Compteur gratuit THE A-LIST: Féroces

dimanche 20 mars 2011

Féroces

Féroces porte bien son nom.
Même si le pluriel nous surprend un peu, car la personne la plus féroce de toutes est indéniablement l’auteur lui-même. Féroce avec ses parents, féroce avec lui-même, féroce avec son passé.

Robert Goolrick revient sur son enfance, sur toutes les conséquences de celle-ci sur sa vie d’adulte désaxé, sur ces traumatismes sur lesquels parents, grands-parents, amis, frères et sœurs ont préféré jeter un voile pudique plutôt que de s’avouer coupable ou complice.
« J’avais pensé que les démons reposeraient enfin. Je pensais que la rage et la haine que les hommes du Sud peuvent ressentir à l’égard de leur père, cette rage et cette haine si anciennes et si atroces qu’elles ne peuvent se décrire, je pensais que tout ce poids s’envolerait de mes épaules et que je serais libre. Je ne l’ai pas été. Pas un jour. Pas une foutue heure ».

Le roman débute par un retour sur l’alcoolisme de ses parents, qui relègue nécessairement leurs enfants au 2ème plan de leurs priorités. Malgré le déclin financier de la famille, Goolrick décrit les tentatives insensées pour sauver les apparences, continuer à donner de fastes réceptions, garder des toilettes apprêtées …
Les enfants eux-mêmes finissent par se prendre à ce jeu terrifiant, à leurs dépens.
« J’aimais voir ma mère dans de beaux vêtements. Je voulais croire que nous étions plus riches que dans la réalité, et mes parents étaient si malheureux que j’aurais inventé n’importe quoi pour leur faire plaisir, même si, comme on me le répéta maintes fois, ils ne montrèrent jamais le moindre signe de fierté ou de gratitude envers quoi que ce soit que j’aie pu faire ».

Après l’enfance, place à la description des conséquences terribles de ce temps malheureux : automutilation, dépression, tentative de suicide, internement etc. On sent bien qu’il y a plus que l’alcoolisme parental derrière tous ces traumatismes. On sent poindre la révélation bouleversante qui n’arrivera finalement que dans les derniers chapitres du livre. On sent aussi et surtout qu’on est un peu mené en bateau par cet auteur qui ne nous dit pas tout des causes avant de livrer le détail des conséquences.

Robert Goolrick use et abuse des retours en arrière et avances rapides dans son récit qui font peu à peu perdre le fil chronologique à son lecteur. L’auteur écrit avec rancune, au fil de la plume et cela dessert son récit pourtant captivant. Entre thérapie et pamphlet contre sa famille, on sent qu’il hésite. La frontière est floue concernant les motivations de l’auteur : dénonciation ou libération ?
Malgré un début prometteur, Goolrick tombe dans une noirceur et un cynisme dérangeants, qui laissent à ce livre un goût amer.

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