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dimanche 20 mars 2011

N'ouvrez pas ces archives !

Il est rare qu'un document vous captive autant par son suspense et son rythme haletant, pourtant Kati Marton reusit ce tour de main avec N'ouvrez pas ces archives.

Americaine née dans le Budapest d'après-guerre, Kati Marton raconte son enfance dans la Hongrie communiste, entre ses deux parents correspondants pour des agences de presse américaines.
Surs de leur bon droit, ceux-ci ne manquent aucune réception de l'ambassadeur americain Randvall, invitent les autres correspondants de presse à diner, paradent en tenues et accessoires aux couleurs vives des biens de l'Ouest, sans comprendre que tout cela leur forge à leur insu un parfait profil d'espion et d'ennemi du peuple aux yeux des communistes au pouvoir.

Kati Marton revient d'abord sur les années de relative insouciance dans ce Budapest qu'elle décrit si joliment, depuis le café Gerbeaud où se sirotent des chocolats chauds jusqu'à l'hôtel Duna qui accueille les réunions de presse.
En 1955, à force d'insouciance et parfois d'imprudence, Endre Marton est emprisonné, bientôt suivi par sa femme Ilona, laissant leurs deux petites filles seules. Méfiance et suspicion sont alors les valeurs clés de l'époque et les filles Marton ont bien du mal à trouver des gens prêts à s'occuper de ces enfants d'ennemis de classe.
Kati Marton revient ensuite sur la révolution écrasée de 1956 et le faisceau d'événements qui a conduit les Marton à fuir avec succès aux USA.
Des années plus tard, Kati Marton a retouvé les archives de l'AVO, la terrible police secrète de l'époque et redécouvre ce qui est reellement arrivé à ses parents, eux qui avaient toujours ete si discrets sur cette période de leur vie.

Avec cet ouvrage, Kati Marton fait découvrir ce pan de l'histoire à la fois connu - la guerre froide, et méconnu - la situation hongroise des années 50, à travers les aventures des Marton, parfaitement représentatives de l'époque.

Un document formidable à découvrir sans tarder!

mardi 19 octobre 2010

Mémoires à contre vent


Drôle d’objet littéraire que cet ouvrage du célèbre journaliste Peter Adam : des mémoires de vie aussi bien remplies ne sont pas légion dans les rayons des librairies françaises.

Durant 450 pages, nous voilà donc replongés dans la vie de Peter Adam depuis son enfance de jeune Juif sous l’Allemagne nazie jusqu’à son apogée de journaliste. Polyglotte, voyageur frénétique, réalisateur, baroudeur aux mille métiers, ami de la jet set et des artistes, Peter Adam fascine.

On suit, captivé, ses rencontres avec les plus grands intellectuels et artistes du siècle : Sartre, Thomas Mann, Visconti, Sagan etc. mais le récit le plus intéressant reste sans doute celui des années 40 : on découvre un point de vue rare, celui d’un enfant « Mischlinge » (né d’un parent juif et d’un parent non-juif) sous Hitler. Passant des premières lois raciales à l’après-guerre, Peter Adam offre sur cette période un témoignage peu banal, mettant en lumière la difficulté d’être à la fois vainqueur et perdant de la guerre, en tant que juif survivant allemand. Son récit de l’immédiate après-guerre puis de la reconstruction de l’Allemagne propose un éclairage au rendu inhabituel sur cette période.

La suite du document a du mal à convaincre autant que ce passionnant début, s’enlisant souvent dans un name-dropping malheureux. Peter Adam impressionne par sa formation, ses brillantes études, la finesse de son analyse, sa culture et sa prose, mais semble vouloir justifier de ses extraordinaires qualités par l’étalage de ses illustres camarades, plutôt que de disséquer profondément ses centres d’intérêt.

Dommage, car le brio de l’auteur transparait sans nul doute dans tout son témoignage.
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