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dimanche 20 mars 2011

Verdict

Une fois Verdict refermé, on ne peut que faire la comparaison avec le maître du roman juridico-policier, John Grisham. Nous voici plongé, dans la vie de Joel Deveraux, avocat commis d’office, spécialisé dans les affaires de drogue et bientôt promu sur une affaire de meurtre.

Ce roman policier nous emmène dans une cité de Brooklyn, entre trafiquants de drogue, dealers à la petite semaine, drug addicts et criminels en tout genre. Joel Deveraux est chargé de défendre « Strawberry », accusé du meurtre d’un étudiant blanc et de tentative de meurtre sur un autre habitant de la cité.

Notre avocat, supervisé par la brillante Myra, prend son rôle très à cœur et va s’investir corps et âme dans la disculpation de son client. Revisitant à la Grisham les arcanes du système judiciaire américain, Justin Peacock nous plonge dans un procès classique, avec jurés à influencer et procureur déjà en quête de voix pour sa proche réélection. Surtout, l’auteur nous met avec intelligence face au paradoxe de l’avocat de la défense, ici notre héros, qui doit seulement faire naître un doute raisonnable auprès des jurés pour voir son client disculper. A lui alors de trouver des pistes alternatives de culpabilité qui décrédibiliseront peu à peu les accusation portées contre son client.

Justin Peacock sait maintenir le suspense indispensable à tout bon roman policier, avec une pincée d’histoire d’amour et un zeste de violence pour rendre le tout parfaitement haletant. Son héros n’est pas sans faille et on apprécie tout particulièrement cela : ex-héroïnomane pas encore tout à fait désintoxiqué, ancien avocat à succès d’un grand cabinet, il traine avec lui un bon bagage psychologique finement analysé et restitué par l’auteur.

Verdict s’inscrit dans la lignée des très bons romans juridico-policiers américains, grâce à un rythme soutenu et une intrigue bien ficelée ; seul bémol, une dernière pirouette dans l’action un peu tirée par les cheveux, mais on le pardonnera facilement à ce premier roman.

L'hiver des lions


En ouvrant L’Hiver des Lions, malgré toute l’impartialité que l’on s’impose, on ne peut qu’avoir en tête les excellents policiers nordiques de ces dernières années. D’ors et déjà, la comparaison s’avère difficile à tenir, mais on garde l’espoir d’être agréablement surpris.

Malheureusement, L’Hiver des Lions tombe dans le premier travers des romans nordiques, scandinaves et d’autres contrées froides : la complexité des noms qui nous perd dans un tourbillon de consonances finnoises difficiles à distinguer. Entre Joentaa, Mäkelä, Laukkanen, Hämälainen, victimes, criminels et enquêteurs, on s’y perd rapidement et facilement, nous obligeant souvent à revenir quelques pages voire chapitres en arrière pour retrouver nos repères dans la distribution du roman.

L’histoire commence comme souvent par un meurtre, mais pas n’importe lequel puisque la victime est le médecin légiste, collègue des enquêteurs du crime. Nous suivons Kimmo Joentaa, un enquêteur veuf, récemment épris d’une prostituée un peu délurée et sauvage. Comme tous les protagonistes de ce roman, Kimmo traine un certain nombre de casseroles psychologiques un peu lourdes pour son seul personnage : le souvenir de sa femme morte revient régulièrement, refrain un peu entêtant et artificiel dans l’histoire.

Mais ce n’est guère le seul refrain de ce style dans cet ouvrage. Par petits bouts, on découvre les pensées et les actes de l’assassin bientôt quasi-serial killer. Attentif à l’aspect psychologique, l’auteur nous en verse même un peu trop côté pathos et ressentiment. L’invraisemblance, comme trop souvent, reste le principal défaut de cet ouvrage, dont on a du mal, même une fois refermé, à comprendre les motifs et modalités d’action du meurtrier.

Les personnages secondaires sont fouillés mais un peu trop finalement pour un bon roman policier ; Jan Costin Wagner oscille entre polar et roman psychologique, hésitation qui coûte beaucoup à l’ouvrage.

Féroces

Féroces porte bien son nom.
Même si le pluriel nous surprend un peu, car la personne la plus féroce de toutes est indéniablement l’auteur lui-même. Féroce avec ses parents, féroce avec lui-même, féroce avec son passé.

Robert Goolrick revient sur son enfance, sur toutes les conséquences de celle-ci sur sa vie d’adulte désaxé, sur ces traumatismes sur lesquels parents, grands-parents, amis, frères et sœurs ont préféré jeter un voile pudique plutôt que de s’avouer coupable ou complice.
« J’avais pensé que les démons reposeraient enfin. Je pensais que la rage et la haine que les hommes du Sud peuvent ressentir à l’égard de leur père, cette rage et cette haine si anciennes et si atroces qu’elles ne peuvent se décrire, je pensais que tout ce poids s’envolerait de mes épaules et que je serais libre. Je ne l’ai pas été. Pas un jour. Pas une foutue heure ».

Le roman débute par un retour sur l’alcoolisme de ses parents, qui relègue nécessairement leurs enfants au 2ème plan de leurs priorités. Malgré le déclin financier de la famille, Goolrick décrit les tentatives insensées pour sauver les apparences, continuer à donner de fastes réceptions, garder des toilettes apprêtées …
Les enfants eux-mêmes finissent par se prendre à ce jeu terrifiant, à leurs dépens.
« J’aimais voir ma mère dans de beaux vêtements. Je voulais croire que nous étions plus riches que dans la réalité, et mes parents étaient si malheureux que j’aurais inventé n’importe quoi pour leur faire plaisir, même si, comme on me le répéta maintes fois, ils ne montrèrent jamais le moindre signe de fierté ou de gratitude envers quoi que ce soit que j’aie pu faire ».

Après l’enfance, place à la description des conséquences terribles de ce temps malheureux : automutilation, dépression, tentative de suicide, internement etc. On sent bien qu’il y a plus que l’alcoolisme parental derrière tous ces traumatismes. On sent poindre la révélation bouleversante qui n’arrivera finalement que dans les derniers chapitres du livre. On sent aussi et surtout qu’on est un peu mené en bateau par cet auteur qui ne nous dit pas tout des causes avant de livrer le détail des conséquences.

Robert Goolrick use et abuse des retours en arrière et avances rapides dans son récit qui font peu à peu perdre le fil chronologique à son lecteur. L’auteur écrit avec rancune, au fil de la plume et cela dessert son récit pourtant captivant. Entre thérapie et pamphlet contre sa famille, on sent qu’il hésite. La frontière est floue concernant les motivations de l’auteur : dénonciation ou libération ?
Malgré un début prometteur, Goolrick tombe dans une noirceur et un cynisme dérangeants, qui laissent à ce livre un goût amer.

N'ouvrez pas ces archives !

Il est rare qu'un document vous captive autant par son suspense et son rythme haletant, pourtant Kati Marton reusit ce tour de main avec N'ouvrez pas ces archives.

Americaine née dans le Budapest d'après-guerre, Kati Marton raconte son enfance dans la Hongrie communiste, entre ses deux parents correspondants pour des agences de presse américaines.
Surs de leur bon droit, ceux-ci ne manquent aucune réception de l'ambassadeur americain Randvall, invitent les autres correspondants de presse à diner, paradent en tenues et accessoires aux couleurs vives des biens de l'Ouest, sans comprendre que tout cela leur forge à leur insu un parfait profil d'espion et d'ennemi du peuple aux yeux des communistes au pouvoir.

Kati Marton revient d'abord sur les années de relative insouciance dans ce Budapest qu'elle décrit si joliment, depuis le café Gerbeaud où se sirotent des chocolats chauds jusqu'à l'hôtel Duna qui accueille les réunions de presse.
En 1955, à force d'insouciance et parfois d'imprudence, Endre Marton est emprisonné, bientôt suivi par sa femme Ilona, laissant leurs deux petites filles seules. Méfiance et suspicion sont alors les valeurs clés de l'époque et les filles Marton ont bien du mal à trouver des gens prêts à s'occuper de ces enfants d'ennemis de classe.
Kati Marton revient ensuite sur la révolution écrasée de 1956 et le faisceau d'événements qui a conduit les Marton à fuir avec succès aux USA.
Des années plus tard, Kati Marton a retouvé les archives de l'AVO, la terrible police secrète de l'époque et redécouvre ce qui est reellement arrivé à ses parents, eux qui avaient toujours ete si discrets sur cette période de leur vie.

Avec cet ouvrage, Kati Marton fait découvrir ce pan de l'histoire à la fois connu - la guerre froide, et méconnu - la situation hongroise des années 50, à travers les aventures des Marton, parfaitement représentatives de l'époque.

Un document formidable à découvrir sans tarder!
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