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vendredi 7 janvier 2011

Nos étoiles ont filé

En cette période de préparation de Noël, il est rare d’avoir le temps de se consacrer à un livre, et encore plus rare de se plonger dans un, pour n’en ressortir que la dernière page lue. Pourtant, «Nos étoiles ont filé » réussit cet exploit.

Le sujet est dur, incroyablement dur et on se demande encore où la jeune auteure endeuillée a puisé la force de faire de sa terrible épreuve un document aussi profond et captivant. Le 11 août 2008, Anne-Marie Revol perd ses deux petites filles de 2 et 3 ans, Pénélope et Paloma, lors d’un incendie dans la maison de ses parents où séjournaient les petites. A partir de cette date, l’auteure va écrire chaque jour à ses filles, commençant chacune de ses lettres par un différent surnom pour les désigner : « mes naïades », « mes sucres d’orges », « mes pirates » etc.

Cette histoire, plus que celle d’un deuil, c’est aussi celle de plusieurs amours : l’amour de Anne-Marie Revol envers son mari, ciment de leur reconstruction, de leur survie, amour qui transcende tout le livre et lui donne un souffle incomparable ; l’amour de la narratrice pour ses petites filles disparues évidemment, mais aussi l’amour qu’elle porte à ses parents, à l’encontre desquels elle n’élève jamais le moindre reproche malgré leur proximité le jour du drame.

Au fil des lettres, on revit le drame, les jours qui suivent, l’enterrement, la prise de conscience, les premières résolutions, la résignation, la peine, la colère, les annonces maladroites, les phrases réconfortantes et les phrases coup-de-poignard, l’envie de reconstruire une famille, le premier Noël, les dates anniversaires, les amis sur qui on peut compter et les autres, le nouvel enfant qui pointe son nez, la culpabilité à tout va, la peur, la nouvelle prudence …

Il est difficile d’écrire une critique sur cet ouvrage tant le courage, la force de caractère, la pugnacité de la narratrice, couplés à son écriture légère et fluide nous coupent le souffle à la lecture.

Un document d’une qualité et d’une profondeur rares.

Six mois, six jours

Karine Tuil sait écrire, indéniablement. Cette romancière a une patte, une plume bien à elle, qui sait faire parler Karl Fritz comme s’il était en face d’elle.
Karl Fritz, c’est l’homme de confiance, l’homme à tout faire des Kant, grande famille industrielle allemande, le narrateur par voix interposée de cette histoire tristement surprenante.
Karine Tuil le fait parler, simulant leur rencontre, processus qui a ses limites puisqu’elle l’abandonne avant la fin du livre, repassant à un narrateur omniscient qui vient éclairer les zones d’ombre laissées par Karl Fritz.

Bref. L’histoire de « Six mois, six jours » est celle des Kant, de père en fils, de père en fille. Tout d’abord, l’histoire de Juliana, l’héritière menée en bateau par un gigolo cupide, qui la ridiculisera dans les médias en diffusant leurs ébats.
Mais c’est aussi l’histoire du grand-père Kant, collaborateur nazi disculpé à la Libération, premier mari de Magda Goebbels, et dont les fautes rejaillissent sur ses petits-enfants soixante ans plus tard.

Le problème de « Six mois, six jours », c’est que Karine Tuil se perd dans le fil de son récit, elle hésite entre l’histoire de la dynastie Kant, le fait divers concernant Juliana Kant ou le récit tragique du père adoptif de Magda Goebbels … Elle s’y perd et nous perd en même temps, trop indisciplinée dans son approche et dans sa forme.

Un document intéressant mais qui nous laisse sur notre faim, ne faisant que survoler les sujets, sous couvert de vouloir romancer …

La maison d'à côté


Avec « La Maison d’à Côté », Linda Gardner nous offre un grand polar : un polar que nos voisins, amis, cousins nous ont vu dévorer avidement pendant des heures et des heures, captivé(e) et mutique. Du coup, le message qu’on voulait faire passer se transmet silencieusement : «Attention – Excellent policier – Peut capter toute votre attention pendant les prochains jours ».

« La Maison d’à Côté » raconte la disparition de Sandy, jeune professeure de 23 ans dans la banlieue Sud de Boston. Entourée de sa fille Ree et de son mari Jason, ils forment une famille sans histoire, peu connue des voisins mais généralement appréciée.
La disparition de Sandy vient mettre un grand coup de pied dans la tranquille fourmilière de cette banlieue apparemment sans histoire, révélant un voisin délinquant sexuel, des querelles familiales lourdes d’un passé de maltraitance enfantine, et pour finir un soupçon de pédopornographie en ligne pesant sur Jason, le père. Tout ça a l’air scabreux à souhait énoncé ainsi, mais Linda Gardner ne fait qu’évoquer toutes ces horreurs, nous évitant la description voyeuse de ces sévices.

L’histoire est déroulée par deux voix : celle d’un narrateur omniscient, et celle de Sandy qui narre chapitre après chapitre les événements de sa triste vie qui l’ont conduite à sa disparition. Cette double narration rend le roman bougrement prenant avec un suspense qui nous agace et nous réjouit. Jusqu’au dernier moment, l’auteur nous tient en haleine et ne dévoile rien de SES chutes - et oui, car il y a en plus, plusieurs rebondissements finaux …

On apprécie particulièrement le style de l’auteur : trop souvent les romans policiers nous donnent envie de couper un paragraphe entier et d’aller juste à l’essentiel, la chute du chapitre ; mais ici, non, chaque paragraphe a son sens : pas de verbiage, pas de psychologie de comptoir, mais un style intéressant et efficace.

A lire sans attendre !
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