concrète de l'insatisfaction sus-mentionnée, alimente nombre de plaintes irraisonnées, et fait ainsile bonheur de nos amis coiffeurs, qui font leur miel de notre inconstance.
Les blondes envient le piquant des brunes, qu'elles-mêmes vendraient cher (balayage+couleur) pour avoir l'éclat des premières. A coups de ridicule qui ne tue pas (i.e, une heure le cheveu en papillotte sous un casque chauffant), chacun accède à ses désirs, en oubliant qu'à 50 ans, on voudra tous être blonds pour cacher les (premiers) cheveux blancs.

Plus irremédiable, mais tout aussi sujet à débats, couleurs des yeux, métabolisme et ô combien maudit atavisme familial alimentent les discussions sans fin sur les envies des uns et des autres, avec force théories irrationnelles sur les défauts de leurs propres attributs.
Ainsi, combien de discussions sur les avantages de la femme-poire vs. sa rivale la femme-pomme ? (équivalent masculin du dilemme, pour toi qui ne comprends pas ces considérations fruitées : poignées d'amour vs calvitie ?) ... Pour en conclure que, ô rage, ô désespoir, on peut être poire ET pomme (ou chauve ET "confortable").

Théorie de mon cru vivement critiquée par exemple sur les yeux clairs : outre la disharmonie de couleurs que cela crée dans le visage (bleu/vert-chair-rouge de la bouche -brun ou blond des cheveux), cela rend extrêêêêêmement mal-aisé toute tentative d'habillement avec plus d'une couleur (sans parler du maquillage, mais comme j'ai déjà perdu la moitié des suffrages jusqu'ici, je m'arrêterai là). Devant vos airs compatissants (?), avouons que cette théorie remporte jusqu'ici peu de soutien, voire plutôt une foule de critiques, évidemment irrecevables car émanant de personnes aux yeux marrons (CQFD).
(Cette histoire d'harmonie colorielle n'est peut-être pas sans lien avec une passion déjà mentionnée pour les mascaras de couleur bleue ou verte ... A méditer).

Enfin, quel bon voyant n'a pas souhaité, même un instant, porter des lunettes un jour ? Pour le regretter dès la première annonce de la découverte de sa myopie/presbytie/etc. et le constat terrible que porter des lunettes, c'est surtout pas pratique.
Version -mais-qu'est-ce-qui-nous-a-pris de ce premier exemple, avec ... l'appareil dentaire, dont on a tous un peu rêvé à la récré en voyant la copine arborer fièrement ses bagues en alu, ... pour finalement pleurer de douleur à la pose des celles-ci et à la vue du sourire qui nous vaudra sûrement le doux sobriquet de "Tchernobyl" pour les 12 prochains mois.

Tant que cela donnera encore une foule d'anecdotes, saluons donc l'importance d'être inconstant !

samedi 6 novembre 2010

Le chagrin


Pour bien comprendre l'ouvrage de Lionel Duroy, il faut d'abord savoir que l'histoire est complètement autobiographique. Aussi, quand en arrivant à la page 10, où parlant de son enfance, il vous caractérise ainsi sa mère: "Maman, que nous méprisions déjà", vous vous dites que l'oeuvre a du faire voler bas les théières chez les Duroy ...
Lionel Duroy fait un état des lieux de son enfance et de l'influence terrible qu'a eue sa mère sur tout le cours de son existence, le poursuivant encore à l'âge adulte. Femme sans les moyens de son ambition de grande dame de Neuilly, mère-pondeuse juste bonne à rechigner contre son mari à qui elle en demande toujours plus, elle impose son rythme à la maisonnée, à ses 10 enfants et son mari surnommé Toto. Celui-ci pour échapper à son couroux, à ses manipulations et mises en scène (faux suicides, annonces d'enfants au seuil de la mort, on en passe et des meilleures), s'enfonce dans une spirale d'endettement qui va se révéler dévastatrice pour toute la famille : d'expulsions en éclairages à la bougies, la vie des enfants Duroy est ponctuée de désillusions sur leur père et leur cadre de vie.

L'autobiographie est un genre difficile car son rendu n'est pas toujours à la hauteur des événements passés : ici, Lionel Duroy excelle, nous serrant parfois le coeur avec ses anecdotes acides sur sa famille. Habitué du genre depuis son précédent ouvrage autobiographique "Priez pour nous", il revient également sur sa vie amoureuse, ses enfants, son travail en tant que journaliste à Libération. Au travers de sa vie, Lionel Duroy parvient surtout à restituer une "Vie Française" qui fait écho à celle de Jean-Paul Dubois, nous faisant retraverser le demi-siècle passé de façon passionnante.

La famille Duroy étant farouchement pétainiste, il évoque l'après-guerre de ses parents, son père un peu honteux de n'avoir commis aucun acte de bravoure pendant cette seconde guerre mondiale, et la haine de sa mère pour De Gaulle. La guerre d'Algérie ravivera les sentiments des parents Duroy tandis que les fils aînés, désormais adolescents se désolidariseront peu à peu des idées de leurs parents, pour embrasser des idées (ologies ?) gauchistes en vogue.

Lionel Duroy a l'intelligence de mêler à ce récit familial son histoire de journaliste d'investigation, revenant sur ces expériences en Nouvelle-Calédonie, en Algérie, à Zagreb etc., évitant à son roman de n'être qu'un brûlot familial. Ses anciens supérieurs hiérarchiques de chez Libération en prennent également pour leur grade, nous laissant un peu intrigués par les conséquences de ses propos ...

Pendant plus de 500 pages, Lionel Duroy nous tient en haleine, grâce au suspense qu'il arrive à ménager sur les réactions de sa famille face à ses deux réquisitoires (celui-ci et le précédent "Priez pour nous"), car comment ne pas penser à leur réaction en lisant ce livre. Une brillante démonstration que l'autobiographie n'est pas toujours narcissique ...

Le chagrin, de Lionel Duroy, aux éditions Julliard.
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