Compteur gratuit THE A-LIST

dimanche 20 mars 2011

L'hiver des lions


En ouvrant L’Hiver des Lions, malgré toute l’impartialité que l’on s’impose, on ne peut qu’avoir en tête les excellents policiers nordiques de ces dernières années. D’ors et déjà, la comparaison s’avère difficile à tenir, mais on garde l’espoir d’être agréablement surpris.

Malheureusement, L’Hiver des Lions tombe dans le premier travers des romans nordiques, scandinaves et d’autres contrées froides : la complexité des noms qui nous perd dans un tourbillon de consonances finnoises difficiles à distinguer. Entre Joentaa, Mäkelä, Laukkanen, Hämälainen, victimes, criminels et enquêteurs, on s’y perd rapidement et facilement, nous obligeant souvent à revenir quelques pages voire chapitres en arrière pour retrouver nos repères dans la distribution du roman.

L’histoire commence comme souvent par un meurtre, mais pas n’importe lequel puisque la victime est le médecin légiste, collègue des enquêteurs du crime. Nous suivons Kimmo Joentaa, un enquêteur veuf, récemment épris d’une prostituée un peu délurée et sauvage. Comme tous les protagonistes de ce roman, Kimmo traine un certain nombre de casseroles psychologiques un peu lourdes pour son seul personnage : le souvenir de sa femme morte revient régulièrement, refrain un peu entêtant et artificiel dans l’histoire.

Mais ce n’est guère le seul refrain de ce style dans cet ouvrage. Par petits bouts, on découvre les pensées et les actes de l’assassin bientôt quasi-serial killer. Attentif à l’aspect psychologique, l’auteur nous en verse même un peu trop côté pathos et ressentiment. L’invraisemblance, comme trop souvent, reste le principal défaut de cet ouvrage, dont on a du mal, même une fois refermé, à comprendre les motifs et modalités d’action du meurtrier.

Les personnages secondaires sont fouillés mais un peu trop finalement pour un bon roman policier ; Jan Costin Wagner oscille entre polar et roman psychologique, hésitation qui coûte beaucoup à l’ouvrage.

Féroces

Féroces porte bien son nom.
Même si le pluriel nous surprend un peu, car la personne la plus féroce de toutes est indéniablement l’auteur lui-même. Féroce avec ses parents, féroce avec lui-même, féroce avec son passé.

Robert Goolrick revient sur son enfance, sur toutes les conséquences de celle-ci sur sa vie d’adulte désaxé, sur ces traumatismes sur lesquels parents, grands-parents, amis, frères et sœurs ont préféré jeter un voile pudique plutôt que de s’avouer coupable ou complice.
« J’avais pensé que les démons reposeraient enfin. Je pensais que la rage et la haine que les hommes du Sud peuvent ressentir à l’égard de leur père, cette rage et cette haine si anciennes et si atroces qu’elles ne peuvent se décrire, je pensais que tout ce poids s’envolerait de mes épaules et que je serais libre. Je ne l’ai pas été. Pas un jour. Pas une foutue heure ».

Le roman débute par un retour sur l’alcoolisme de ses parents, qui relègue nécessairement leurs enfants au 2ème plan de leurs priorités. Malgré le déclin financier de la famille, Goolrick décrit les tentatives insensées pour sauver les apparences, continuer à donner de fastes réceptions, garder des toilettes apprêtées …
Les enfants eux-mêmes finissent par se prendre à ce jeu terrifiant, à leurs dépens.
« J’aimais voir ma mère dans de beaux vêtements. Je voulais croire que nous étions plus riches que dans la réalité, et mes parents étaient si malheureux que j’aurais inventé n’importe quoi pour leur faire plaisir, même si, comme on me le répéta maintes fois, ils ne montrèrent jamais le moindre signe de fierté ou de gratitude envers quoi que ce soit que j’aie pu faire ».

Après l’enfance, place à la description des conséquences terribles de ce temps malheureux : automutilation, dépression, tentative de suicide, internement etc. On sent bien qu’il y a plus que l’alcoolisme parental derrière tous ces traumatismes. On sent poindre la révélation bouleversante qui n’arrivera finalement que dans les derniers chapitres du livre. On sent aussi et surtout qu’on est un peu mené en bateau par cet auteur qui ne nous dit pas tout des causes avant de livrer le détail des conséquences.

Robert Goolrick use et abuse des retours en arrière et avances rapides dans son récit qui font peu à peu perdre le fil chronologique à son lecteur. L’auteur écrit avec rancune, au fil de la plume et cela dessert son récit pourtant captivant. Entre thérapie et pamphlet contre sa famille, on sent qu’il hésite. La frontière est floue concernant les motivations de l’auteur : dénonciation ou libération ?
Malgré un début prometteur, Goolrick tombe dans une noirceur et un cynisme dérangeants, qui laissent à ce livre un goût amer.

N'ouvrez pas ces archives !

Il est rare qu'un document vous captive autant par son suspense et son rythme haletant, pourtant Kati Marton reusit ce tour de main avec N'ouvrez pas ces archives.

Americaine née dans le Budapest d'après-guerre, Kati Marton raconte son enfance dans la Hongrie communiste, entre ses deux parents correspondants pour des agences de presse américaines.
Surs de leur bon droit, ceux-ci ne manquent aucune réception de l'ambassadeur americain Randvall, invitent les autres correspondants de presse à diner, paradent en tenues et accessoires aux couleurs vives des biens de l'Ouest, sans comprendre que tout cela leur forge à leur insu un parfait profil d'espion et d'ennemi du peuple aux yeux des communistes au pouvoir.

Kati Marton revient d'abord sur les années de relative insouciance dans ce Budapest qu'elle décrit si joliment, depuis le café Gerbeaud où se sirotent des chocolats chauds jusqu'à l'hôtel Duna qui accueille les réunions de presse.
En 1955, à force d'insouciance et parfois d'imprudence, Endre Marton est emprisonné, bientôt suivi par sa femme Ilona, laissant leurs deux petites filles seules. Méfiance et suspicion sont alors les valeurs clés de l'époque et les filles Marton ont bien du mal à trouver des gens prêts à s'occuper de ces enfants d'ennemis de classe.
Kati Marton revient ensuite sur la révolution écrasée de 1956 et le faisceau d'événements qui a conduit les Marton à fuir avec succès aux USA.
Des années plus tard, Kati Marton a retouvé les archives de l'AVO, la terrible police secrète de l'époque et redécouvre ce qui est reellement arrivé à ses parents, eux qui avaient toujours ete si discrets sur cette période de leur vie.

Avec cet ouvrage, Kati Marton fait découvrir ce pan de l'histoire à la fois connu - la guerre froide, et méconnu - la situation hongroise des années 50, à travers les aventures des Marton, parfaitement représentatives de l'époque.

Un document formidable à découvrir sans tarder!

vendredi 4 février 2011

Des fleurs pour Zoë


Quand le bandeau rouge vous annonce « une tornade de 22 ans », vous, lecteur, êtes toujours légèrement sur vos gardes. « Tornade », ce n’est pas une appellation très claire qualitativement pour une jeune romancière, et on hésite à y voir le signe d’une écriture fouillis ou celui d’un chamboulement dans la météo tranquille de la littérature française …

Antonia Kerr, du haut de ses 22 ans, nous emmène aux Etats-Unis suivre les premiers jours de retraite bien méritée de Richard Harris, ex-trader reconverti en vétérinaire malgré lui au fil de ses aventures avec la belle Zoë.

En partant pour une de ces gates-communities dont l’Amérique raffole pour ses petits vieux, Richard fait connaissance avec John-John, rasta amateur de country, et bientôt de Zoë, la nièce de celui-ci. La véritable tornade du roman, c’est elle, 22 ans également ; ce qui nous fait dite que le bandeau touche juste avec son accroche même si le sens en est sûrement volontairement trompeur, même il y a sans doute beaucoup d’Antonia Kerr dans cette jeune fille bahamienne, fantasque et sage, faussement pieuse et vraiment pas farouche.

Ensemble, Richard et Zoë partent sillonner l’Amérique, direction le Canada, voyage initiatique pour elle, voyage introspectif pour lui.
On y suit le cours des pensées de Richard, qui jonglent entre son ex-femme Evelyn, sa fille, son psy fumeur de marijuana resté à New York et ses anciennes amantes, au fil des stops dans les bleds les plus reculés comme les villes les plus emblématiques de l’Amérique. Après avoir recueilli un chat, sauvé un chevreuil et adopté un castor rebaptisté fort à propos Fidel Castor, Richard et Zoë vont surtout faire l’expérience d’un bout de vie ensemble sur les routes américaines. Vivant au rythme de l’appétit carnivore et sexuel de la jeune fille, Richard se laisse peu à peu envoûter par l’insaisissable Zoë, envoutement d’autant plus bénéfique qu’il lui fera oublié que sa femme l’a quitté à l’aube de la retraite, que sa fille est enceinte d’un bon-à-rien, et qu’il n’a plus la vigueur physique nécessaire pour répondre à la libido volcanique de la jeune Bahamienne.

Lucide et très observatrice, la romancière retranscrit avec finesse les relations compliquées d’aujourd’hui. On a toujours le sourire en coin en lisant ce roman, que ce soit quand Kerr y mentionne le mépris de Richard pour son gendre « Artiste, c’était sa réponse à tout. C’était un artiste, alors il ne pouvait pas faire la vaisselle. C’était un artiste, alors il ne pouvait pas payer le loyer. C’était un artiste, alors il ne pouvait pas s’habiller normalement. Rien n’était dans ses cordes sauf la médiocrité. », ou quand notre héros sans panache accepte de se faire percer le nez façon vache-qui-rit par solidarité pour sa belle.

Antonia Kerr a une indulgence toute bienveillante pour ses personnages, qu’elle n’a délibérément pas fait sans failles : elle laisse place à leurs doutes, leurs égoïsmes, sans y apporter les antidotes de repenti et autres contrepoisons artificiels qu’un romancier plus naïf aurait offert aux lecteurs.

Enfin, Antonia Kerr emploie un langage bien de son époque tout en restant étonnamment poétique. « Il y avait dans notre couple un charme de dessin animé, très La Belle et le Clochard » ou encore « La perspective de cet anniversaire me déprimait encore plus que la vision des mouettes mazoutées sur Discovery Channel ». Sens de la métaphore à la sauce moderne ou maladresse de la tornade, Antonia Kerr a en tout cas un style bien à elle, qui convainc aisément

vendredi 7 janvier 2011

Nos étoiles ont filé

En cette période de préparation de Noël, il est rare d’avoir le temps de se consacrer à un livre, et encore plus rare de se plonger dans un, pour n’en ressortir que la dernière page lue. Pourtant, «Nos étoiles ont filé » réussit cet exploit.

Le sujet est dur, incroyablement dur et on se demande encore où la jeune auteure endeuillée a puisé la force de faire de sa terrible épreuve un document aussi profond et captivant. Le 11 août 2008, Anne-Marie Revol perd ses deux petites filles de 2 et 3 ans, Pénélope et Paloma, lors d’un incendie dans la maison de ses parents où séjournaient les petites. A partir de cette date, l’auteure va écrire chaque jour à ses filles, commençant chacune de ses lettres par un différent surnom pour les désigner : « mes naïades », « mes sucres d’orges », « mes pirates » etc.

Cette histoire, plus que celle d’un deuil, c’est aussi celle de plusieurs amours : l’amour de Anne-Marie Revol envers son mari, ciment de leur reconstruction, de leur survie, amour qui transcende tout le livre et lui donne un souffle incomparable ; l’amour de la narratrice pour ses petites filles disparues évidemment, mais aussi l’amour qu’elle porte à ses parents, à l’encontre desquels elle n’élève jamais le moindre reproche malgré leur proximité le jour du drame.

Au fil des lettres, on revit le drame, les jours qui suivent, l’enterrement, la prise de conscience, les premières résolutions, la résignation, la peine, la colère, les annonces maladroites, les phrases réconfortantes et les phrases coup-de-poignard, l’envie de reconstruire une famille, le premier Noël, les dates anniversaires, les amis sur qui on peut compter et les autres, le nouvel enfant qui pointe son nez, la culpabilité à tout va, la peur, la nouvelle prudence …

Il est difficile d’écrire une critique sur cet ouvrage tant le courage, la force de caractère, la pugnacité de la narratrice, couplés à son écriture légère et fluide nous coupent le souffle à la lecture.

Un document d’une qualité et d’une profondeur rares.

Six mois, six jours

Karine Tuil sait écrire, indéniablement. Cette romancière a une patte, une plume bien à elle, qui sait faire parler Karl Fritz comme s’il était en face d’elle.
Karl Fritz, c’est l’homme de confiance, l’homme à tout faire des Kant, grande famille industrielle allemande, le narrateur par voix interposée de cette histoire tristement surprenante.
Karine Tuil le fait parler, simulant leur rencontre, processus qui a ses limites puisqu’elle l’abandonne avant la fin du livre, repassant à un narrateur omniscient qui vient éclairer les zones d’ombre laissées par Karl Fritz.

Bref. L’histoire de « Six mois, six jours » est celle des Kant, de père en fils, de père en fille. Tout d’abord, l’histoire de Juliana, l’héritière menée en bateau par un gigolo cupide, qui la ridiculisera dans les médias en diffusant leurs ébats.
Mais c’est aussi l’histoire du grand-père Kant, collaborateur nazi disculpé à la Libération, premier mari de Magda Goebbels, et dont les fautes rejaillissent sur ses petits-enfants soixante ans plus tard.

Le problème de « Six mois, six jours », c’est que Karine Tuil se perd dans le fil de son récit, elle hésite entre l’histoire de la dynastie Kant, le fait divers concernant Juliana Kant ou le récit tragique du père adoptif de Magda Goebbels … Elle s’y perd et nous perd en même temps, trop indisciplinée dans son approche et dans sa forme.

Un document intéressant mais qui nous laisse sur notre faim, ne faisant que survoler les sujets, sous couvert de vouloir romancer …

La maison d'à côté


Avec « La Maison d’à Côté », Linda Gardner nous offre un grand polar : un polar que nos voisins, amis, cousins nous ont vu dévorer avidement pendant des heures et des heures, captivé(e) et mutique. Du coup, le message qu’on voulait faire passer se transmet silencieusement : «Attention – Excellent policier – Peut capter toute votre attention pendant les prochains jours ».

« La Maison d’à Côté » raconte la disparition de Sandy, jeune professeure de 23 ans dans la banlieue Sud de Boston. Entourée de sa fille Ree et de son mari Jason, ils forment une famille sans histoire, peu connue des voisins mais généralement appréciée.
La disparition de Sandy vient mettre un grand coup de pied dans la tranquille fourmilière de cette banlieue apparemment sans histoire, révélant un voisin délinquant sexuel, des querelles familiales lourdes d’un passé de maltraitance enfantine, et pour finir un soupçon de pédopornographie en ligne pesant sur Jason, le père. Tout ça a l’air scabreux à souhait énoncé ainsi, mais Linda Gardner ne fait qu’évoquer toutes ces horreurs, nous évitant la description voyeuse de ces sévices.

L’histoire est déroulée par deux voix : celle d’un narrateur omniscient, et celle de Sandy qui narre chapitre après chapitre les événements de sa triste vie qui l’ont conduite à sa disparition. Cette double narration rend le roman bougrement prenant avec un suspense qui nous agace et nous réjouit. Jusqu’au dernier moment, l’auteur nous tient en haleine et ne dévoile rien de SES chutes - et oui, car il y a en plus, plusieurs rebondissements finaux …

On apprécie particulièrement le style de l’auteur : trop souvent les romans policiers nous donnent envie de couper un paragraphe entier et d’aller juste à l’essentiel, la chute du chapitre ; mais ici, non, chaque paragraphe a son sens : pas de verbiage, pas de psychologie de comptoir, mais un style intéressant et efficace.

A lire sans attendre !
Related Posts with Thumbnails