Le météorologue est un très bon exemple de récit qui arrive à dévoiler toute une époque à travers le destin d'un seul individu. Ici, il est question du météorologue Alexei Féodossievitch Vangengheim et des terribles périodes de répression et de traques aux coupables à tout prix des années 30 en URSS.
Ce qui frappe
tout d'abord dans ce livre c'est le style de l'auteur : très bien écrit, poétique
et souvent avec un certain humour ; Olivier Rolin m'a rappelé Emmanuel Carrère
pour la fascination pour la Russie et Philippe Jaenada pour certaines sorties
ironiques savoureuses. "Katia, la
patronne, était une personne charmante, extrêmement rieuse (ce qui, je dois
l'admettre en dépit d'une russophilie que certains amis feignent de me
reprocher, n'est pas si fréquent là-bas), mignonne (je crois que conviendrait
dans son cas l'épithète un peu désuet "gironde") poussait l'amabilité
jusqu'à prétendre que je m'exprimais très bien dans sa langue".
Vangengheim est
justement l'incarnation de cette force soviétique qui frappe à l'aveuglette,
cette Guépéou impitoyable car hasardeuse, et qui ne va pas l'épargner lui, le
communiste convaincu, chercheur renommé, météorologue de talent. "Il est membre du Parti. C'est un
bourgeois communiste, il siège dans une foule de comités et de sous-comités, de
présidiums, de conseils scientifiques ; on s'y perd. […] Dans la Grande
Encyclopédie Soviétique, il est juste avant Van Gogh"
Ce que souligne
avec brio dans ce récit Olivier Rolin, c'est également l'emballement de cette
machine faussement judiciaire, de ce simulacre de justice, qui va se retourner
contre tous ceux mêmes qui nourrissait la bête – sans qu'on ait évidemment la
moindre pitié vis-à-vis des bourreaux devenus victime, la frappe à l'aveuglette
n'épargnant personne. "Les deux
officiers qui avaient signé son acte d'accusation furent fusillés l'un en 1939,
l'autre en 1937. Le chef de la Guépéou qui avait signé l'ordre d'arrestation
fut fusillé en 1938 après s'être reconnu coupable (notamment) d'avoir
empoisonné Gorki. It's a tale told by an idiot, full of sound and fury,
signifying nothing."
L'autre aspect
déconcertant que soulève ce récit réside dans la foi inébranlable qui semble
animer Vangengheim quant à une erreur de bonne foi sur son inculpation et sa
persistance à croire dans le bolchévisme et au fait que l'erreur sera réparée.
"Je lutte pour garder ma force
d'âme, je ne veux pas perdre confiance dans le parti et le pouvoir soviétique.
[…] Je vais écrire encore à Staline et Vorochlov, est-ce que cela donnera
quelque chose, je n'en sais rien mais c'est mon devoir devant le Parti et le
pays"
"La première année a été celle de la
certitude que la vérité éclaterait et que cesserait ce cauchemars sans but et
sans raison. La 2ème année la certitude a laissé place à l'espoir. La 3ème
année est passée, où il n'y a plus ni certitude ni espoir, bien que je n'aie pas
renié mes convictions, que je pense toujours que les dirigeants ne sont pas au
courant."
Olivier Rolin
mène une sorte d'enquête pour retranscrire l'état d'esprit de cet homme grâce à
sa correspondance avec sa femme, qui devra attendre plus de 18 ans pour
connaitre son sort ; mais également pour pouvoir raconter la fin terrible –
sous cette période malheureusement si bien nommée de la Grande Terreur.
Le petit + : les
photos des herbiers préparés par Vangengheim pour sa fille pour lui apprendre à
compter.
Le météorologue,
d'Olivier Rolin chez Seuil / Paulsen

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