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jeudi 23 avril 2015

Angor



Angor effraye un peu de prime abord par sa masse imposante et sa couverture relativement terrifiante mais on reconnait bien là la marque des policiers de Franck Thilliez ; puis Angor effraye d'autant plus une fois que vous avez le nez dedans : crimes abominables, meurtriers sans scrupules et enorgueillis de leurs atrocités, ambiances glauques et catacombes...

Angor a le double mérite d'être 1) un policier très bien ficelé et 2) de se parcourir d'une traite (ce qui est certes le corollaire du premier) malgré ses 600 pages bien tassées. On y suit l'enquête de Sharko et Lucie, le couple de jeunes parents de la brigade criminelle du 36 quai des orfèvres, suite à la découverte d'une jeune femme retenue captive dans une cave-grotte, découverte au hasard du déracinement d'un arbre pendant une tempête.
De là, on sillonne la France, l'Espagne, l'Argentine à la poursuite d'indices et de pistes plus ou moins prometteuses.

Franck Thilliez suit une construction millimétrée qui permet à chaque chapitre de distiller à la fois suspense et poire pour la soif d'avancement du lecteur, mais peut paraitre du même coup un peu trop calculé ou rigoureux :  une nouvelle information à chaque chapitre qui se "paye" aussitôt par une nouvelle question qui se pose pour les enquêteurs. Cette caractéristique, de même que l'abondance de détails sordides contribuent à ne pas m'emballer pleinement sur ce roman policier - qui par ailleurs, rappelons-le en toute bonne foi, fonctionne vraiment très bien !

Angor, de Franck Thilliez chez Fleuve Noire

jeudi 26 février 2015

Vongozero

 
 
Quel roman d’aventures haletant proposé ce mois-ci par le Prix ELLE ! Dans la digne lignée du Village précédemment encensé ici, tant pour la  localisation russe que pour le bon sens de ses personnages, Vongozero captive et tient le lecteur en haleine malgré l’épaisseur du livre.
Yana Vagner nous concocte ici un récit comme je les aime d’apocalypse réaliste façon Malevil ou La Route. Ici point de catastrophe nucléaire mais une épidémie  galopante d’une sorte de pneumonie fatale qui dévaste Moscou en quelques semaines. Observant cela, Anna et son mari Serguei hésitent sur la conduite à tenir ; il leur faudra l’intervention de Boris, le père d’Anna pour les convaincre de fuir le mouroir où ils résident avant qu’il n’y ait plus que pillards et malades dans les rues. Leur direction : Vongozero, un lac au nord du pays, à la frontière avec la Finlande où Serguei et Boris avaient l’habitude d’aller pêcher.
Dans leur équipée, ils s’adjoignent Micha, le fils d’Anna, Irina et Anton, l’ex-femme et le fils de Serguei, et leurs voisins Dimitri et Marina dont la maison s’est déjà faite vandalisée.
Entre le risque de contamination, les éléments naturels peu cléments de l’hiver russe, le manque de carburant et de nourriture, et enfin les pillards, on suit les pérégrinations d’Anna et les autres à travers la Russie sans jamais s’ennuyer grâce à un rythme excellemment maitrisé et des personnages attachants et au bon sens réjouissant.
A lire si vous avez aimé Malevil ou La Route.
 
Vongozero, de Yana Vagner, éditions Mirobole

mardi 28 octobre 2014

La faute



 
Encore un excellent roman policier qui ne sombre pas dans le sordide avec force détails macabres et où les femmes et la psychologie ont la part belle. (Bref, ce n'est pas sans rappeler Les Mères, chroniqué il y a peu)

Le titre anglais du roman dit mieux ce qui s'y cache : "Just what kind of mother are you ?". L'auteur raconte d'ailleurs dans ses remerciements qu'en voyant à la télé un reportage sur une mère qui avait oublié son bébé dans la voiture en plein soleil, elle avait eu envie de faire un roman sur toutes ces mères débordées – au nombre desquelles elle-même la première, qui par fatigue, trop-plein de tâches domestiques à penser peuvent commettre une étourderie fatale.

Dans La Faute, l'étourderie de Lisa – qui a oublié que Lucinda devait venir dormir chez elle après la classe, est à l'origine de la disparation de l'enfant. Or Lucinda est de surcroit la fille de Kate, la mère parfaite, wonderwoman qui organise la kermesse, ne fait pas regarder la télé à ses enfants, ni jamais manger de nuggets-frites et vient toujours les chercher à 18h30 tapantes à la sortie de l'école qu'il pleuve, qu'il neige, qu'il vente ; pas le genre de femme à se laisser débordée, pas le genre de femme à oublier quelque chose.

Evidemment Lisa est pétrie de culpabilité, elle qui a déjà tendance à se faire naturellement bouc émissaire, et va donc se mettre en quête de la fillette pour se faire pardonner.  Car le temps presse, déjà 24 heures et avec un récent enlèvement et viol d'une autre jeune fille, on craint le pire.

Paula Daly ne fait pas ici qu'un roman policier, elle fait aussi et surtout un roman sur la société d'aujourd'hui, sur le mensonge, sur la culpabilisation, sur la course à l'échalote que se font les mères dans les cours de récré, sur les apparences que se donnent les parents – ceux qui croient bien faire, ceux qui veulent faire semblant de bien faire. On s'attache particulièrement au personnage de Lisa, la faillible mais courageuse, qui tient debout face au vent pour faire avancer sa petite famille face à cette épreuve. Le personnage de l'inspectrice, Joanne, est très attachant également ; cette policière sérieuse et habile, handicapée par une poitrine proéminente, qui vit avec sa tante et se questionne sur les ravages de l'alcoolisme sur les Anglais. Le cadre est enchanteur et extrêmement bien décrit par Paula Daly : n'étant jamais allée en Cumbrie, j'avais pourtant l'impression de voir défiler le paysage devant moi.

Enfin, pour revenir à l'aspect purement policier, Paula Daly nous tient en haleine, nous lance sur des fausses pistes, nous égare et nous surprend beaucoup avec son final.

La Faute, de Paula Daly aux éditions du Cherche Midi

(Prix des lectrices de ELLE, policier)

jeudi 4 septembre 2014

Les Mères




 
On démarre Les Mères en se disant que ça a l'air d'être drôlement facile d'imaginer le déroulé du livre, pour finalement être pris complètement en défaut plusieurs fois par notre soi-disant flair de lectrice. Et c'est justement cela qui donne tout son sel à ce roman policier : l'impression de s'être bien fait balader par l'auteur. On le referme avec l'envie de dire à Samantha Hayes "bien joué" (et celle-ci nous répondrait un mérité mais fair-play "sans rancune ?")

A Birmingham, deux policiers enquêtent sur le meurtre sauvage d'une femme enceinte : on suit plus particulièrement l'inspectrice Lorraine Fisher qui doit conjuguer en plus de l'enquête ses problèmes conjugaux et sa fille ainée qui souhaite abandonner le lycée pour convoler avec son high-school sweetheart.

En parallèle de l'enquête, deux femmes prennent la parole pour nous raconter leur quotidien : Claudia, la riche femme enceinte déjà belle-mère de deux jumeaux et Zoé, la nounou qu'elle vient d'embaucher pour l'aider à domicile avec les jumeaux et le futur bébé. Comme le père, James est officier sur un sous-marin, la maison n'abrite que les deux femmes et les jumeaux bébés. Et très vite, la nounou parfaite Zoé s'avère étrange, posant des questions indiscrètes, fouillant dans la maison …

Alors qu'un second meurtre de femme enceinte survient, la tension se fait plus palpable. On craint le pire pour Claudia et son bébé, seuls avec la nounou mystérieuse. L'inspecteur Fisher arrivera-t-il à trouver le coupable à temps ?

Embarquez-vous dans ce polar et laissez vous surprendre !

 
Les Mères de Samantha Hayes, chez Pocket.
 

mardi 19 avril 2011

Haine




Haine est pour le moins un livre desservi par sa couverture fantasmagorique et son titre peu engageant. Heureusement, si vous allez au-delà de ces critères – pourtant prépondérants dans le choix d’un livre, vous découvrez un très bon polar, bien ficelé crédible dans sa résolution tout en entretenant un suspense assez haletant.

Comme souvent ces derniers temps avec les bons polars, l’action se passe en Scandinavie, en Norvège plus exactement, pour délaisser un peu nos amis Henning Mankell et Stieg Larsson et leur Suède devenue trop familière.
Anne Holt tisse une toile d’araignée aux mailles resserrées autour de son intrigue, alternant le point de vue de différents personnages –récurrents ou non, à chaque chapitre.

Dans la peau des enquêteurs, Ingvar Stubo, policier à Kripos, et Inger Johann VIk, sa femme, criminologue de formation : un couple de choc qui va se retrouver au centre de plusieurs enquêtes pour meurtre un peu malgré eux. On suit les découvertes macabres d’un demandeur d’asile retrouvé dans le fleuve, d’un toxico passé à tabac, d’un artiste mort d’overdose, d’une évêque archi-connue poignardée en pleine rue etc.

Anne Holt nous invite dans cette histoire avec un rôle agréable d’observateur omniscient, ce qui évite les révélations abracadabrantes et les dénouements précipités. L’auteure sait donner du volume à ses personnages ; celui d’Inger Johanne nous touche particulièrement en mère protectrice et policière avisée.

Dans cette histoire, il y a de tout en bonnes proportions : des secrets de famille, des affaires de mœurs, des relations amicales, de l’amour filial, du suspense, du vraisemblable, de l’humour, des fausses pistes et du bon sens.
On apprécie particulièrement l’effet de style de l’auteure qui consiste à relier entre eux les chapitres en les faisant terminer et débuter par des événements similaires.


Tout ceci étant dit, il ne vous reste plus qu’à passer outre cette couverture et ce titre effrayants pour vous laisser happés par ce roman captivant.


Haine, d'Anne Holt.

dimanche 20 mars 2011

Verdict

Une fois Verdict refermé, on ne peut que faire la comparaison avec le maître du roman juridico-policier, John Grisham. Nous voici plongé, dans la vie de Joel Deveraux, avocat commis d’office, spécialisé dans les affaires de drogue et bientôt promu sur une affaire de meurtre.

Ce roman policier nous emmène dans une cité de Brooklyn, entre trafiquants de drogue, dealers à la petite semaine, drug addicts et criminels en tout genre. Joel Deveraux est chargé de défendre « Strawberry », accusé du meurtre d’un étudiant blanc et de tentative de meurtre sur un autre habitant de la cité.

Notre avocat, supervisé par la brillante Myra, prend son rôle très à cœur et va s’investir corps et âme dans la disculpation de son client. Revisitant à la Grisham les arcanes du système judiciaire américain, Justin Peacock nous plonge dans un procès classique, avec jurés à influencer et procureur déjà en quête de voix pour sa proche réélection. Surtout, l’auteur nous met avec intelligence face au paradoxe de l’avocat de la défense, ici notre héros, qui doit seulement faire naître un doute raisonnable auprès des jurés pour voir son client disculper. A lui alors de trouver des pistes alternatives de culpabilité qui décrédibiliseront peu à peu les accusation portées contre son client.

Justin Peacock sait maintenir le suspense indispensable à tout bon roman policier, avec une pincée d’histoire d’amour et un zeste de violence pour rendre le tout parfaitement haletant. Son héros n’est pas sans faille et on apprécie tout particulièrement cela : ex-héroïnomane pas encore tout à fait désintoxiqué, ancien avocat à succès d’un grand cabinet, il traine avec lui un bon bagage psychologique finement analysé et restitué par l’auteur.

Verdict s’inscrit dans la lignée des très bons romans juridico-policiers américains, grâce à un rythme soutenu et une intrigue bien ficelée ; seul bémol, une dernière pirouette dans l’action un peu tirée par les cheveux, mais on le pardonnera facilement à ce premier roman.

L'hiver des lions


En ouvrant L’Hiver des Lions, malgré toute l’impartialité que l’on s’impose, on ne peut qu’avoir en tête les excellents policiers nordiques de ces dernières années. D’ors et déjà, la comparaison s’avère difficile à tenir, mais on garde l’espoir d’être agréablement surpris.

Malheureusement, L’Hiver des Lions tombe dans le premier travers des romans nordiques, scandinaves et d’autres contrées froides : la complexité des noms qui nous perd dans un tourbillon de consonances finnoises difficiles à distinguer. Entre Joentaa, Mäkelä, Laukkanen, Hämälainen, victimes, criminels et enquêteurs, on s’y perd rapidement et facilement, nous obligeant souvent à revenir quelques pages voire chapitres en arrière pour retrouver nos repères dans la distribution du roman.

L’histoire commence comme souvent par un meurtre, mais pas n’importe lequel puisque la victime est le médecin légiste, collègue des enquêteurs du crime. Nous suivons Kimmo Joentaa, un enquêteur veuf, récemment épris d’une prostituée un peu délurée et sauvage. Comme tous les protagonistes de ce roman, Kimmo traine un certain nombre de casseroles psychologiques un peu lourdes pour son seul personnage : le souvenir de sa femme morte revient régulièrement, refrain un peu entêtant et artificiel dans l’histoire.

Mais ce n’est guère le seul refrain de ce style dans cet ouvrage. Par petits bouts, on découvre les pensées et les actes de l’assassin bientôt quasi-serial killer. Attentif à l’aspect psychologique, l’auteur nous en verse même un peu trop côté pathos et ressentiment. L’invraisemblance, comme trop souvent, reste le principal défaut de cet ouvrage, dont on a du mal, même une fois refermé, à comprendre les motifs et modalités d’action du meurtrier.

Les personnages secondaires sont fouillés mais un peu trop finalement pour un bon roman policier ; Jan Costin Wagner oscille entre polar et roman psychologique, hésitation qui coûte beaucoup à l’ouvrage.

vendredi 15 octobre 2010

13 heures


L’Afrique du Sud offre toujours un cadre particulier et propice aux bons romans policiers. On se rappelle en effet, l’excellent et terrifiant Zulu, de Caryl Ferey, primé par ELLE il y a quelques années.

13 heures ne déroge pas à la règle, polar captivant qui se dévore en quelques heures, vous laissant fatigué mais heureux le lendemain matin de cette lecture qui vous a tenu éveillé(e) une partie de la nuit.

Pendant 13 heures, les fameuses heures du titre, Deon Meyer nous fait suivre l’inspecteur Benny Griessel, en mission sur 2 enquêtes mystérieuses soudainement apparues : une jeune fille retrouvée égorgée et l’assassinat d’un producteur de disque maquillé pour accuser sa femme alcoolique. Notre curiosité est tout de suite piquée par le brillant procédé littéraire dont use l’auteur : nous faire également suivre une autre jeune fille, traquée par les assassins de la première.

Les deux histoires, celle de l’enquêteur et de la jeune fille, Rachel de son doux prénom, évoluent en parallèle, formant une sorte de course poursuite littéraire : le premier arrivera-t-il à sauver la seconde à temps ?

De rebondissements en déconvenues d’enquête, on s’accroche d’autant plus que l’ensemble reste extrêmement crédible : les policiers font preuve de bon sens, sans pour autant avoir des intuitions de génie trop grossièrement ficelées ; les méchants sont bourreaux mais on échappe aux détails trop scabreux de leurs crimes, et surtout, l’ensemble de l’histoire s’insère bien dans le contexte politique et historique de l’Afrique du Sud, restituant intelligemment les rivalités ethniques entre Xhosas, Zoulous, métis et afrikaners.

13 heures fait également la part belle au métier de policier, dont les arcanes sont finement décortiquées ; l’auteur aborde beaucoup de points posant question dans cette fonction : la place des femmes, l’importance de l’intégration de minorités, les maigres débouchés, le déversement des anciens vers les métiers d’investigateur privé, la violence quotidienne et ses conséquences (à commencer par l’alcoolisme pour l’inspecteur Benny Griessel) etc.

Un roman policier très complet, qui ravira les amateurs du genre.
13 heures de Deon Meyer, aux éditions du Seuil

samedi 18 septembre 2010

Les enfants de la nuit


Ce polar commence bien et fort : un homme se retrouve persécuté – acide dans son shampooing, mise à sac de son appartement, escroquerie etc. – un an après le meurtre sauvage de sa compagne. On est tout de suite happé grâce à un début rythmé surprenant et prometteur.

Malheureusement, l’excitation littéraire initiale laisse vite place à la déception : les invraisemblances commencent peu à peu à le disputer aux niaiseries narratives (« Vous êtes la fenêtre, Mr Newman, par laquelle passera la lumière »). Pierres précieuses, meurtres mystérieux et atrocités nazies s’entrecroisent dans un mélange voulu de choc … mais finalement de toc.

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Nicholas Newman, héros malgré lui de cette histoire, découvre à la suite de ses persécutions que son ex-compagne assassinée était une enfant de l’Holocauste qui a pris part à des expériences nazies des plus atroces. Deux autres femmes ainsi rescapées de ses expériences vont tour à tour être assassinées, ne laissant pas d’autre choix à notre héros que de partir à la rescousse de la 4ème femme encore en vie.

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La force d’un bon polar tient souvent à la crédibilité de ses personnages et de son intrigue ; ici le lecteur doit sans cesse faire taire la petite voix qui le questionne sur les choix du héros : « Pourquoi ne prévient-il pas la police quand il échappe de peu à une agression et croit reconnaître son agresseur? » a-t-on envie de lui hurler ! L’auteur témoigne de peu de générosité envers son personnage principal, qu’il semble avoir totalement dénué de bon sens, à la fois dans ses analyses et ses actions.

Ce polar tombe également dans un travers bien connu du genre : la surenchère de récits d’horreurs et de détails sordides, technique de mauvais romancier pour scotcher un lecteur malveillant.

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On est d’autant plus déçu que l’ensemble de l’histoire sort de l’ordinaire et aurait pu faire une excellente trame de fond, dommage que les personnages et leurs rapports entre eux n’aient pas été plus fouillés pour rendre le tout vraisemblable et plaisant à lire.

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