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lundi 1 septembre 2014

L'institutrice d'Izieu



Prix des lectrices de ELLE 2015 - sélection d'août Document

Ce livre retrace l'histoire de la rafle de la colonie d'Izieu - ses 44 personnes dont 41 enfants saisis au matin du 1er jour des vacances de Pâques 1944, sous l'angle de l'institutrice qui leur fit la classe pendant les 5 mois précédant la rafle.

Il m'a semblé à la lecture du livre que l'angle de l'institutrice n'était en fait qu'un prétexte pour écrire un document sur ce terrible épisode de l'histoire. Or s'il est tout à fait louable de vouloir faire connaître celui-ci, l'angle choisi - qui se voulait sans doute original et sorti des sentiers battus par les précédents livres, m'a paru appauvrir le sujet en nous l'éclairant des yeux d'un témoin les moins directs et décisifs.

En effet, à la lecture du document, j'ai découvert avec stupeur le détail de la rafle mais également la longue marche vers la reconnaissance de ce crime, l'arrestation et l'inculpation des coupables - dont le tristement célèbre Klaus Barbie.
On y apprend également avec étonnement le rôle clé de cet épisode de l'histoire pour condamner Klaus Barbie, lui qui avait déjà été condamné par contumace pour nombre de faits sordides et qui ne pouvait donc être rejugé que pour des faits nouvellement mis au jour.

Dominique Missika retranscrit avec vivacité les moments précédant la rafle - les enfants à la fois inquiets et débrouillards, mais aussi le désarroi qui suivra pour tous les témoins du petit village.

Or dans tout ce récit, le personnage de l'institutrice ne joue qu'un rôle mineur qu'elle-même la première n'a jamais pensé à revendiquer autrement. Alors pourquoi la choisir pour nous faire entrer dans cette histoire alors qu'il y a tant de personnages qui éveillent bien plus notre curiosité et notre admiration, à commencer par la directrice de la colonie, Suzanne Zlatin, véritable héroïne qui, absente au moment de la rafle, n'aura de cesse de traquer les coupables et de vouloir honorer la mémoire des disparus d'Izieu. On pourrait parler également du sous-préfet qui aida la colonie à s'installer, de la monitrice Léa Feldblum survivante des camps etc.
L'institutrice n'a connu les enfants que 5 mois, n'a pas assisté à la rafle, n'a été entendu comme témoin dans aucune déposition ni procès sauf celui de Barbie pour dire que les enfants avaient l'air heureux, a vécu le reste de sa vie très attachée à Izieu mais sans jamais s'investir dans la traque des coupables ou la mise en relation avec les parents survivants.

Un bon document sur la rafle d'Izieu mais il existe sûrement des récits avec un angle plus intéressant sur le sujet.


L'institutrice d'Izieu, de Dominique Missika - Seuil

Les douze tribus d'Hattie


Prix des lectrices de ELLE - sélection d'août Roman

Au travers de ces douze tribus - qui sont en fait ses douze enfants, est dépeint en creux le destin de Hattie, femme au foyer à poigne, femme noire dans une Amérique ségrégationniste en mutation.

Si le roman ne se focalise pas vraiment sur Hattie, c'est en négatif qu'on voit apparaître son personnage et qu'on découvre les épreuves qui l'ont forgée et faite évoluer.

Ayana Mathis ouvre le bal en 1925 avec les deux premiers-nés, les jumeaux Philadelphia et Jubilee qui décèdent encore bébés de pneumonie par manque de pénicilline. Cet épisode inaugural donne le la - la vie de Hattie ne sera pas un long fleuve tranquille. Il permet aussi de mieux comprendre le caractère de Hattie, cette femme de l'essentiel, qui n'aura de cesse de subvenir aux besoins de ses enfants, de les pousser à se dépasser, elle qu'ils surnomment le Général - alors que son mari August faillit souvent à ses devoirs de père.
"Hattie savait que ses petits enfants ne la considéraient pas comme quelqu'un de gentil et peut-être ne l'était-elle pas mais quand ils étaient petits, il n'y avait pas beaucoup de temps pour les sentiments. Elle leur avait fait défaut dans des domaines essentiels mais à quoi cela aurait-il servi de passer les journées à les serrer contre elle et les embrasser s'ils n'avaient rien eu à se mettre dans le ventre".

On passe ensuite directement en 1948, sur les pas du fils volage Floyd et le roman s'achève finalement en 1980, le temps pour l'auteur de nous avoir brossé finement le portrait d'un (presque) siècle aux États-Unis.
En suivant les différents enfants de Hattie, on découvre un rythme de vie et des inquiétudes d'époques révolues, la condition de la femme, les ambitions d'une génération.
Tous les enfants ne se ressemblent pas loin de là, et Ayana Mathis a la grande intelligence de nous éviter tout systématisme dans son récit: chaque tribu et donc enfant est dépeint à un âge différent, dans des circonstances changeantes - à la maison, loin, parfois en étant le centre du récit ou d'autres fois en étant au contraire un personnage secondaire.

Autre point fort du roman, malgré le sujet et l'époque, Ayana Mathis ne cherche pas à faire du sensationnalisme, à relier à tout prix ce qu'on connaît des difficultés de l'Amérique ségrégationniste à son récit, évitant ainsi de faire tomber ses épisodes de tribus dans le déjà-vu ou le sordide - l'Histoire ne vient jamais prendre le pas sur cette histoire de famille que souhaitait raconter Ayana Mathis.

Enfin, l'auteure a une écriture très fluide - avec un sens du détail et du mot bien choisi qui ravissent le lecteur (il faut rendre ici hommage à la traduction également).

Un très beau livre (avec toutefois des tribus parfois inégales - mais personne n'est parfait.)

Les douze tribus d'Hattie, d'Ayana Mathis chez Gallmeister.

mercredi 11 juin 2014

Le Prince des Marées


Les livres très volumineux ont ce double avantage qu'on a moins de scrupules à les arrêter si on n'est pas séduit dans les cinquante premières pages, et qu'on peut se réjouir par avance d'un plaisir durable s'ils s'annoncent prometteurs.
Le Prince des Marées tombe dans la deuxième catégorie.

Pat Conroy (c'est un homme) nous entraîne dans le Sud profond insoupçonné des Etats-Unis, celui de la Caroline du Sud et ses petits villages et marais façon Mud, où l'on a plutôt tendance à s'enorgueillir d'un passé d'escalavagiste que de l'avancée des droits civiques. 
Le Prince des Marées retrace la saga familiale des Wingo dans ce Sud-là, à travers les yeux de Tom, le fils cadet : on y suit son enfance entre la mère arriviste et fière, le père violent, son aîné Luke le doux costaud idéaliste et sa jumelle Savannah, la poétesse illuminée.

L'histoire débute alors que les trois enfants sont déjà adultes : à la suite d'une nouvelle tentative de suicide de Savannah, Tom part pour New York au chevet de sa soeur et se retrouve à aider sa psy à retracer les différents traumatismes d'enfance de Savannah. L'histoire se dessine ensuite d'avant en arrière, alternant épisodes passés et récit au présent, construisant un patchwork qui finit par reconstituer toute l'histoire avec brio. L'auteur nous révèle peu à peu toute la complexité des liens entre les personnages, les non-dits qui étouffent, la bienveillance (fréquente) des uns, la malveillance (tout aussi fréquente) des autres.  On suit donc Tom, Savannah et Luke à travers leur enfance, pour remonter comme à rebours jusqu'au "drame originel" qui achèvera d'éclairer les dernières zones d'ombre restantes.
Il y a certainement de la virtuoisité et une grande finesse de la part de l'auteur, à ne jamais rentrer dans une description blanc/noir de ses personnages et de nous laisser ainsi dans une ambivalence beaucoup plus intéressante (et conforme à la réalité ?)

Loin d'être uniquement le récit grave d'un drame, ce roman offre de nombreuses parties humoristiques et réjouissantes. Pat Conroy dévoile par exemple des personnages secondaires géniaux et ultra-travaillés: le grand-père mystique, la grand-mère globe-trotteuse, le violoniste virtuose et pervers narcissique ...
Il y a enfin quelques scènes truculentes, dépeintes avec un incroyable réalisme permettant de se les figurer plus vraies que nature et en même temps totalement loufoques - notamment celles où le grand-père Wingo décide, à la suite d'un pari, de parcourir en ski nautique les 40 kms du canal malgré ses 80 ans bien sonnés.

Assurément un très grand livre, avec du suspense et l'envie d'en savoir plus à chaque page.
(On est même - pour notre plus grand plaisir, mené en bâteau par l'auteur concernant le sort du grand frère - que pour ma part, j'ai cru avoir deviné pendant une bonne partie du livre avant de me rendre compte que je m'étais complètement fourvoyée)


 Merci à Annabelle pour la découverte

lundi 24 septembre 2012

Les Patriarches




Les Patriarches est un roman qui va crescendo, se dit-on en refermant le livre.
Ca commence doucement, par l'enquête de Denise Maisse, jeune fille timide et peu sûre d'elle, sur quelques mois obscurs  de la vie de son père, ce trou de l'année 1985 que personne ne veut combler pour elle. Heureusement, elle a trouvé par hasard une personne qui peut l'aider à mettre des mots sur cette période, un certain Gérard Rambert, dont la connexion n'est pas encore clairement établie avec feu Patrice Maisse.
Mais voilà, Gérard, plutôt que de répondre à la curiosité de la jeune fille, élude avec force bavardage sa question, en lui racontant mille et une anecdotes sur sa vie avant et après la période concernée, mais sans jamais se laisser aller à mentionner 1985.

La pelote de laine de l'histoire se détricote au fur et à mesure, par petites touches successives jusqu'à la révélation finale, dont on ne dira rien ici de peur de gacher le plaisir au lecteur éventuel. Il suffit de savoir que contrairement à la plupart des livres qui misent tout sur une chute, ici, on ne s'empresse pas de découvrir la fin car le récit intermédiaire ne sert pas seulement la chute mais démontre une telle habileté qu'on n'a guère de hâte de finir le roman.

Anne Berest nous offre une écriture précise et un rien fantaisiste, qui sollicite pleinement l'imagination du lecteur, recréant des scènes fortes et quasiment visuelles pour le lecteur tant la description y est juste. On ne citera que l'exemple de la virée de Denise sur les routes de l'Ouest de la France pour accompagner un photographe célèbre faire une livre de photos sur les ronds-points : moment truculent à souhait !
Avec Denise, mais également avec Patrice son père, homosexuel des années pré-sida qu'on découvre en filigrane tout au long du livre, l'auteure crée des personnages forts et attachants, qu'on sent mûrement pensé avant l'écriture du roman.

Bonne surprise de la rentrée littéraire 2012 !

mardi 18 septembre 2012

D'Acier



Parfois, on se dit qu'on n'est pas passé loin de louper une lecture extraordinaire, à toujours s'arrêter uniquement sur la couverture d'un livre. Un an que je voyais ce "D'Acier" un peu partout dans les coups de coeurs de mes libraires, refusant de m'y atteler par manque d'atomes crochus avec le dessin en couverture ... Bien m'en a pris finalement !

D'acier démarre sur les chapeaux de roue, avec une première scène décrite comme une observation à la jumelle : un père inquiet espionnant sa fille adolescente Francesca s'amuse au bord de l'eau avec sa meilleure amie. On est en Italie dans les années 2000, dans la Toscane ouvrière  - qu'on connait si peu, eclipsée par celle touristique, nettement plus attrayante ; et avec cela le décor est planté.
Anna la brune et Francesca la blonde sont inséparables, deux adolescentes presque encore enfants qui goûtent les joies de l'été et la baignade dans leur petite ville industrielle de Piombino. Leurs familles sont comme toutes celles de la ville intimement liées à la Lucchini, l'aciérie qui fait travailler tous les hommes de la région. Entre scène à l'usine et à la ville, on se délecte à suivre Anna et Francesca, leurs frères, leur père, leur mère et ami(e)s, tenter tant bien que mal de s'en sortir dans l'univers et l'avenir plutôt sombre réservés aux habitants de Piombino.
Il y a ceux qui se soumettent à cet avenir tout tracé : Enrico, le père brutal, Rosa, la mère asservie, Alessio, le frère beau gosse, Mattia, l'ami résigné... et ceux qui rêvet d'autre chose, de l'île d'Elbe ou de l'université : Anna, Elena, Cristiano, Sandro, Arturo ...

On se repaît de cette description d'une jeunesse désillusionnée et désoeuvrée, dont la justesse tient sans doute à la propre expérience de l'auteure, originaire de Piombino.
Ce qui donne au récit son autre intérêt, outre le contexte des hauts fourneaux, repose évidemment sur l'amitié entre Anna et Francesca, entre celle qui par ses bonnes notes et ses ambitions a pu entrer au "lycée classique" et Francesca perdue et amoureuse, qui n'a de rêve que d'être Miss Italie.

Loin de s'adresser uniquement aux jeunes filles en fleur, au contraire, D'Acier étreint par la puissance de son écriture. Son sommet est atteint sans aucun doute dans une des dernières scènes du livre,où l'imminence d'une catastrophe est si bien rendue par l'auteure, nous plongeant intégralement dans l'ambiance de l'usine, le bruit assourdissant des poches d'acier fumantes et l'affairement des ouvriers qui prélude au drame.

(Disponible en poche).

mardi 1 mai 2012

Autant en emporte le vent


J'avais pourtant déjà vu le film mais le livre ne m'en a pas moins conquise.
Scarlett O'Hara, figure mythique de mon enfance : il y avait pourtant de quoi être déçue tant les attentes étaient grandes. Prudente, j'ai commencé par n'acheter que le tome I, pour parer à toute déconvenue. Bien mal m'en a prise, je me retrouvais complètement accro dès les 2 premiers chapitres de ce premier tome, en quête désespérée des deux suivants, évidemment introuvables dans les premières librairies que j'essayais. Mon impatience me fit avoir raison de la suite en moins d'une semaine, alors qu'il s'agissait tout de même de deux beaux pavés de 500 pages chacun.

Autant en emporte le vent, pour les chanceux qui n'ont ni vu le film ni lu le livre, c'est l'histoire captivante qu'une jeune fille sudiste à l'heure de la guerre de Sécession. Fille de riches planteurs de coton, elle vit à Tara, la propriété familiale, dans une insouciance et une opulence qui contrasteront bien vite avec les temps durs de la privation et de la pauvreté de la guerre imminente.
Le noeud du récit, c'est bien sûr cette histoire d'amour impossible entre notre Scarlett, impétueuse, fougueuse, têtue et Ashley Wilkes, jeune homme cultivé, rêveur et idéaliste, qu'elle ne cessera de poursuivre pendant le récit. Déçue de le voir se marier avec sa promise de toujours, la douce Mélanie au visage en forme de coeur, Scarlett riposte sans demi-mesure, dans un sursaut d'orgueil, en s'unissant au frère de Mélanie, le chétif Charles Hamilton, pour lequel Scarlett n'éprouve au mieux que pitié, au pire du mépris. Le décor est planté, l'histoire peut vraiment commencer.
Le temps de lui faire un enfant, et Charles meurt sur le front contre les Yankees, d'une héroïque pneumonie. Scarlett se retrouve donc à cohabiter avec Mélanie, qui attend fébrile des nouvelles de son Ashley lui aussi sur le front. Commence alors leur vie à Atlanta, la solitude de Scarlett qui enfermée dans son rôle de veuve, se morfond de ne ne plus pouvoir se conduire comme la jeune fille insouciante qu'elle était encore il y a peu. Mais la rencontre avec Rhett Butler va tout changer ... Assez pour mettre l'eau à la bouche, n'en disons pas plus.

Autant en emporte le vent emballe par son récit rythmé, ponctué d'événements tragiques qu'on vit comme si on y était - la fuite d'Atlanta en flamme, la déroute du déserteur-pilleur Yankee, l'attaque dans les bois par les affranchis, avec des ellipses qui surviennent toujours au bon moment pour alléger le récit. Il y aussi et surtout ces dialogues fantastiques, ce ping-pong verbal permanent entre Scarlett et Rhett, son alter-ego masculin, qui se chamaillent et se cherchent, se piquent et se séduisent, se trahissent et s'unissent. Scarlett et Rhett, ou la genèse des histoires d'amour modernes faites de fuites et de poursuites.
Particulièrement travaillé, le personnage de Scarlett est tout en facettes finement ciselées : la prétentieuse, l'ambitieuse, l'amoureuse, la courageuse, mais aussi la manipulatrice, la peu scrupuleuse, l'envieuse, l'égoïste ... Perpétuellement tiraillée entre sa soif de pouvoir et d'argent et sa fidélité à l'enseignement maternel fait d'humilité et de respect, on la voit hésiter, trébucher, avancer puis reculer sur les différents chemins que lui ouvrent les événements difficiles de l'époque. En plus de Scarlett et du génial Rhett, une multitude de personnages secondaires attachants enrichissent encore le récit : la douce Mélanie donc, mais aussi le pleutre Ashley, la chaleureuse Mama, l'acariâtre Mlle Pitty etc.

Autant en emporte le vent n'est pas qu'une histoire d'amour qui s'inscrit dans un cadre historique, mais c'est aussi le récit en filigrane d'un temps de l'histoire américaine plutôt méconnu de ce côté-ci de l'Atlantique. Qui plus est ainsi conté avec l'oeil sudiste, il propose un point de vue à contre-pied de nos croyances habituelles sur la guerre de Sécession : les Sudistes ne sont pas seulement de méchants esclavagistes et les Yankees de bons abolitionnistes. Le récit de l'après-guerre vaut à lui seul le détour, pour son analyse subtile de la rancoeur des perdants, du triomphalisme des vainqueurs, de cette reconstruction pleine d'humilité qui s'opère petit à petit.

Il n'y en a pas beaucoup des livres de 1500 pages qui vous tiennent captifs d'un bout à l'autre, il serait dommage de louper l'un d'entre eux ...


dimanche 15 janvier 2012

Mon traître



Avec la sortie du nouvel opus de Sorj Chalandon qui avait l'air fort alléchant, les conditions semblaient propices pour se lancer enfin dans le premier de ses romans sur l'IRA : Mon traître.


L'auteur nous fait suivre Antoine, jeune luthier parisien, devenu passionné par l'Irlande à la suite d'un voyage qui l'a laissé amoureux de la contrée. Pas seulement pour ses beaux paysages mais aussi et surtout du fait des gens qu'il y rencontre : Jim O'Leary, sa femme Cathy, Tyrone Leehan, et tous les autres membres de l'IRA qu'il croise au hasard des pubs. Il découvre peu à peu leur engagement dans le combat républicain, les sacrifices que celui-ci implique, la difficulté de la vie quotidienne dans les quartiers catholiques de Belfast mais aussi la joie de vivre irlandaise et cet accent incompréhensible qui le fait chavirer.


Antoine s'éprend amicalement du charismatique Tyrone Leehan, dont on sait d'emblée qu'il est "son" traître, celui qui a trahi l'IRA secrètement pendant plus de 20 ans. L'amitié des deux hommes se noue au fil des visites d'Antoine à Belfast, au fur et à mesure de son implication dans ce qu'il croit être le combat de Tyrone. En parallèle de cette amitié, Sorj Chalandon distille les grands faits de l'histoire de l'IRA, de la grève de la faim de Bobby Sands à la mort de Connolly, nous donnant un excellent aperçu du contexte irlandais de ces années-là.


Sorj Chalandon ne répond volontairement pas à la question qui tarabuste le lecteur ni le héros : pourquoi Tyrone Meehan a-t-il trahi, nous laissant nous imaginer les raisons qui pouvaient être les siennes. Pourtant on sent la profonde réflexion de l'auteur sur le sujet, depuis les petites lâchetés du quotidien jusqu'à la trahision des grandes causes.

"Il a dit qu'un bon traitre était un homme heureux, choyé, considéré par ses nouveaux maîtres. Qu'il avait besoin de reconnaissance et qu'on lui en donnait. Il a dit qu'un bon traître ne pouvait pas haïr l'autre camp. Qu'on ne pouvait le tenir ni par la force ni par le chantage. Que le chantage et la force le rendaient volatil, versatile, fragile et sans valeur pour l'ennemi"


L'activité professionnelle d'Antoine ajoute de la poésie au livre, décrivant ce véritable art qu'est celui du luthier dans des pages pleines de précision et de musique. Cette poésie permet d'adoucir le constat brutal de la trahison de Tyrone pour le héros, préoccupé principalement de savoir si Tyrone lui mentait également sur l'affection qu'il lui portait. Ces alternances de poésie et de noirceur en font un roman très mélancolique et tout à fait prenant, qu'on dévore en deux jours, content de savoir qu'il y a un second tome qui nous attend.


Mon traître de Sorj Chalandon

puis Retour à Killybegs de Sorj Chalandon.
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